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jeudi 30 mars 2017
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Les conceptions socio-économiques du conseiller fédéral suisse Hans-Rudolf Merz


Hans-Rudolf Merz

En date du 13 décembre 2003, Hans-Rudolf Merz, à peine élu au Conseil fédéral -l’exécutif- suisse, a affirmé que « La croissance économique ne peut pas être stimulée par un programme de relance. Ces plans arrivent toujours trop tard et ne servent à rien. »

Selon lui, le salut réside dans la fuite en avant dans la compétitivité internationale...


On relèvera, dans la vision des choses exprimée par Hans-Rudolf Merz, cette croyance implicite que l’économie s’autorégule -grâce à la « fatalité de la loi du marché »- et qu’il suffit de laisser jouer la concurrence.

La vie économique alternerait croissances et récessions selon un rythme mystérieux mais fondamentalement stable, et on ne saurait mettre en doute la sortie du tunnel...

Décidément, nous sommes en vue de la sortie du tunnel...

Hans-Rudolf Merz ne se préoccupe nullement du pouvoir d’achat de la clientèle de masse locale. Sa vision de l’économie est une vision de boursicoteur. Ce qui est bon pour Wall Street est bon pour le monde. Du moment que le dividende des spéculateurs s’améliore, on est forcément sur la bonne voie...

Quant aux salariés, s’ils veulent conserver leur emploi, ils n’ont qu’à faire comme les entreprises : pratiquer la compétitivité. La fatalité de la loi du marché ne saurait tolérer que le libre jeu de la concurrence soit entravé par des préoccupations sociales. Pour le social, il faut se contenter des miettes, si les boursicoteurs veulent bien en laisser.

D’un côté, Hans-Rudolf Merz proclame sa volonté de réduire la dette des finances publiques ; mais, pour y parvenir, il préconise une politique néo-libérale qui tarit toujours davantage les ressources fiscales de l’Etat et les fait dépendre toujours davantage d’un nombre toujours plus restreint de très gros contribuables. Ces très gros contribuables se trouvent alors en position de dicter la politique fiscale des Etats, puisqu’il leur suffit de menacer d’aller payer leurs impôts ailleurs si on ne s’aplatit pas devant eux...

Les plans de relance économique traditionnels

On relèvera également le dogmatisme de la tournure d’esprit de Hans-Rudolf Merz, ainsi que son inaptitude manifeste à discerner et à comprendre l’évolution fondamentale des événements.

Traditionnellement, un « plan de relance » économique se caractérise par des grands travaux que le gouvernement finance à crédit, au moyen d’un emprunt public. Il peut s’agir de la construction de logements sociaux ou d’infrastructures d’intérêt général telles que les autoroutes, les tunnels, les barrages, etc...

Le secteur du bâtiment

Traditionnellement, on estime que chaque franc injecté dans le bâtiment génère cinq francs pour l’économie. Il s’agit de « l’effet boule de neige ». En effet, la construction fait appel à de nombreux corps de métier -maçons, charpentiers, électriciens, plombiers, etc.,- et une part importante du budget passe dans des commandes passées aux PME, qui redistribuent elles-mêmes une bonne partie de l’argent sous forme de salaires. Les salariés paient des loyers, effectuent des achats dans les commerces locaux. Entreprises et salariés paient des impôts, de sorte que l’Etat récupère sa mise. Le cycle est bouclé.

On relèvera que, dans ce système, l’argent est distribué depuis le sommet jusqu’à la base. « L’effet boule de neige » repose sur la redistribution, sous forme des salaires, d’une grande partie des capitaux investis. Plus nombreux sont les salariés, plus élevés sont les salaires et plus efficace est « l’effet boule de neige ».

Conséquences des mutations technologiques et du dumping salarial sur « l’effet boule de neige »

Il est donc évident que cet « effet boule de neige » s’atténue lorsque le secteur du bâtiment se livre au dumping salarial ou qu’il supprime des emplois en s’informatisant et en se robotisant comme toutes les industries. En effet, dans ce cas, l’argent injecté au sommet n’arrive plus à la base ; ou la base doit se contenter de la portion congrue, tandis que les actionnaires profitent au maximum du pactole.

Or, les « experts économistes » ne tiennent aucun compte de cette évolution fondamentale. Ils comptent toujours sur le même « effet boule de neige », même si le milieu du bâtiment licencie ou que les entreprises du secteur se livrent au dumping salarial...

D’autre part, quand on sait qu’il s’écoule environ dix ans entre l’élaboration d’un projet de construction et sa réalisation, il est clair que cette formule manque d’efficacité à court terme. Les grands plans de relance économique ont dû être adoptés au moyen de procédures accélérées, afin que les projets ne soient pas bloqués par les délais de procédures administratives et qu’on puisse les engager au plus vite. Cette célérité exige soit des moyens dictatoriaux, soit une majorité parlementaire très motivée pour voter des lois d’urgence.

Nécessité du projet de taxe sociale

De nos jours, en raison de l’informatisation et de la robotisation, un plan de relance économique doit procéder suivant la logique inverse de celle préconisée par la théorie économique libérale.

Il faut accroître directement le pouvoir d’achat de la clientèle de masse, afin d’assurer la plus large répartition des capitaux injectés, malgré le dumping salarial et les mutations technologiques. L’économie, dans son ensemble -et non une infime minorité de spéculateurs-, bénéficie alors indirectement de l’amélioration du pouvoir d’achat de la clientèle de masse.

La clientèle de masse de l’économie locale

Le projet de taxe sociale préconisé sur le site web www.interet-general.info, dans cette même rubrique, est le seul modèle de relance économique et de croissance continue adapté à un contexte de mutations technologiques. C’est le seul modèle qui assure l’autofinancement du progrès social. Sa mise en œuvre aurait des effets immédiats et n’exigerait que des délais très courts une fois le principe adopté.

Rappelons brièvement qu’il s’agit de prélever une taxe de 2 % sur toutes les ventes -sur le principe de la TVA et du courtage bancaire- et de distribuer le produit de la taxe directement à la population de la zone taxée, sans condition ni discrimination. En dépensant localement ce supplément de pouvoir d’achat, la clientèle de masse contribue à accroître les ventes, en sorte que la taxe rapporte davantage et que le revenu de chacun s’améliore automatiquement, par « effet boule de neige ».

En persistant à ignorer délibérément ce projet de taxe sociale, alors même qu’ils n’ont aucune alternative réelle à proposer, les politiciens, toutes tendances confondues, causent un énorme préjudice à la population.

Ce préjudice ne cesse de s’amplifier à mesure que le temps passe. Il se traduit, pour la masse de la population, par un pouvoir d’achat en diminution constante. Il se traduit par une précarisation croissante de tous, car nul n’est assuré de conserver son emploi. Nul n’est assuré de préserver son revenu. Il se traduit par des faillites d’entreprises en cascades. Il se traduit par le tarissement des ressources fiscales et un endettement des Etats devenu quasiment incontrôlable. Il se traduit par une déliquescence de la démocratie, quasiment devenue synonyme de gouvernement oligarchique.

Ni l’incompétence, ni le cynisme, ni les considérations de politique politicienne ne sauraient justifier l’attitude de nos élus.

Frank BRUNNER

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source