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vendredi 23 juin 2017
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Le Courrier, 2 mai 2015

Corruption : Stratégie énergétique mitée

Suivi d’un commentaire

par Philippe BACH


Une centrale nucléaire

Cela ne va pas être tout simple. La commission de l’énergie du Conseil des Etats [chambre des cantons au parlement fédéral] a décidé hier de barrer du projet de stratégie énergétique 2050 l’obligation pour les gestionnaires de réseaux électriques de se soumettre à un système de bonus-malus. Ceci au prétexte que ce système pourrait signifier un alourdissement des formalités administratives et que son efficacité ne serait pas prouvée.


Suisse

En clair, ces sénateurs sont en train de vider le plan directeur fédéral en matière d’énergie de ses objectifs verts. Les mesures biffées d’un trait de plume étaient précisément celles qui visaient à répondre à une contradiction structurelle du marché de l’électricité. Les fournisseurs de courant n’ont en effet aucun intérêt à encourager chez leurs clients les économies d’énergie, puisqu’ils gagneront moins d’argent à l’arrivée.

D’où l’idée de ces mesures incitatives visant, au contraire, à encourager ces opérateurs à promouvoir un comportement plus durable chez leurs clients. Ce modèle récompensait les gestionnaires de réseau qui mettent en place des mesures d’efficacité énergétique. Inversement, les mauvais élèves devaient passer à la caisse. Le bonus se serait monté à au moins 5 centimes par kilowattheure, le malus à 5 centimes au plus. Encore trop pour une majorité de sénateurs.

Bref, le court terme triomphe une fois de plus. L’économie a besoin d’être dopée à coups de kilowattheures bradés. Et au nom de la lutte contre le franc fort, toute les belles promesses en matière d’environnement des partis bourgeois passent à l’as.
Une obstination économicienne qui met encore en évidence les limites des espoirs que certains milieux écologistes font porter sur les mécanismes régulateurs de l’économie pour notamment sortir du nucléaire.

Plus probablement, cette marchandisation va aboutir au maintien de l’accès à un courant à bas prix pour l’industrie et les autres gros consommateurs. Et cela permet opportunément de justifier les hausses pour les ménages. Ou de les faire passer à la caisse en leur faisant supporter les mesures d’isolation des bâtiments via des hausses de loyers. En plus d’être délétère sur le plan environnemental en repoussant l’échéance, pourtant inéluctable, d’une sortie de l’atome, cela a tendance à déliter le lien social. Mais est-ce une surprise ?

Philippe BACH

La salle du Conseil des Etats au Palais fédéral, à Berne

Commentaire

La cause fondamentale de cette situation est la corruption généralisée qui règne au sein du milieu politique suisse. Les politiciens suisses sont tellement corrompus qu’ils ont légalisé la corruption à leur profit personnel.

Le code pénal suisse ne réprime que la corruption des fonctionnaires. Les élus sont libres de se vendre à quiconque voudra bien les acheter. Ils ont donc pris l’habitude de siéger, à titre privé, au conseil d’administration de toutes les sociétés disposées à leur verser un pot-de-vin hypocritement appelé « jeton de présence ». Certains collectionnent ainsi des dizaines de pots-de-vin dans autant de conseils d’administration. Bien entendu, en échange de ces pots-de-vin, ils se doivent d’être au service des sociétés qui les ont achetés. C’est dire que leur prétendue « représentativité populaire » est une pure fiction.

Comme ces coureurs de pots-de-vin sont essentiellement de droite, la gauche aurait beau jeu de dénoncer leur corruption, ce qui les placerait dans une situation moralement indéfendable. Or, elle n’en fait rien. Il y a consensus pour fermer les yeux. On affecte de croire qu’il ne s’agit pas de corruption, puisque c’est légal. Quiconque dénonce cette situation est traité de « populiste qui alimente le tous pourris du café du commerce ». Les ripoux sont érigés en martyrs odieusement diffamés.

La gauche suisse est d’ailleurs tellement acquise au néolibéralisme qu’elle ne revendique même pas une augmentation du montant de l’aide sociale. Suggérer une telle revendication est carrément scandaleux, « démagogique ».

Quant à la presstituée locale, non moins corrompue que le milieu politique, elle va jusqu’à féliciter les ripoux pour leur « engagement au service de l’économie », comme s’il ne s’agissait pas, en réalité, d’un engagement au service de leur porte-monnaie.

Le résultat est une politique menée dans l’intérêt exclusif d’une infime minorité richissime, des banquiers et des multinationales, auxquels on offre des cadeaux fiscaux par milliards de francs -ces cadeaux n’étant jamais qualifiés de « démagogiques »-, tout en multipliant les prétextes pour diminuer les prestations sociales dont bénéficient les plus démunis.

Ainsi, chaque année, les grassement rémunérés directeurs cantonaux de l’action sociale se réunissent pour invariablement décréter que les pauvres ne le sont pas assez et s’aligner sur le canton le plus réactionnaire, les autres étant présumés « trop généreux ».

A l’égard des pauvres, qui ne reçoivent pourtant que le « minimum vital », on est toujours trop généreux, tandis qu’à l’égard des riches, qui n’ont pourtant besoin de rien, on ne l’est jamais assez.

Voilà par quelles sortes de gens les Suisses sont gouvernés.

Frank BRUNNER

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