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m-pep, 15 juin 2015

Venezuela : Menaces

Communiqué

par Mouvement politique d’émancipation populaire


Raul Castro et Barack Obama

Les grands médias n’ont pas manqué de diffuser le geste historique de la poignée de main, le 10 avril 2015, entre le président des Etats-Unis Barack Obama et le président cubain Raul Castro. La scène se passait à Panama pour un sommet historique des Amériques, au complet, car Cuba y était représenté pour la première fois. C’était l’occasion d’annoncer le rapprochement des Etats-Unis et de Cuba présentée à la Une par des commentaires attendris de nos techniciens de la propagande. Tout y était pour rappeler que, décidément, la plus grande démocratie mondiale, dans son immense mansuétude, ne souffrait d’aucune limite…


Ces grands médias ont, en revanche, littéralement passé sous silence -et pour cause- l’acte de pure atteinte à la souveraineté nationale du Venezuela dont cette même administration américaine s’est rendue coupable dès les jours suivants. Elle a en effet signé un ordre exécutif décrétant « l’urgence nationale aux États-Unis vu la menace extraordinaire et inhabituelle que représente le Venezuela pour notre sécurité nationale et notre politique extérieure ».

Il n’est pas interdit de penser que le geste positif vis-à-vis de Cuba, médiatisé à souhait, ne fut destiné à conquérir préalablement l’opinion internationale et tenter de diviser les pays des Amériques.

Cependant c’était sans compter avec l’acharnement souverainiste des peuples d’Amérique latine. À l’initiative d’Evo Morales, président de la république de Bolivie, ils n’ont pas tardé à réagir de concert, infligeant en cela une cinglante défaite largement méritée à Barack Obama. Un nouveau pas était franchi dans l’unité et la souveraineté latino-américaines. Tous les Etats membres de l’Union des Nations Sud-Américaines (Unasur), à savoir l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Chili, la Colombie, l’Équateur, le Guyana, le Paraguay, le Pérou, le Surinam, l’Uruguay et le Venezuela se sont en effet réunis en session extraordinaire, à Quito, le samedi 14 mars 2015, pour manifester leur rejet unanime du décret pris par Washington contre le Venezuela le 9 mars 2015.

Evo Morales

Chargé de lire la déclaration finale, le chancelier de l’Uruguay a expliqué que « les douze gouvernements ont réaffirmé leur engagement “vis-à-vis de la pleine actualité du droit international ; la solution pacifique des controverses et le principe de non-intervention” ». Puis, dans une claire allusion à la possibilité d’un blocus économique ou d’une invasion militaire, ils ont appelé tout gouvernement « à s’abstenir de mesures coercitives unilatérales qui violent le droit international ». Les participants réunis à Quito ont demandé instamment aux États-Unis d’évaluer et de mettre en pratique « des alternatives de dialogue avec le Gouvernement du Venezuela basées sur les principes de souveraineté des peuples ».

En outre, par la voie de son porte-parole, l’UNASUR a assuré qu’elle poursuivra sa mission d’accompagnement du « plus large dialogue politique avec toutes les forces démocratiques vénézuéliennes, dans le plein respect de l’ordre constitutionnel, des droits humains et de l’État de droit ».

Parallèlement, le gouvernement de Cuba n’a pas un instant laissé rêver la présidence des Etats-Unis que sa démarche préalable de rapprochement ne puisse en quoi que ce soit primer sur l’esprit de solidarité entre les peuples latino-américains. Le gouvernement réuni en conseil extraordinaire, dans une déclaration à l’attention du locataire de la Maison Blanche (voir ci-dessous) a fait part de son écœurement vis-à-vis de cette basse manœuvre et a réaffirmé son soutien inconditionnel au gouvernement légitime du président Nicolas Maduro Moros. Le président Raul Castro a adressé une lettre au président Obama pour lui faire part de son indignation et l’assurer que l’unité des peuples des Amériques Centrale et du Sud est une et indivisible et que sa solidarité est en conséquence totale vis-à-vis du Venezuela.

Par ailleurs, la présence de la Colombie parmi les signataires est de bon augure de la part d’un Etat qui, dans un passé encore très récent, était un inconditionnel des Etats-Unis d’Amérique.

Le président de la république bolivarienne du Venezuela, Nicolas Maduro Moros, a pour sa part adressé une lettre aux peuples vénézuélien et nord-américains précisant « Le Venezuela n’est pas une menace, nous sommes un espoir, nous sommes un peuple de paix et c’est debout que nous défendrons la paix ».

Nicolas Maduro

C’est une démonstration de résistance historique et magistrale, de patriotisme, de solidarité indéfectible. Comment expliquer à l’écrasante majorité de français et d’européens, devenus impotents de la République, honteux du patriotisme et de la Nation, complexés de la politique et de la souveraineté nationale, l’admirable pugnacité de la part de ces peuples latino-américains ?

Pour se justifier, les premiers prétexteront que les luttes victorieuses contre les dictatures militaires en Amérique du Sud, les horreurs, les persécutions subies par ces populations sont encore très présentes dans les mémoires. Dès lors, on imagine le « plus jamais ça » qui les anime. Oui, cela n’est pas faux. Il n’en reste pas moins que pour évacuer le fléau en question, il fallait être déjà « sur la brèche ». Force est donc de reconnaître que le modèle révolutionnaire, éclatant, planétaire, jadis tenu par les jacobins, est désormais largement émigré vers l’Amazonie et les Caraïbes. Certes, la révolution jacobine a déjà fêté son bicentenaire, mais depuis ce temps, d’autres luttes mémorables ont été menées par ses descendants.

En Europe, les grands médias sont devenus ceux du système, diffusant sa propagande pour expliquer à des populations, perturbées par le flou entre le vrai et le faux, que la conjoncture oblige à l’austérité. Et que le devoir le plus républicain du citoyen, pour sauver l’économie de son pays, est d’accepter une réduction drastique de son train de vie. Cela, au prétexte de rembourser une dette publique, pourtant d’origine fallacieuse, et de l’obligation de compétitivité des entreprises pour mener la guerre commerciale en faisant payer les salariés devenus chair à canon.

Des ouvriers de l’usine Renault de Sandouville au travail

De surcroit des traités européens ont verrouillé l’avenir socio-économique des nations européennes et mis en place une Commission européenne prenant officiellement des décisions de façon arbitraires. Le subconscient de l’électeur a été habitué à ce que la politique se passe de son avis. Cet état d’esprit lui est bien sûr défavorable face à la crise austéritaire. Pourtant, tout espoir de dénouement ne peut venir que de lui, le peuple, parce que le redressement de la France n’a rien à attendre de la classe politique nationale. Même les partis qui proclament lutter contre l’austérité sans s’attaquer à ses causes : le système européen. Cette classe est totalement inféodée aux directives de l’Union européenne, laquelle s’emploie à détruire les démocraties des pays membres, dans la stricte application du contenu de ses traités. Ces derniers, d’ailleurs, sont profondément impactés par la marque nord-américaine, révélant en cela une attitude européenne soumise aux Etats-Unis, littéralement a contrario de nos héros sud-américains…

C’est ainsi que l’Union européenne retire des pouvoirs aux parlements des Etats membres (dernier en date, le vote du budget national). Réduit les référendums à une parodie de démocratie, puisqu’il n’est pas tenu compte des résultats, lorsqu’ils ne sont pas « comme il faut ». Menace ouvertement le droit à manifester, par des répressions brutales de plus en plus fréquentes.

A tel point que les exemples de démocratie viennent désormais de l’extérieur de l’Union européenne, avec l’Islande et la Suisse, où les peuples sont exemptés d’une austérité que l’Union européenne présente pourtant comme indispensable à tout équilibre socio-économique.

L’Union européenne est une institution qui vise à faire taire la voix des peuples. A cet égard, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, n’a-t-il pas dit récemment, face aux revendications de la Grèce et menaçant la France : « Il ne peut y avoir de choix démocratiques face aux traités européens »… C’est dit ! Avec l’Union européenne, toute négociation est définitivement exclue, la seule option que permettent encore les traités, aux Etats membres, c’est la rupture, afin qu’ils recouvrent leur souveraineté.

Jean-Claude Juncker

Aussi, sans attendre une quelconque et surtout hypothétique décision commune, les français, renouant en cela avec leur passé de pionniers des luttes de libération de la nation, doivent s’unir pour sortir unilatéralement la France de l’Union européenne. Et viser ensuite, à l’instar des pays souverains d’Amérique du Sud, des accords internationaux constructifs, inspirés de la charte de la Havane (1948) renouvelée. Dans un grand élan de solidarité pacifique, les Français ont à nouveau à libérer la France asservie et, accessoirement, à reconquérir leur réputation auprès de leurs frères latinos et indiens d’Amérique du Sud et Centrale. Dussent-ils pour cela mâcher la feuille de coca, afin de gagner l’oxygène nécessaire à leur audace… à l’image des électeurs d’Evo Morales sur les hauts plateaux des Andes.

Mouvement politique d’émancipation populaire

Scène de rue à La Havane

Déclaration du gouvernement révolutionnaire de la République de Cuba

Le gouvernement révolutionnaire de la République de Cuba a pris connaissance de l’ordre exécutif arbitraire et agressif émis par le président des États-Unis contre le gouvernement de la République bolivarienne du Venezuela, qui qualifie ce pays de menace à sa sécurité nationale, en représailles aux mesures qu’il a adoptées pour défendre sa souveraineté face aux actes d’ingérence des autorités gouvernementales et du Congrès des USA.

Comment le Venezuela menace-t-il les États-Unis ? À des milliers de kilomètres de distance, sans armes stratégiques et sans employer de ressources ni de fonctionnaires pour comploter contre l’ordre constitutionnel étasunien, la déclaration paraît peu crédible et met bien en lumière les objectifs de ses auteurs.

Cependant, une telle déclaration à une année d’élections législatives au Venezuela confirme, une fois de plus, le caractère d’ingérence de la politique extérieure des États-Unis.

La gravité de cet acte exécutif a mis en alerte les gouvernements d’Amérique latine et des Caraïbes qui, en janvier 2014, au 2e Sommet de la CELAC à La Havane, ont déclaré la région Zone de Paix et condamné tout acte qui porte atteinte à celle-ci, car ils ont accumulé assez d’expérience en matière d’interventionnisme impérialiste au cours de leur histoire.

Le gouvernement révolutionnaire de la République de Cuba tient à réaffirmer une nouvelle fois son soutien inconditionnel et celui de notre peuple à la République bolivarienne, au gouvernement légitime du président Nicolas Maduro Moros, et au peuple frère et héroïque du Venezuela.

Nul n’a le droit d’intervenir dans les affaires intérieures d’un État souverain ni de le considérer, sans fondement aucun, comme une menace pour sa sécurité nationale.
Ainsi, tout comme Cuba n’a jamais été seule, le Venezuela ne le sera pas non plus.

Granma, La Havane, le 9 mars 2015.

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