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AFP, 19 juin 2015

Vatican : Le pape dénonce l’égoïsme des riches


Le pape François

Le pape François a exhorté, jeudi 18 juin 2015, les dirigeants mondiaux à agir vite pour sauver la planète, menacée de destruction par le réchauffement climatique et le consumérisme.


Vatican

Tout au long des quelque 200 pages de cette encyclique sur l’environnement en forme de manifeste contre l’égoïsme des plus riches, très attendue avant la conférence climatique de Paris en décembre 2015, le pape prend la défense des plus pauvres, qu’il cite à 51 reprises.

Le réchauffement climatique qui détruit la planète est « l’un des principaux défis actuels de l’humanité », avertit aussi cette « lettre circulaire » (encyclique), au ton très concret et incendiaire à l’encontre des puissances d’argent, accusés de comploter contre le bien commun. « La soumission de la politique à la technologie et aux finances se révèle dans l’échec des sommets mondiaux sur l’environnement », écrit ainsi Jorge Bergoglio.

Mais au-delà, pour éviter que la Terre, « notre maison commune » ne se transforme en un « immense dépotoir », le pape argentin préconise rien de moins qu’une révolution sociale, économique et culturelle. « L’humanité est appelée à prendre conscience de la nécessité de réaliser des changements de style de vie, de production et de consommation, pour combattre le réchauffement », affirme ainsi le pape. A commencer par le recours aux énergies fossiles, à bannir au plus vite, juge le souverain pontife, pour qui le charbon et le pétrole doivent « progressivement » mais « sans retard » être remplacés par des énergies renouvelables. Il évoque aussi « des responsabilités diversifiées », pointant du doigt les Etats riches, appelés à aider les plus pauvres à réaliser la transition énergétique.

Et pour y parvenir, les pays nantis devront accepter des sacrifices, y compris en acceptant de réduire leur train de vie. « L’heure est venue d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties », écrit ainsi Jorge Bergoglio.

Le pape a voulu montrer que « tout est lié » entre éthique, pauvreté et pollution, et appeler chacun à sa responsabilité pour sauver « la maison commune », a expliqué le cardinal ghanéen Peter Turkson, en présentant le texte à la presse. « Quel type de monde désirons-vous transmettre à ceux qui viendront après nous ? Aujourd’hui la terre, maltraitée et saccagée, gémit. Et ses gémissements s’unissent à ceux de tous ceux qui ont mis au rebut dans le monde », a dit le cardinal africain, citant l’encyclique.

« Mais tout n’est pas perdu et les êtres humains, capables de se dégrader à l’extrême, peuvent se régénérer », veut croire le pape.

Le titre de cette encyclique de 187 pages, « Laudato si’ » (« Sois-loué »), est inspiré d’un cantique de son modèle, François d’Assise, qui loue Dieu dans « notre mère la terre ». Des centaines d’experts ont été consultés pour sa rédaction. Elle se veut adressée à « tous » et pas uniquement aux 1,2 milliard de catholiques.

Le pape devrait susciter beaucoup de mécontentements dans les milieux de la droite libérale, notamment américaine, pour ses prises de position virulente à l’encontre du pouvoir de la finance. Son autre « mouton noir » est la technologie aveugle, à laquelle il regrette que les responsables se soumettent, et qui ne respecterait pas la création et l’équilibre de l’homme. Des représentants du Parti républicain, dont le possible futur candidat à la Maison Blanche, Jeb Bush, ont déjà réagi avec humeur, affirmant n’avoir pas à prendre leurs ordres auprès du pape, selon des médias italiens et américains.

Dans ce plaidoyer vibrant contre le consumérisme effréné des classes et des pays les plus riches, il avertit aussi du danger imminent de larges destructions et de guerres, notamment autour de l’eau. « Il est prévisible que le contrôle de l’eau par de grandes entreprises mondiales deviendra l’une des principales sources de conflits de ce siècle », met en garde le pape argentin, estimant qu’au-delà de l’eau, l’épuisement de certaines ressources conduira à de nouvelles guerres et des migrations.

Le ton surprend par sa radicalité sociale, le pape séparant les chapitres très politiques et économiques de ceux spirituels, ce qui rend le message plus percutant. Il affirme ainsi que le droit à la propriété privée n’est « pas absolu et intouchable », et, très concret, s’attaque à de nombreux thèmes, de l’exploitation de la forêt amazonienne à la vente de climatiseurs et à la privatisation de l’eau dans les villes.

« Tu sais que le désordre me plaît », a-t-il récemment confié à un de ses proches, selon le quotidien Repubblica.

Agence France Presse

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source