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m-pep, 25 juin 2015

France : Sortir de la Banque des règlements internationaux ?

Communiqué

par Parti de l’émancipation du peuple


Le siège de la BRI à Basel, en Suisse

Connue sous le diminutif BRI, ou BIS en anglais (Bank for International Settlements), la question se pose de la sortie de la France.


France

I.- Historique de la BRI

Après la guerre de 1914-1918 la question des compensations et des réparations de guerre s’est posée. La puissance vaincue, l’Allemagne, n’était pas la seule à devoir de l’argent aux vainqueurs. La France en devait à l’Angleterre, la Hollande à la Belgique, etc. La complexité de ce chassé-croisé de devises (il fallait déjà préciser lesquelles) outrepassait les compétences des comités constitués pour l’occasion (Plan Dawes, puis Plan Young). Les gouverneurs des banques centrales des pays concernés ont donc convenu de la création d’une « banque chapeau » pérenne, chargée de servir de pivot à l’ensemble. Chacune apporta un montant identique pour les plus importantes, Angleterre, France Italie, Japon, Reischsbank, Belgique, plus un consortium de banques étatsuniennes sous l’égide de la Banque Morgan. La Réserve Fédérale ne s’y est pas associée directement, les Américains prenant leurs distances avec le système. Pour des raisons de neutralité, et après bien des tractations, ce fut la Suisse, plus neutre, qui fut choisie pour le siège, et singulièrement la ville de Bâle, plus neutre encore que Genève où résidait alors la Société des Nations, ou Zürich trop allemande.

Cette banque, dès le départ, disposait d’un matelas de liquidités en nombreuses monnaies, généralement basées sur l’or. Déjà à l’époque, le dollar en était en partie découplé. Pour rappel, les accords de Bretton-Woods après la Seconde Guerre mondiale, avaient fixé la parité à 32 dollars l’once (environ 28,35 grammes) : dans les faits aujourd’hui la même quantité d’or correspond (n’en déplaise aux cours officiels) à environ 4000 dollars !

II.- Rôle de cette "banque des banques centrales"

A.- Le rôle de la banque en tant que telle

Dans les faits, aujourd’hui, la BRI (nous l’appellerons toujours ainsi) sert toujours de plaque tournante pour des règlements internationaux. On estime (elle est assez discrète) que dans ses comptes sont entreposées environ 7 %, voire plus, des liquidités mondiales. Elle possède aussi une réserve d’or : on parle de 712 tonnes... ce qui est loin de paraître négligeable. Son capital était libellé dans un franc suisse parallèle, fortement lié à l’or, et légèrement différent en parité du franc suisse habituel. Maintenant c’est un panier des monnaies les plus marquantes (US$, Yen, Euro, Livre sterling) qui tient lieu d’unité de change. Elle ne crée pas de monnaie, mais le fait que des transactions passent par elle entre monnaies plus ou moins fortes peut créer une certaine inflation : ses statuts et règlements s’efforcent de modérer ce genre de tendance. Elle est en mesure de peser beaucoup, en raison des liquidités qu’elle peut injecter, ou pas, à tout moment dans l’escarcelle d’une banque nationale. C’est une passerelle contrôlée pour les transactions inter-banques centrales.

Reprenons un extrait de fiche publiée le 12/12/2009 par un certain Sébastien Dufil : « Les Banques centrales ont un rôle majeur dans les économies nationales »… « La Banque Centrale fixe les taux directeurs et la masse monétaire du pays. Mais il arrive que deux banques centrales de deux États se concurrencent et annulent donc leurs propres actions. La BRI est ainsi chargée de coordonner les actions des banques centrales ».

B.- Cette banque sert de Club se réunissant à périodicité fixe pour les banquiers centraux

Dans les faits aussi, cette banque des banquiers est une sorte de « juridiction mondiale » informelle où les grands argentiers internationaux viennent tous les deux mois « faire le point » dans une totale discrétion (il n’y a aucun témoin) sous la présidence de fait du plus important d’entre eux, le patron de la Bank of England. Même aujourd’hui, Londres est plus important que Wall Street, Hong Kong ou Francfort.

Le siège de la Bank of England à Londres

C.- Cette banque est devenue une sorte de Conseil exécutif mondial

Dans la banque elle-même un comité permanent, le Comité de Bâle, étudie et préconise des accords en vue de dompter (ou de le faire croire) le coursier sauvage qu’est la finance internationale. Actuellement est en place l’accord N°2, le suivant devrait se mettre en place en 2018. Toutes les banques mondiales (pour les pays dont la banque centrale a adhéré au système) sont tenues de s’y conformer, sous peine d’empêcher le pays concerné de commercer avec les autres.

Ainsi ont été institués des outils tels que le Ratio Cooke, et le Tier One. Le premier définit le minimum de fonds propres que doit posséder une banque, en fonction de ses engagements (les prêts qu’elle a accordés, en somme). Il a depuis été pondéré par le ratio McDonough, en fonction des structures mêmes du pays considéré. Le second précise ce que sont ces fonds propres, selon leur structure qui les rend plus ou moins « solides ». Le Comité de Bâle serait, à l’échelon mondial, un peu ce qu’est la Commission européenne à Bruxelles : la source des réglementations qui régissent les mouvements mondiaux de liquidités.

La BRI est aussi chargée de dresser des statistiques sur les activités bancaires mondiales et les marchés financiers. Ces données ne sont pas forcément accessibles au public.

III.- Les avantages supposés de la présence de cette "superbanque"

Nous l’avons déjà souligné, la BRI exerce un rôle modérateur dans la course à l’inflation, ceci est dû au « matelas » de devises diverses qu’elle a en caisse, qui lui permet d’infléchir les pics dus aux spéculations sauvages, aux poussées de fièvre d’investisseurs inquiets qui mettent en difficulté les économies et les monnaies de pays membres. Ce rôle n’est naturellement qu’indirect, puisque la BRI n’a affaire qu’avec les banques nationales, jamais avec des entreprises ou des particuliers. On notera cependant que les banques centrales nationales sont sauf exception des établissements privés, qui sont théoriquement indépendants des pays où ils exercent.

C’est aussi un lieu « neutre » où, dégagés de toute politique politicienne, les grands argentiers « se lâchent » dans le secret d’une salle douillette et discrète. Ils se diront des choses qu’ils n’oseraient aborder ailleurs. A quoi cela sert-il ? Revenus dans leur siège doré, ils n’appliqueront pas ce qu’ils ont précédemment admis.

Placée dans un lieu le plus neutre possible d’un pays « neutre », la BRI est un établissement indépendant, où seuls ses actionnaires principaux peuvent décider de changements à la majorité des deux tiers. Treize de ses soixante points de règlement sont même soumis à la loi suisse, ce qui renforce leur impact. Appartiennent à cette catégorie des décisions stratégiques comme un changement de siège… Il faut tout de même préciser que les actionnaires principaux de ces banques centrales sont, en particulier aux États-Unis, des banques d’affaires appartenant à un petit nombre de grandes familles : les Morgan, Lehman (a fait faillite en 2008), Kühn (repris plus tard par Lehman avant la chute de celui-ci), Rockefeller, Rothschild (présent à New York, Londres, Paris), Lazard (à Paris), Warburg (à Hambourg), Israel Moses Seifs (à Rome), Goldman.

IV.- Les inconvénients de l’indépendance de la BRI

Par son rôle de plaque tournante, et de lieu de discussion secret (personne ne sait ce que se disent les gouverneurs au cours de leurs colloques semi-mensuels), la BRI assume un rôle directeur de premier plan. Or, elle influe ainsi sur la vie de tous dans le monde, alors que ses intervenants ne sont en rien porteurs de mandats des peuples qu’ils dirigent ainsi. Elle peut bloquer des investissements pour cause de « concurrence » entre politiques monétaires de plusieurs pays, ou pour contrer une possible inflation, terreur des grands argentiers.

Malheureusement, le simple fait d’obliger toutes les banques commerciales de la planète (jusqu’à un certain point, seules 58 banques centrales ont accepté de faire partie des adhérents) à posséder un certain volant de capitaux propres est l’un des facteurs qui déterminent leur politique. Cela explique leur prudence, qui se traduit souvent par une grande frilosité à prêter aux entrepreneurs. Cela se traduit, comme actuellement, par une déflation rampante, le chômage, les emplois précaires, etc.

S’y ajoutent les désirs de tel ou tel, des « économistes » placés au plus haut des responsabilités dans un pays, et complètement déconnectés des vrais problèmes de la base. Citons ici Bruno Bertez * :

« Bernanke * et Geithner * veulent ce qu’ils appellent « un dollar fort ». Mais dans leur pensée et dans leur conception, un dollar fort ce n’est pas comme on le croit un dollar cher. C’est un dollar qui impose sa loi, c’est un dollar que l’on force à accepter, un dollar que l’on continue de stocker. Bref, un dollar qui, négativement, faute d’alternative et à la faveur de la puissance militaire, continue de bénéficier de son rôle de monnaie impériale, de safe-haven. Ils veulent un dollar à la fois faible en prix mais en même temps roi ».

Créée par des banquiers, la BRI pense comme un banquier. Un banquier par sa seule présence crée une monnaie virtuelle, qui ne profite qu’aux banquiers. Rappelons que Bernanke est un des banquiers siégeant à la BRI. La présence d’un faux gendarme comme cet organisme « apatride » (il ne rend de comptes à personne) peut rassurer, il n’en est rien. Les bulles enflent et éclatent, à chaque fois les plus humbles subissent, les plus intouchables le deviennent de plus en plus. Comme la BRI et tous ses agents sont rigoureusement inattaquables par quiconque, particulier, banque ou État, tout peut arriver pour qui fait appel à elle directement ou non.

Un diagramme fascine : le décalage entre les liquidités qui circulent dans le public, et la masse monétaire qui circule au niveau des banques et créée par elles pour le meilleur, et le plus souvent pour le pire. La BRI ne s’intéresse bien entendu qu’à la grande courbe, celle du « hors-sol ».

On note la ligne du bas, qui décolle à peine, correspondant à un vrai mouvement de biens et marchandises « réelles », et l’autre qui escalade les sommets, et correspond aux mouvements fous des échanges permanents de sommes colossales, et vides de sens. Ce ne serait pas grave, si les fluctuations de ces volumes de transactions monétaires n’influaient pas sur les économies des États, donc par contrôle impitoyable de l’inflation sur la vie des habitants de cette Terre.

Des traders au New York Stock Exchange

Conclusion

Il est manifeste que la BRI ne joue aucunement le rôle de régulateur soucieux des réalités sociales, que l’on pourrait attendre d’elle. Ce n’est qu’un banquier de plus, encore plus frileux que d’autres encore dès qu’il s’agit d’investir pour le bien des populations, mais capable de mobiliser des sommes inimaginables (créées par d’autres banques) afin de corriger des tendances inflationnistes certes, mais souvent salvatrices pour le commun des mortel.

Nous l’avons signalé, les règles qu’édicte la BRI sont appliquées par toutes les banques commerciales des pays qui l’acceptent, elles-mêmes cornaquées par leurs banques centrales nationales. Le seul moyen de contrer ces diktats, est de rompre le lien avec la BRI en s’adressant directement au pays avec lequel l’on veut commercer, mais aussi de modifier les statuts mêmes de la banque centrale, en l’occurrence la Banque de France. Dans son Conseil général doivent pouvoir prendre place des personnes de « la société civile », délégués d’associations de consommateurs, délégués de PME, chargées de rappeler ce qu’est « la vraie vie » à des personnes trop souvent coupées de celle-ci. Bien entendu la BdF ne devrait plus avoir aucun compte à rendre ni à la BRI, ni à la BCE, ni aux institutions de Bruxelles, ni bien entendu à la Banque mondiale ou au FMI. Pour cela, aussi bien qu’avec l’Union européenne, la France doit quitter cet organisme contraignant, banque des banquiers centraux qui en sont aussi les membres.

A quoi servirait de continuer à « faire des messes basses » à Bâle, ce temple du capitalisme dominé de fait (évidemment) par les anglo-saxons qui y apportent à la fois leur envergure mondiale et délétère, et leur langage si particulier (un tiers au moins de leur jargon particulier consiste en termes relatifs au commerce, à la finance, à l’argent) ? A quoi servirait de deviser gravement de considérations dictées par les superprofits, alors que ceux-ci se construisent sur le moins-social ? A quoi servirait de voir une partie des avoirs français en dépôts dans une banque étrangère, alors que la totalité des efforts doit concourir à un mieux-être ensemble dans le cadre de l’Hexagone et d’autres pays aux volontés sociales tout aussi affirmées comme le Venezuela ou l’Équateur ?

Si les forces qui veulent défendre les classes dominées, et en particulier les classes opprimées, réussissent à imposer leurs vues, leurs aspirations, leurs objectifs, un changement radical devra s’opérer, ne serait-ce que par la nationalisation des banques. Cela impliquera qu’elles ne seront plus des « opérateurs » de la grande braderie du fric pour le fric, mais redeviendront par un équivalent d’une sorte de Glass-Steagall Act* plus contraignant, uniquement des banques de dépôt et de prêt aux PME, des sortes de simples guichets déportés de la Banque de France. La spéculation en sera alors non seulement séparée, mais bannie. Plus question de faire valoir les « effets de levier » : la banque avancera l’argent, moyennant un loyer fixe correspondant à ses frais de fonctionnement : remboursée, la somme sera annulée, et on repartira à zéro avec un autre emprunteur. C’est un dispositif totalement différent de celui qui actuellement et depuis des siècles prévaut, et dont on connaît les effets pervers. En quoi avec de telles dispositions la BRI devrait-elle avoir la moindre incidence sur la vie économique de notre pays, jouant avec ses règles propres ?

Parti de l’émancipation du peuple

Documentation

BRI : Les marchés sont découplés de l’économie. http://leblogalupus.com/2014/07/03/bri-les-marches-sont-decouples-de-leconomie-avec-commentaire-de-bruno-bertez/

Oligarchie financière - La Banque des Réglements Internationaux ossature du Nouvel Ordre Mondial. http://resistance71.wordpress.com/2013/02/07/oligarchie-financiere-la-banque-des-reglements-internationaux-ossature-du-nouvel-ordre-mondial/

La Banque des règlements internationaux (BRI). http://www.professeurforex.com/formation-forex/analyse-fondamentale/institutions-influentes/la-banque-des-reglements-internationaux-bri/

Banque des règlements internationaux. http://fr.wikipedia.org/wiki/Banque_des_r%C3%A8glements_internationaux

Banque des Règlements Internationaux (BRI). http://archives.lesechos.fr/archives/cercle/2012/05/20/cercle_47022.htm

La Banque des règlements internationaux, dernier bastion de l’orthodoxie financière ? http://www.monde-diplomatique.fr/1986/09/LOMBARDI/39462

Annales d’histoire économique et sociale - la BRI. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0003-441x_1931_num_3_11_1421

* Glass-Steagall Act : dispositif qui fut créé en 1933 aux États-Unis sous l’égide du Sénateur Glass de Virginie, et du Représentant Steagall de l’Alabama, et qui, de plus en plus contourné, fut abrogé en 1999 par l’administration Clinton. Il interdisait à un organisme d’être à la fois banque de dépôts et officine d’affaires.

* Bruno Bertez est un éditeur de publications financières, rédacteur habituel de L’Agefi (publication suisse) et fondateur de La Tribune après avoir dirigé La Vie Française et Le Nouveau Journal. Il s’exprime aussi, avec talent, dans le Blog à Lupus.

* Ben Shalom Bernanke a assumé deux mandats de président à la Réserve Fédérale des États-Unis. Économiste, il a désormais intégré comme dirigeant un de ces Think Tanks qui sont les boulets néolibéraux de la politique économique US, The Brooking Institution.

* Timothy Franz Geithner était jusqu’en 2013 le Secrétaire au Trésor des États-Unis (le ministre des Finances, en somme),

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