retour article original

vendredi 24 mars 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Irak (9ème partie) : Août 2004
AP, 19 août 2004

Irak : Les ultimatums se succèdent à Najaf

Suivi d’un commentaire


BAGDAD (AP) - Une grande confusion régnait, jeudi 19 août 2004, à Najaf, où les ultimatums du gouvernement ont succédé aux refus de Moqtada al-Sadr. Le Premier ministre irakien Iyad Allaoui a lancé un « ultime appel » aux résistants de l’imam chiite pour qu’ils déposent les armes et se retirent du mausolée sacré d’Ali, répondant ainsi à une nouvelle fin de non-recevoir du chef de la rébellion.


S’exprimant lors d’une conférence de presse à Bagdad, Iyad Allaoui a exigé de l’imam résistant qu’il accepte lui-même les exigences du gouvernement, et non par l’intermédiaire de conseillers et de porte-parole, comme il l’a fait jusqu’alors. « Quand nous l’entendrons dire qu’il s’engage à satisfaire ces conditions, nous lui offrirons, à lui et à son groupe, notre protection », a déclaré le chef du gouvernement intérimaire. « C’est l’ultime appel pour qu’ils (les partisans de Moqtada Al-Sadr, NDLR) déposent les armes, quittent le mausolée sacré et s’engagent dans le processus politique ».

Plus tôt dans la journée, le gouvernement irakien avait menacé, par la voix de son ministre d’Etat Qassim Dawoud, de lancer l’assaut à Najaf si l’Armée du Madhi, les résistants de Moqtada Al-Sadr, ne se rendait pas sans condition. Un ultimatum que l’imam avait rejeté, affirmant dans un courrier qu’il n’avait plus le choix qu’entre « le martyre ou la victoire ».

S’il a répété que le gouvernement ne négocierait pas avec les milices armées, Iyad Allaoui a toutefois laissé « la porte ouverte » à de nouvelles négociations pour résoudre la crise et a annoncé que la délégation de la Conférence nationale irakienne, qui s’est déjà rendue à Najaf, pourrait y retourner.

« Cette délégation est prête à revenir s’il (Al-Sadr, NDLR) fait clairement comprendre qu’il est déterminé à accepter ces conditions et à y satisfaire », a-t-il expliqué, avant d’ajouter que l’imam devait s’exprimer « personnellement ».

Bien qu’une solution pacifique reste envisageable, l’assaut des forces irakiennes semblait de plus en plus imminent. Le ministre de la Défense Hazem Chaalan a ainsi expliqué que le gouvernement travaillait depuis trois jours à Najaf pour empêcher de nouveaux combattants de pénétrer dans la ville pour se joindre aux miliciens. « Si Dieu le veut, nous atteindrons la cible de l’opération dans un délai très court », a-t-il déclaré. « L’opération sera rapide et nous protégerons le mausolée sacré et les vies de ceux qui s’y trouvent, que ce soit les partisans de Moqtada Al-Sadr ou des volontaires venant d’autres endroits », a-t-il ajouté.

A Washington, l’administration Bush a exhorté Moqtada al-Sadr à joindre les actes à la parole. « Plusieurs fois Al-Sadr a laissé entendre ou dit qu’il allait accepter certains termes alors qu’il s’est ensuite révélé que ce n’était pas le cas », a observé la conseillère pour la Sécurité nationale Condoleezza Rice.

En attendant cette possible bataille finale, la journée a connu son lot de violences quotidien. Le siège de la police irakienne à Najaf a été la cible de tirs de mortier qui ont fait au moins sept morts et 31 blessés. Des explosions et des fusillades ont également été entendues dans la ville, dont les rues étaient pratiquement désertes et la plupart des magasins fermés.

Par ailleurs, la chaîne privée turque NTV a diffusé une vidéo sur laquelle des résistants irakiens menacent de tuer un otage turc si sa société ne se retire pas d’Irak dans les trois jours. Les images montrent Aytullah Gezmen en appeler au Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan et supplier sa famille de demander à l’entreprise de transport Bilintur qui l’emploie de quitter l’Irak.

Abdul Hussein Al-OBEIDI

Commentaire

Il paraît évident que la situation, à Najaf, a atteint un instant décisif. En résistant, durant de nombreuses semaines, à l’occupant et à ses collaborateurs de l’armée irakienne, malgré une situation d’infériorité écrasante, les partisans de Moqtada Al-Sadr sont entrés dans la légende.

D’un point de vue politique, les résistants de Moqtada Al-Sadr ont atteint le maximum du prestige qu’ils pouvaient espérer obtenir. Moqtada Al-Sadr lui-même est devenu un héros national, alors qu’au début de l’année encore il n’était qu’un obscur agitateur de quartier, à Bagdad.

S’obstiner à demeurer dans le mausolée de l’imam Ali ne présente plus aucun avantage pour les résistants. C’est même le plus sûr moyen de gâcher tout les avantages acquis.

Tout d’abord, il faut bien voir que les Américains et leurs collaborateurs seraient enchantés d’exterminer les résistants de Najaf. Si le mausolée de l’imam Ali est détruit, ils rejetteront la faute sur les résistants. S’obstiner dans une situation sans issue, c’est faire le jeu de l’occupant.

En se sacrifiant jusqu’au dernier, les résistants n’ajouteraient rien à leur mérite. Leur mort affaiblirait la résistance, sans autre "justification" que des considérations de prestige. D’un point de vue militaire, ce sacrifice serait une absurdité.

Par contre, en acceptant de quitter le mausolée de l’imam Ali et Najaf, les résistants, même provisoirement désarmés, exerceront une influence dissuasive sur le gouvernement potiche, soucieux de ne pas provoquer une nouvelle insurrection. Ces résistants, s’ils s’engagent dans l’action politique, jouiront d’un grand prestige et d’une influence sans commune mesure à celle que pourrait espérer un laquais de l’occupant. Toutes les potentialités seront préservées, et c’est primordial.

Grâce au prestige acquis par la résistance et à son organisation, susceptible de se convertir à l’action politique, Moqtada Al-Sadr bénéficierait, potentiellement, d’un avantage écrasant face à n’importe quel rival politique.

Les propositions du gouvernement potiche, bien que formulées de manière arrogante, sont parfaitement honorables, compte tenu de l’aspect désespéré de la situation des résistants dans le mausolée de l’imam Ali. Il n’est pas question que les résistants se constituent prisonniers. Si les rôles avaient été inversés, il n’est pas certain que Moqtada Al-Sadr aurait formulé une telle offre à ses adversaires.

En résumé, si Moqtada Al-Sadr et ses résistants acceptent les conditions qui leurs sont posées, ils auront gagné une écrasante victoire politique -même si l’occupant s’efforce de donner le change- et prouvé leur héroïsme aux yeux du monde entier. Ils quitteromt le casino après avoir fait sauter la banque. Leurs perspectives n’auront jamais été meilleures.

Par contre, si Moqtada Al-Sadr et ses résistants s’obstinent plus longtemps, ils fourniront à l’occupant le prétexte d’un massacre et se retrouveront comme le joueur qui perd tout pour avoir voulu miser une fois de trop.

Frank BRUNNER

Si vous souhaitez soutenir l’activité du site web interet-general.info, vos dons sont les bienvenus sur le compte de la Banque cantonale de Genève No Z 3267.34.01 Clearing bancaire (CB) : 788 IBAN CH48 0078 8001 Z326 7340 1

Compte de chèque postal : 12-1-2

Veuillez libeller les chèques au nom de : interet-general.info

Accueil

éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source