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La Presse Canadienne, 10 juillet 2015

Canada : La religion ne doit pas servir de prétexte à la communauté Lev Tahor

par Lia LEVESQUE


Des membres de la secte juive Lev Tahor

La Commission des droits de la personne conclut à un manque de coordination de tous les acteurs dans le dossier de la communauté Lev Tahor, en plus de quelques cafouillages et des délais inacceptables. Dans ce dossier, 134 enfants avaient fait l’objet d’un signalement à la Direction de la protection de la jeunesse.


Canada

Les membres de la communauté juive ultraorthodoxe Lev Tahor, établis à Saint-Agathe-des-Monts, dans les Laurentides, avaient fui la région vers l’Ontario, d’abord, puis vers le Guatemala. Ils avaient quitté le Québec en catimini après que le Directeur de la protection de la jeunesse eut retenu le signalement de 134 enfants, en août 2013.

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a rencontré les médias, jeudi 9 juillet 2015, à Montréal, pour dévoiler une étude d’un consultant expert sur ce dossier, puis pour présenter sa propre analyse des cafouillages et délais encourus. « On doit assurer le respect de la primauté de l’intérêt de l’enfant, quel que soit l’univers familial, communautaire ou religieux à l’intérieur duquel évolue chaque enfant au Québec. Il semble en effet que d’autres considérations soient venues gêner le déroulement des interventions en multipliant les délais, faisant ainsi perdre de vue le meilleur intérêt des enfants de la communauté Lev Tahor. La liberté de religion ne peut constituer un prétexte à la maltraitance et à la négligence », a lancé le président de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, Jacques Frémont.

Jacques Frémont

Parmi ces cafouillages, la direction de la Commission signale qu’il s’est écoulé un délai de 17 mois entre le moment où la Direction de la protection de la jeunesse a été saisie du dossier au départ et l’opération qui a permis de retenir les signalements pour ces 134 enfants.

Entre autres, le Direction de la protection de la jeunesse avait accepté une demande de délai de la Sûreté du Québec, qui voulait approfondir une enquête criminelle, a rapporté la direction de la commission. Cette demande a entraîné un délai de quatre mois, d’avril à août 2013. La Sûreté du Québec avait reçu des plaintes concernant des allégations d’agressions sexuelles et physiques, de même que des mariages avant l’âge légal avec un grand écart d’âge entre les époux et des déplacements d’enfants d’une famille à l’autre sans le consentement des parents.

De même, les autorités scolaires n’ont pas été suffisamment insistantes dans leurs demandes concernant l’obligation de fréquentation scolaire des enfants, qui n’avaient qu’une éducation religieuse et ne parlaient pratiquement ni français ni anglais. Elles ont accordé un délai de 15 mois aux leaders de la communauté et ont discuté avec ces leaders plutôt qu’avec les parents des enfants, a déploré la direction de la commission.

Autre embûche rencontrée dans ce dossier : le Québec a signé des ententes avec toutes les provinces, sauf l’Ontario, pour que les jugements de son Tribunal de la jeunesse soient reconnus à l’extérieur de ses frontières. Or, lorsque la communauté Lev Tahor a fui le Québec, elle a quitté pour l’Ontario. Il a donc fallu reprendre les démarches judiciaires face au Tribunal de la jeunesse de l’Ontario, a expliqué à son tour le vice-président de la commission, Camil Picard. « Dans cette situation-là, c’est clair qu’on a pu constater -l’étude le démontre et nos analyses aussi- que systématiquement, les réseaux ont failli à leur tâche de protection des enfants, autant l’Éducation que la Protection de la jeunesse, la première ligne en santé et services sociaux et l’aspect policier », a tranché M. Picard.

Des membres de la secte juive Lev Tahor

Face à toutes ces constatations, la Commission des droits de la personne formule quelques recommandations, parmi lesquelles celle que l’intérêt de l’enfant doive toujours primer et que les parents doivent demeurer au coeur de l’intervention -et non les leaders de la communauté religieuse.

La Commission reproche également à la Direction de la protection de la jeunesse de ne pas avoir assumé pleinement son rôle de leadership comme le prévoit la Loi sur la protection de la jeunesse. Ses interventions n’ont « pas toujours été effectuée avec une réelle concertation » et ont subi des délais parfois évitables.

La Commission recommande aussi de développer un guide des pratiques à mettre en place lors d’une intervention auprès d’enfants faisant partie d’un groupe sectaire ou d’une communauté fermée. Ce guide devrait être diffusé dans les réseaux de la santé, des services sociaux et de l’éducation.

Elle recommande aussi que le gouvernement du Québec prenne les dispositions qui s’imposent afin que les jugements émis au Québec puissent être exécutés dans d’autres provinces.

Lia LEVESQUE

Des membres de la secte juive Lev Tahor

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