retour article original

dimanche 23 avril 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Suisse (1ère partie) : Du 17 octobre 2003 au 28 mars (...)
Tribune de Genève, 17 décembre 2003

Gate Gourmet veut des contrats individuels

Les employés doivent accepter des baisses de salaires ou prendre la porte.

par Christiane Pasteur


Gate Gourmet fournit les plateaux repas des avions de ligne

Les employés de Gate Gourmet, entreprise de restauration pour compagnies aériennes et ex-filiale de Swissair, ont reçu hier un courrier de leur employeur. Celui-ci les invite à signer d’ici au 31 décembre, date à laquelle prend fin la convention collective, des contrats individuels péjorant leur revenu de 4% (contre 6% prévus précédemment) et augmentant leur temps de travail de 41 à 42 heures hebdomadaires.


"Ils essaient de passer en force, c’est scandaleux", s’insurge Rémy Pagani, syndicaliste SSP en charge du dossier. "Cette lettre signifie : c’est à prendre ou à laisser, autrement on vous fout dehors. Il y a déjà eu 42 licenciements au 1er octobre. Dans n’importe quelle entreprise, quand ça va mal, on diminue le temps de travail. Ici, c’est le contraire. Et en plus, on baisse les salaires !"

Rémy Pagani, apparatchik du Syndicat genevois des Services Publics (SSP) et député au Grand Conseil -le parlement cantonal

Deux exigences

Rappelons que la semaine passée, les employés de Gate Gourmet ont débrayé le temps d’une assemblée générale. L’occasion pour eux de réitérer deux exigences : une opération zéro-zéro et le refus de signer des contrats individuels. Hier, Claude Maeder, chef du personnel de la société, a confirmé que si un employé refuse par écrit ce nouveau contrat, "les rapports de service seraient considérés comme résiliés". Un licenciement, donc ? "Il ne s’agit pas d’un nouveau contrat, mais d’un congé modification. Si une personne refuse, ce sera considéré comme une démission", répond-il. Si le salarié ne donne pas de nouvelles, Gate Gourmet considérera tout simplement qu’il accepte les nouvelles conditions. Les travailleurs se réunissent ce matin pour en débattre. L’assemblée s’annonce houleuse.

Christiane PASTEUR

Des employés de Gate Gourmet

Commentaire

En Suisse, les « conflits sociaux » font penser à du mauvais théâtre joué par une troupe ringarde dont les membres se répartissent, entre eux, tous les personnages du répertoire.

Au fil des représentations, Untel apparaît comme l’élu du peuple, intègre et dévoué, puis dans le rôle de l’affairiste cynique et sans scrupule, collectionneur de jetons de présence.

Tel autre apparaît tantôt comme le militant syndical, tantôt comme le président d’une association d’opportunistes et tantôt, lui aussi, comme l’élu du peuple.

Ils jouent toujours les mêmes scènes aux répliques convenues et se livrent à leur mélodrame habituel face au public. Leur jeu est aussi faux que leurs décors en carton-pâte, mais ils s’admirent entre eux et, de leur point de vue, c’est l’essentiel. Ils s’estiment seuls juges en matière de bon goût. D’ailleurs, il n’est pas « politiquement correct » de les critiquer. Cela fait populiste. L’admiration béate est de rigueur.

Une scène de Tartuffe, de Molière

D’un côté, on a un patronat prisonnier de sa logique de fuite en avant dans la compétitivité internationale, et qui présente chaque nouvelle étape du démantèlement social comme lui étant imposée par « la fatalité de la loi du marché ». Dans le camp d’en face, on a des apparatchiks syndicaux qui sont en réalité des politiciens et qui manipulent le syndicat en fonction de considérations électoralistes.

Logo du Syndicat des Services Publics

Le numéro habituel

Les apparatchiks commencent toujours par faire leur petit numéro de l’indignation, en proclamant que les décisions patronales sont « inacceptables ».

Cela signifie, bien sûr, qu’elles seront acceptées.

En réalité, tout ce que les apparatchiks attendent du patronat, c’est qu’il « négocie » avec eux. Ils veulent être reconnus comme les porte-paroles des salariés dont ils empochent les cotisations. Ils défendent, non pas les salariés, mais leur fonds de commerce. Et, d’avance, ils sont disposés à toutes les « concessions » au préjudice des salariés. Il suffit que le patronat leur fournisse un prétexte quelconque.

D’où le contraste entre, d’une part, l’agitation publique, les grandes déclamations ; et, d’autre part, l’issue du conflit : les apparatchiks se contentent de trois cacahuètes et retournent à la niche, tandis que les salariés se retrouvent à chaque fois floués.

Grève

Il y a toujours un double discours des apparatchiks. D’un côté, ils exhortent la base à se mobiliser, affichant leur détermination à faire reculer le patronat -sur l’air de « unis nous sommes forts »- ; mais, quelle que soit la mobilisation de la base, le résultat est toujours une nouvelle reculade syndicale. A vrai dire, les apparatchiks syndicaux se contentent de profiter du conflit pour expliquer à la base que les patrons, c’est la droite, et que le salut exige qu’on vote à gauche... On peut dire que leur « ambition » s’arrête là.

Si on filmait un conflit du travail genevois de nos jours et qu’on le comparait à un film similaire tourné voici dix ans, on y verrait les mêmes personnages tenant les mêmes rôles et ânonnant les mêmes répliques. Sans doute pourrait-on intervertir la bande sonore des deux films sans que nul ne s’en aperçoive. Et il est probable qu’il en irait de même si on tournait le même film dans dix ans.

Si le jeu des acteurs est demeuré immuable, la situation des salariés n’a pas cessé de se dégrader, tandis que les apparatchiks syndicaux, dans le même temps, augmentaient leur propre salaire et accumulaient les « avantages sociaux » à leur profit personnel… Tandis que les uns plongeaient dans la pauvreté et la précarité, les autres s’achetaient une villa.

On relèvera que ces reculades syndicales ininterrompues n’ont nullement abouti à une quelconque remise en question parmi les apparatchiks -ni d’ailleurs parmi les politiciens « de gauche ». Bien au contraire, il faut être incroyablement prétentieux pour contester leur compétence...

Ils ne conçoivent pas d’autre logique que celle des concessions face aux « nécessités de la compétitivité internationale ». Tout ce qu’ils espèrent, c’est d’en retirer un bénéfice électoraliste. Obtenir des places et des jetons de présence pour leurs petits copains.

Au bout du compte, dans cette médiocre pièce de théâtre, c’est le public qui est systématiquement perdant. Les acteurs sont bien d’accord entre eux pour le duper.

Frank BRUNNER

Un employé de Gate Gourmet

Si vous souhaitez soutenir l’activité du site web interet-general.info, et si vous souhaitez promouvoir la politique d’intérêt général qu’il préconise, vos dons sont les bienvenus sur le compte de la Banque cantonale de Genève No Z 3267.34.01 Clearing bancaire (CB) : 788 IBAN CH48 0078 8001 Z326 7340 1

Compte de chèque postal : 12-1-2

Veuillez libeller les chèques au nom de : interet-general.info

AUTEURS 

  • Christiane Pasteur

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source