retour article original

jeudi 8 décembre 2016
Vous êtes ici Accueil Informations internationales Afrique Burundi
Le Courrier, 22 juillet 2015

Le Burundi prêt à s’embraser

par Christophe KOESSLER


Scène de rue à Bujumbura, le 21 juillet 2015

Au Burundi, l’élection présidentielle de mardi 21 juillet 2015 n’augure rien de bon. Boycotté par l’opposition après un mois et demi de manifestations quasi quotidiennes, ce scrutin devrait sans surprise voir l’actuel chef de l’Etat, Pierre Nkurunziza, conserver le pouvoir. Les accords de paix d’Arusha de 2000, qui ont mis fin progressivement à plus de dix ans de guerre civile sur fond d’instrumentalisation des identités ethniques, stipulaient pourtant que le président ne pouvait briguer plus de deux mandats. Qu’à cela ne tienne, Pierre Nkurunziza s’acharne à en vouloir un troisième, quitte à laisser 80 morts dans les rangs des manifestants et à risquer un nouveau conflit ouvert, ravivant les vieilles rancunes.


Burundi

L’espoir d’une résolution pacifique de la crise était pourtant dans tous les esprits ces derniers mois. Le Burkina Faso avait montré le chemin. Sortis par centaines de milliers dans les rues, les jeunes de ce pays avaient réussi à chasser du pouvoir, en novembre 2014, l’indéboulonnable Blaise Campaoré. Les Burundais ont pris le même chemin. Qu’ils soient Hutus (comme Nkurunziza) ou Tutsis, ils ont presque paralysé le pays entre avril et juin. Confirmant la tendance à la désethnisation des conflits politiques, ces mobilisations ont fait souffler un vent progressiste jamais vu au Burundi, écartant les logiques identitaires créées de toutes pièces par l’ancien pouvoir colonial belge.

Le cadavre d’un homme à Bujumbura, le 21 juillet 2015

Mais la répression a frappé très durement l’opposition pacifique et les réactions occidentales se sont faites timides et bien tardives, alors que l’Union européenne, la Belgique et la France tiennent les cordons de la bourse. Ce n’est que le 9 juillet 2015 que le parlement européen a demandé à la Commission européenne de réévaluer son aide « de toute urgence » afin d’augmenter le soutien à la société civile « au détriment » de l’appui budgétaire à l’Etat. Quant à la France et à la Belgique, si elles ont coupé leur aide sécuritaire au Burundi, leur ligne consacrée à l’aide publique générale reste intacte.

Est-il trop tard ? Les explosions et les coups de feu qui ont retenti, mardi 21 juillet 2015, à Bujumbura, dans les heures précédant l’ouverture des locaux de vote, pourraient être le prélude d’affrontements violents. Un policier et un civil ont déjà été tués. Du côté du pouvoir, les milices de jeunes liés au parti du président, les Imbonerakure, sont tristement connues pour leurs exactions commises ces derniers mois. Plus de 120000 personnes ont dû se réfugier en Tanzanie depuis avril. Du côté de l’opposition, des rumeurs de rébellion armée en formation inquiètent à ­Bujumbura. Seule une action déterminée des Etats européens semble aujourd’hui à même de désamorcer la bombe posée par Pierre ­Nkurunziza et peut-être prévenir de nouveaux massacres.

Christophe KOESSLER

Le cadavre d’un homme à Bujumbura, le 21 juillet 2015

Liens liés a l'article.Le Courrier

AUTEURS 

  • Christophe KOESSLER

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source