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lundi 5 décembre 2016
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Le Courrier, 6 août 2015

Suisse : No Bunkers dénonce le harcèlement de ses membres

Suivi d’un commentaire

par Camille LAYAT


Des requérants d’asile arrivent à la salle du Faubourg à Genève

Selon le collectif, une trentaine de requérants militants auraient été arrêtés depuis le début du mouvement. Il réclame toujours une solution pour l’hébergement.


Suisse

Pablo Cruchon et Aurélie, qui s’exprimaient, mercredi 5 août 2015, au nom du collectif No Bunkers, en avaient après le conseiller d’Etat [ministre cantonal] Pierre Maudet. Ils disent être fatigués de le voir marteler que les conditions de vie en abri PC [abris antiatomiques de la Protection civile] ne posent pas de problème et dénoncent de nombreuses intimidations et arrestations de la part des forces de l’ordre. Selon le mouvement, Pierre Maudet, conseiller d’Etat en charge de la Sécurité, nie les souffrances tant physiques que psychiques que peuvent ressentir les requérants d’asile enfermés, souvent sur des longues durées, en abri PC. « Et non content d’imposer cette ligne au reste du Conseil d’Etat [exécutif cantonal], il accroît les arrestations des membres du mouvement », explique Pablo Cruchon. Pierre Maudet, absent, ne s’est pas exprimé. Son cabinet nous fait savoir que le canton de Genève est le canton d’exécution des renvois, et qu’il ne fait qu’appliquer les directives du Secrétariat d’Etat aux migrations.

Le conseiller d’Etat exercerait une forte pression sur son confrère Mauro Poggia, chargé notamment de l’hébergement des migrants, pour obtenir une liste des participants de No Bunkers. « Nous avons comptabilisé une trentaine d’arrestations de requérants engagés depuis le début du mouvement, et sept depuis deux semaines », continue Pablo Cruchon. No Bunkers affirme que ces arrestations ont parfois lieu devant des administrations dans lesquelles les requérants sont obligés de se rendre. Pour Aurélie, « cette pratique va à l’encontre des droits de l’homme les plus basiques ». Pablo Cruchon résume : « Loin de tenter d’échapper à la justice, ces gens lèvent la tête et se mettent en avant. Les intimidations, les arrestations et les expulsions doivent cesser. On ne peut pas entrer en discussion avec une association qui les représente tout en continuant de les expulser ». Le collectif n’a rencontré, du Conseil d’Etat, que Mauro Poggia et Antonio Hodgers, chef du Département de l’aménagement, du logement et de l’énergie. Les membres du collectif souhaitent maintenant pouvoir entamer des discussions avec Serge Dal Busco, chargé des Finances, et Pierre Maudet.

Pablo Cruchon

Afin d’illustrer leurs propos, Pablo Cruchon et Aurélie rapportent le témoignage de Mohamed, accusé à tort de vol et violenté par la police (1). Ce cas a, en partie, été relaté dans notre édition du 30 juillet 2015. Après que Mohamed a été accusé de vol par un inconnu, des policiers l’ont menotté et embarqué dans un commissariat. Il dit avoir fait l’objet d’insultes –« sale voleur », « rentre chez toi »– et subi des coups des policiers. Selon son témoignage, il n’a pas pu voir de médecin, malgré ses demandes, et a été entendu sans son avocate. Il est condamné à un mois de prison pour infraction à la Loi sur les étrangers (LEtr). Le certificat médical de Mohamed atteste que ses blessures (bleus à la tête, au cou, au thorax...) sont compatibles avec son récit. Il est aujourd’hui incarcéré au centre de détention de Favra et a entamé une grève de la faim.

No Bunkers demande l’arrêt du harcèlement et des arrestations pratiquées par la police et la libération des personnes incarcérées. Enfin, No Bunkers réclame toujours une solution pragmatique pour l’hébergement des migrants. En effet, la salle du Faubourg, où sont actuellement logés une cinquantaine de migrants, n’est mise à leur disposition que jusqu’à mi-août.

Le cabinet de Pierre Maudet dément les allégations du collectif quant à la grève de la faim ou le passage à tabac de Mohamed.

Camille LAYAT

Pierre Maudet

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L’attitude des politiciens de droite à l’égard des immigrés clandestins est révélatrice de leur attitude à l’égard de la population dans son ensemble. Elle se résume au dédain et à la malveillance. Face au problème des immigrés clandestins, ces politiciens ne parlent que de réduction ou de suppression de l’aide sociale, décrivant explicitement ou implicitement les immigrés clandestins comme des parasites et des profiteurs. C’est le classique discours anti-pauvres. Bien entendu, ces politiciens ne se soucient nullement des conséquences de la politique qu’ils préconisent. En l’occurrence, cette politique est un véritable pousse-au-crime, car des individus délibérément privés de ressources financières sont quasiment contraints de se livrer à des délits.

Quant à Pierre Maudet, il est coutumier de l’intimidation des esprits critiques. En juillet 2013, j’ai effectué un mois de détention à la prison genevoise de Champ Dollon. J’en ai profité pour écrire à Pierre Maudet et lui décrire les conditions de détention du point de vue d’un détenu : bruit quasiment incessant, médiocrité de la nourriture, surpopulation, refus d’acheminer sous pli fermé des lettres destinées aux autorités -y compris à Pierre Maudet lui-même- etc... Au lieu de tirer profit de mes observations pour améliorer ce qui pouvait l’être, il s’est efforcé de m’intimider. Subitement, tel gardien refusait d’acheminer mon courrier, tel autre m’interdisait d’emporter un livre à la promenade -alors que cela n’avait jamais posé le moindre problème auparavant-, un dossier pénal déposé au greffe de la prison par mon avocat ne m’était pas remis et, le jour du procès, on ne m’a même pas laissé emporter un stylo au tribunal. Il ne fait aucun doute que ces agissements étaient dictés par la direction de la prison et que celle-ci se savait couverte par Pierre Maudet.

Pierre Maudet apparaît ainsi comme un personnage sournois ne reculant devant aucune bassesse et méprisant les droits les plus élémentaires d’autrui.

Frank BRUNNER

Note :

(1) https://renverse.ch/Geneve-SCANDALE-Violences-et-procedures-La-police-tabasse-et-enferme-les-242

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