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9 août 2015

Proche Orient : Une analyse médico-légale des rapports d’Amnesty International sur l’opération israélienne « Bordure Protectrice » à Gaza en 2014 (1/7)

par Norman FINKELSTEIN


Un enfant palestinien tué par un navire de guerre israélien sur une plage de Gaza City, le 16 juillet 2014

Amnesty International compte parmi les premiers organismes de défense des droits de l’homme dans le monde. Ses déclarations façonnent l’opinion publique, alors que les États se sentent obligés sinon d’en tenir compte, du moins de leur répondre. Un mouvement en faveur de la justice qui aspire à atteindre un large public et infléchir la politique de l’État ne peut se permettre d’ignorer Amnesty International si et quand elle se fourvoie. Cette monographie [étude exhaustive] soutient qu’Amnesty a en effet perdu le nord, et l’intention de cette monographie est de documenter cette analyse, dans l’espoir que Amnesty effectuera d’elle-même –ou que ses membres de base l’y obligeront– une correction de trajectoire.


Israël

Ces dernières années, Amnesty International a publié des rapports méticuleusement documentés et légalement inattaquables sur le respect des droits de l’homme dans le conflit israélo-palestinien, par exemple, Opération Plomb durci : 22 jours de morts et de destruction [1], un réquisitoire accablant sur l’assaut d’Israël à Gaza en 2008-2009. Mais cela n’a pas toujours été le cas.

Pendant de nombreuses décennies, cette vénérable organisation de défense des droits de l’homme a effectivement donné à Israël un laissez-passer gratuit sur ses pratiques de torture généralisée dans les territoires palestiniens occupés [2]. A en juger par les rapports qu’elle a émis après l’agression d’Israël sur Gaza durant l’été 2014, l’opération « Bordure Protectrice », Amnesty régresse à ses apologétiques antérieures. Pour ceux qui ont appris à se fier à Amnesty et à la citer comme une source d’informations précises sur les droits de l’homme, ce développement est inquiétant et profondément frustrant.

Une fillette palestinienne blessée dans un bombardement israélien et hospitalisée à Khan Younis, dans la bande de Gaza, le 16 juillet 2014

Le but principal de cette monographie n’est pas de rendre compte des raisons de ce rétropédalage apparent d’Amnesty, bien que certaines spéculations sur ce sujet seront avancées en conclusion, mais de le documenter soigneusement, en se concentrant en particulier sur l’acte d’accusation global d’Amnesty contre le Hamas [3] intitulé Illégaux et mortels : tirs de roquettes et de mortiers par les groupes armés Palestiniens au cours du conflit de 2014 entre Israël et Gaza [4].

Le tableau n° 1 présente les données brutes à partir desquelles une évaluation de l’opération « Bordure Protectrice » (ci-après : OBP) commence nécessairement [5].

* Pour Gaza, les chiffres sont arrondis. Tout au long de cette monographie, les grands nombres sont de même arrondis à la dizaine, à la centaine ou au millier.

** Un civil était un travailleur immigré thaïlandais.

*** 11 autres ont subi des dégâts.

**** 38000 autres ont subi des dégâts.

« Des deux côtés, observe Amnesty dans son rapport Illégaux et mortels, les civils ont une fois de plus porté le poids de la troisième guerre totale en moins de six ans ». Bien qu’elle soit sans doute vraie [9], cette déclaration obscurcit le fossé béant qui sépare l’ampleur de la souffrance infligée aux civils de Gaza par rapport aux civils israéliens [10]. Il est difficile de trouver un exemple plus palpable d’une différence quantitative se transformant en qualitative que celui du seul enfant israélien tué face aux 550 enfants de Gaza tués ; et cela ne diminue pas le caractère sacré de toute vie de relever le fait que si la mort d’un enfant israélien est terrible, avec le même calcul, les décès d’enfants de Gaza sont 550 fois plus terribles. Une mission médicale internationale d’enquête, recrutée par la branche israélienne des Médecins pour les droits de l’homme et composée de médecins éminents, a conclu son rapport sur OBP avec cette mise en garde : « Sans vouloir dévaluer en aucune façon les effets traumatisants de la guerre sur les civils israéliens, ils pâlissent en comparaison des conséquences de la destruction massive infligée à Gaza » [11]. Même le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, qui par le passé a déshonoré ses fonctions avec son apologie en faveur d’Israël [12], a soigneusement distingué les attaques mortelles d’Israël contre les installations de l’ONU lors de l’OBP, qu’il « déplore », et l’utilisation abusive par le Hamas des installations des Nations Unies pour lesquelles il est « consterné » [13]. On cherche en vain une reconnaissance ou nuance comparable formulée par Amnesty.

En accord avec sa prétention d’impartialité, Amnesty donne l’impression qu’Israël et le Hamas furent également coupables d’avoir violé les lois de la guerre. L’organisation a publié deux rapports d’après-guerre documentant les crimes d’Israël et deux rapports documentant les crimes du Hamas (quatre au total), tandis que de manière incroyable, elle a consacré, tout compte fait, beaucoup plus de pages à inculper le Hamas (107 pages) qu’Israël (78 pages) [14]. Dans son rapport intitulé Opération Plomb Durci, Israël avait fait porter l’essentiel de l’acte d’accusation d’Amnesty (60 pages contre 13), le rapport allouant respectivement un espace plus représentatif, bien qu’encore loin de la réalité, aux morts et aux destructions infligées par chaque côté [15]. L’introduction de chacun des rapports d’après-guerre d’Amnesty sur OBP équilibre méthodiquement la distribution de la culpabilité. Comme si cela n’était pas assez problématique, le rapport intitulé Illégaux et mortels détaille la mort de l’unique enfant israélien tué par une attaque du Hamas sur plus de deux pages. Si Amnesty était vraiment soucieuse de rendre compte fidèlement des pertes respectives –et non pas de les altérer–, n’aurait-elle pas dû consacrer 1100 pages aux enfants tués à Gaza ? Amnesty suggère même que le Hamas était la partie la plus manifestement coupable dans ce conflit. Ainsi, la conclusion de Illégaux et mortels déplore sans équivoque le « mépris flagrant du droit international humanitaire » par le Hamas, alors que l’un des rapports réciproques d’Amnesty intitulé Familles sous les décombres : les attaques israéliennes sur les maisons habitées, conclut prudemment que la destruction causée par Israël –18000 maisons de Gaza furent entièrement détruites ou rendues inhabitables, laissant 110000 personnes sans-abri– « soulève des questions difficiles pour le gouvernement israélien auxquelles il n’a jusqu’à présent pas pu répondre » [16]. Il est, bien sûr, possible de concevoir que le Hamas ait commis autant de crimes de guerre qu’Israël, sinon plus, durant l’OBP, mais, à première vue, ce serait une conclusion éminemment anormale. Que ce soit en termes absolus ou relatifs, les échelles de culpabilité semblent incliner lourdement du côté israélien : le Hamas a tué 73 Israéliens, dont seulement 8 % étaient des civils, tandis qu’Israël a tué 2200 Gazaouis dont 70 % étaient des civils ; les dommages infligés à l’infrastructure civile de Gaza (4 milliards de dollars) dépassent d’un facteur de 70 les dommages infligés à l’infrastructure d’Israël (55 millions de dollars), tandis que le ratio des habitations civiles détruites par Israël par rapport au Hamas est de 18000 pour 1. La question intrigante est celle-ci : comment Amnesty a-t-elle réussi à transformer ce bilan sauvagement déséquilibré en acte d’accusation équilibré des deux parties du conflit ?

Pour justifier sa violence déchaînée à Gaza, Israël met invariablement le projecteur sur l’arsenal de roquettes que le Hamas aurait stocké. Amnesty se fait l’écho de cette version des faits. Ainsi, le lecteur apprend dans le rapport d’Amnesty Illégaux et mortels que, dès 2001, le Hamas avait empilé des roquettes à courte portée ; qu’il a ensuite « développé des roquettes Qassam de plus longue portée » ; que « plus récemment, les groupes armés à Gaza ont produit, modernisé, ou importé en contrebande des milliers de roquettes Grad BM-21 de différents types, avec des portées variant de 20 km à 48 km, et acquis ou produit un plus petit nombre de fusées de moyenne et longue portée », y compris « le Fajr 5 iranien et le M-75 produit localement (tous deux avec une portée de 75 km), ainsi que les roquettes de confection locale J-80 d’une portée de 80 km » ; et que « lors de l’opération Bordure Protectrice, les Brigades al-Qassam ont affirmé avoir tiré des roquettes R-160, une version locale du M-302, également avec une portée de 160 km » [17]. « La majorité des 8,3 millions d’Israéliens, et la totalité des 2,8 millions de Palestiniens de la Cisjordanie occupée », conclut sinistrement Amnesty, « sont maintenant à portée d’au moins une partie des roquettes détenues par des groupes armés palestiniens dans la bande de Gaza… [L]e cercle de la peur s’est élargi ». Mais quelle a été la réalité de la menace posée à Israël par l’arsenal de roquettes du Hamas ? (Par charité, on ignorera l’inclusion bizarre par Amnesty des Palestiniens de Cisjordanie dans le « cercle de la peur »).

Des Palestiniens passent devant le lieu d’un bombardement israélien, à Gaza City, le 24 juillet 2014

Le Hamas aurait tiré 5000 roquettes et 2000 obus de mortier sur Israël pendant l’OBP [18]. L’écart entre les milliers d’armements du Hamas déchaînées sur Israël et le caractère minimal des morts et des destructions qu’elles ont infligées est généralement porté au crédit du Dôme de Fer, le merveilleux système de défense anti-missile d’Israël. Amnesty rapporte ainsi que « le système de défense antimissile d’Israël "Dôme de Fer" a permis de limiter les pertes civiles dans de nombreuses zones », et a été utilisé « pour protéger les zones civiles des projectiles lancés depuis la bande de Gaza ». Mais cette explication ne convainc guère. Israël prétend que le Dôme de Fer a intercepté 740 roquettes ; le Département de la sûreté et de la sécurité de l’ONU (cité par Amnesty) estime le nombre à 240. Étrangement, Amnesty omet les conclusions accablantes de l’une des principales autorités mondiales en matière de défense anti-missile, Theodore Postol, du MIT [19]. Postol avait démystifié les revendications magnifiant le système de défense anti-missile Patriot au cours de la première guerre du Golfe en 1991 [20]. Il a conclu que le Dôme de Fer a intercepté avec succès 5 % des roquettes du Hamas, soit, sur la base des données d’Israël, le nombre décevant de 40 d’entre elles [21]. En général, le Dôme de Fer a servi comme un accessoire polyvalent dans diverses campagnes israéliennes de hasbara [propagande]. Après l’opération Pilier de Défense en 2012, Israël a vanté le succès de son système de défense anti-missile pour compenser les maigres résultats de l’assaut [22]. Mais Israël a minimisé l’efficacité du Dôme de Fer dans son rapport post mortem officiel sur l’OBP intitulé Le Conflit de Gaza de 2014, 7 Juillet-26 Août 2014, de même qu’il a gonflé la vulnérabilité de son front intérieur, afin de justifier les morts et les destructions provoquées par Israël pendant l’opération. Ce rapport, qui a été publié en 2015 pour anticiper les conclusions critiques d’une enquête du Conseil des droits de l’homme de l’ONU et qui n’est rien de plus que du rabâchage, ne consacre que deux de ses 460 paragraphes au Dôme de Fer, tandis que l’accent est mis non pas sur la brillante performance du Dôme de Fer mais sur son caractère faillible et son incapacité à empêcher des « dommages importants à la vie et aux biens des civils » [23].

Même selon le calcul officiel israélien de 740 interceptions, il reste encore une question troublante : Comment se fait-il que les milliers de projectiles du Hamas non interceptés par le Dôme de Fer aient infligé si peu de dommages ? En effet, avant même qu’Israël n’ait déployé le Dôme de Fer pour la première fois, lors de l’opération Pilier de Défense, les projectiles du Hamas comptaient à peine. Alors que le Hamas a tiré 13000 roquettes et obus de mortier sur Israël entre 2001 et 2012, un total de 23 civils israéliens ont été tués, soit un civil tué pour 500 projectiles tirés [24.] Au cours de l’opération Plomb Durci [2008-2009], l’affrontement le plus violent d’Israël avec Gaza avant l’OBP et avant le Dôme de Fer, le Hamas a tiré 900 projectiles [25], mais n’a tué que trois civils. En outre, au cours de l’OBP, 2800 projectiles du Hamas, soit 40 % du total, sont tombés dans les régions frontalières d’Israël [26] où le Dôme de Fer n’était pas déployé, mais seul un civil israélien a été tué par une roquette [27]. (La plupart des Israéliens des zones frontalières « sont restés dans leurs communautés d’origine » au cours de l’OBP [28].)

Postol attribue le peu de victimes civiles israéliennes pendant l’OBP principalement (mais pas exclusivement) au système d’alerte précoce et aux abris d’Israël [29], qui a été considérablement amélioré au cours des dernières années [30]. Mais cela ne suffit toujours pas à expliquer entièrement le faible nombre de victimes civiles causées avant ces améliorations de la défense civile et, encore plus révélateur, cela ne peut pas expliquer les dommages matériels minimes. Pendant l’OBP, un site web du ministère israélien des Affaires étrangères a tenu la chronique, sur une base quotidienne, des dommages matériels causés par les roquettes du Hamas [31]. Le tableau n° 2 résume ses données.

Tableau n° 2 : Dommages matériels israéliens dus aux attaques de roquettes du Hamas.

Le rapport Illégaux et mortels rapporte que « des dizaines de roquettes et d’obus de mortier dans les zones bâties ont endommagé des biens civils, y compris des maisons d’habitation, des infrastructures, des bâtiments publics et des établissements d’enseignement », tandis que Le Conflit de Gaza de 2014 allègue que « plusieurs communautés résidentielles à la frontière avec le Bande de Gaza… ont été lourdement frappées par des tirs de roquettes et de mortier » [32]. Pourtant, n’est-ce pas aussi une chose remarquable et digne d’émerveillement que, même en admettant qu’un certain pourcentage ait atterri dans des zones vides, les milliers et milliers de roquettes du Hamas aient infligé des dommages négligeables ? Comment se fait-il qu’une seule maison israélienne ait été détruite et 11 autres frappées ou endommagées par un tel méga-barrage de roquettes ? [33] La réponse la ​​plus évidente et la plus plausible est que la plupart de ces prétendues roquettes n’étaient que des feux d’artifice améliorés. Amnesty évoque des scénarios cauchemardesques autour des roquettes à longue distance du Hamas. Mais les roquettes à longue distance du Hamas utilisées lors de l’opération Pilier de Défense ne disposaient pas de charges explosives ; un responsable israélien les a ignorées en les qualifiant de « simples tuyaux » [34]. Il est peu probable que le Hamas ait considérablement amélioré sa technologie de roquettes en l’espace des seulement 20 mois séparant les opérations Pilier de Défense et OBP, et en toute probabilité, il n’a pas pu obtenir en contrebande un nombre substantiel de missiles sophistiqués –huit mois après Pilier de Défense, en juillet 2013, eut lieu le coup d’État en Egypte, et l’un des premiers actes du leader du coup d’État a été de sceller presque tous les tunnels entre le nord du Sinaï et Gaza, qui étaient la principale route de contrebande. En adoptant le récit d’Israël sur l’arsenal meurtrier de roquettes du Hamas, et même si les projectiles ont créé une certaine peur au sein de la population civile israélienne, Amnesty s’est fait, sciemment ou non, un relais de propagande d’État.

Norman FINKELSTEIN

Des résistants palestiniens dans un tunnel de la bande de Gaza, le 18 août 2014

Notes :

[1] 2009.

[2] Norman G. Finkelstein, Knowing Too Much : Why the American Jewish romance with Israel is coming to an end, New York, 2012, p. 97.

[3] Par Hamas, nous désignons ici tous les groupes armés à Gaza.

[4] 2015.

[5] Pour en savoir plus sur l’OBP, voir Norman G. Finkelstein, Méthode et Folie : L’histoire cachée des agressions israéliennes sur Gaza, New York, 2014.

[6] La plupart des données israéliennes dans cette monographie viennent de l’État d’Israël, Le conflit de Gaza de 2014, 7 juillet-26 août 2014 (mai 2015). Il rapporte que la rémunération totale pour les dommages directs causés à des civils israéliens atteindra 40 millions de dollars, tandis que l’État va dépenser 15 millions de dollars supplémentaires pour réparer l’infrastructure publique qui a été endommagée (§ 112, 223).

[7] Les chiffres des victimes de Gaza sont basés sur l’Office des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), Vies Fragmentées (mars 2015). Les principales organisations de défense des droits de l’homme basées à Gaza (Al Mezan, Centre palestinien pour les Droits de l’homme), estiment le nombre de civils tués à 1 600-1 700. Le rapport d’Israël Le conflit de Gaza de 2014 allègue que, sur les 1 700 décès de Gaza classifiés sur un total de 2 125, 940 (44%) étaient des « militants » du Hamas, 760 (36%) étaient des civils, et 420 (20%) étaient « encore à classer ». Il indique également qu’à l’exception de quelques rares cas, les femmes, les enfants de moins de 16 ans et les personnes âgées étaient toujours automatiquement classés dans les calculs comme « non impliqués ». Mettant de côté toutes les autres absurdités dans la comptabilité d’Israël, selon l’OCHA, le nombre de femmes et d’enfants de Gaza tués – c’est-à-dire à l’exclusion des adultes mâles – est déjà de 850 (la seule petite divergence est que l’OCHA considère comme enfant toute personne âgée de 17 ans au lieu de 16 ans). Le rapport israélien dénonce OCHA pour avoir fondé sa répartition combattants/civils sur les « listes de décès quotidiennes publiées par le ministère de la Santé de la bande de Gaza contrôlé par le Hamas », qui, poursuit-il, « ne précisent pas si le défunt était un militant ». Il est difficile de comprendre comment l’OCHA aurait pu se fonder sur la répartition du ministère si le ministère n’a pas fait de répartition. Voir Le conflit de Gaza de 2014, pp. 56 & 165 ; Annexe : le nombre de décès palestiniens durant le Conflit de Gaza de 2014, § 9, 13, 26-27.

[8] État Palestinien, The National Early Recovery and Reconstruction Plan for Gaza (Octobre 2014), p. 9.

[9] D’autre part, seulement huit pour cent du nombre total des victimes israéliennes étaient des civils.

[10] Dans le dernier rapport publié par Amnesty, intitulé Strangling Necks” : Abductions, torture and summary killings of Palestinians by Hamas forces during the 2014 Gaza/Israel conflict (2015), l’organisation ne mentionne que brièvement que « l’ampleur des pertes et destructions de Gaza infligées par les forces israéliennes a dépassé de loin celles causées par les attaques palestiniennes sur Israël, ce qui reflète la puissance de feu d’Israël bien plus grande, entre autres facteurs ».

[11] Jutta Bachmann et al., Gaza 2014 : Les conclusions d’une mission médicale d’enquête indépendante, 2015, p. 101 (ci-après désignée comme Mission médicale d’enquête).

[12] Finkelstein, Method and Madness, pp. 101-20.

[13] Les remarques de M. Ban Ki-moon sont annexées au résumé du rapport final de la commission de l’ONU à laquelle il a demandé d’enquêter sur « certains incidents qui se sont produits dans la bande de Gaza entre le 8 juillet 2014 et 26 août 2014 » (Ci-après : Commission d’enquête de l’ONU).

[14] En plus des rapports Illégaux et mortels et Strangling Necks, Amnesty International a aussi publié Familles sous les décombres : attaques israéliennes contre des maisons habitées (2014), et Rien n’est à l’abri : la destruction par Israël de bâtiments emblématiques dans la bande de Gaza (2014). Il convient de noter que ces quatre rapports ont été publiés au cours de la période critique et opportune entre la fin de l’OBP et la publication du rapport du Conseil des droits de l’homme de l’ONU sur l’OBP en juin 2015. Tout ce qu’Amnesty pourra publier après le rapport de l’ONU aurait peu ou pas d’impact politique. On peut constater que le rapport de l’ONU a fait un usage extensif des quatre rapports publiés par Amnesty, un sujet sur lequel l’auteur reviendra prochainement dans une nouvelle monographie.

[15] Une juxtaposition précise jette une ombre encore plus sombre sur les allocations d’espace d’Amnesty International dans ses rapports : en chiffres absolus, l’échelle des morts civils et des destructions infligées par Israël au cours de l’opération Bordure Protectrice était beaucoup plus importante que durant l’opération Plomb Durci, alors que dans le cas du Hamas, elle était à peu près la même.

[16] D’autre part, Strangling Necks dit catégoriquement que « les forces militaires israéliennes ont commis des crimes de guerre et d’autres violations graves du droit international lors de l’opération Bordure Protectrice ». Human Rights Watch (HRW) a également été beaucoup plus rapide à condamner le Hamas qu’à condamner qu’Israël. « Il est évidemment plus facile de dénoncer comme un crime de guerre, par exemple, les efforts du Hamas pour tirer des roquettes sur des zones civiles, a commenté Kenneth Roth, le directeur exécutif de HRW, lors de l’OBP. Vous savez, c’est tout à fait évident. Il n’y a pas besoin de beaucoup d’investigations pour constater cela. Pour Israël, il faut plusieurs enquêtes approfondies. » (http://m.democracynow.org/stories/9979).

[17] Bien qu’Amnesty ne fournisse pas de base pour ces données, elles proviennent certainement de sources officielles israéliennes. Il est difficile de dire quelle valeur peut être accordée à ces sources. Le Conflit de Gaza de 2014 allègue qu’à la veille de l’opération Pilier de Défense (2012), le Hamas « avait stocké plus de 7 000 roquettes et mortiers », tandis que la veille de l’OBP, il « avait acquis 10.000 roquettes et mortiers » (§ 51, 54). Ce rapport fournit également une répartition précise de ces roquettes (6 700 roquettes d’une portée de 20 km, 2 300 roquettes d’une portée de 40 km…). C’est une énigme de savoir comment Israël aurait obtenu ces chiffres et pourquoi, les connaissant, il n’a pas préempté militairement l’utilisation par le Hamas de ces projectiles – car s’il savait combien de roquettes le Hamas avait amassées, il aurait sûrement dû savoir également où elles étaient stockées. Le rapport israélien indique également que le Hamas « a investi massivement dans le réarmement après l’opération de Gaza 2008-2009 et les engagements de 2012 à Gaza, qui ont rétréci substantiellement son stocks d’armes » (p. 61, n186). Mais si le Hamas avait accumulé 7 000 projectiles juste avant Pilier de Défense, et en a tiré 1 500 au cours de cette opération (§ 51), son arsenal aurait été appauvri de seulement 20%. La conclusion raisonnable est qu’Israël concocte ces chiffres à son gré.

[18] Département de la sûreté et de la sécurité des Nations Unies (UNDSS), cité dans l’Addendum au rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (A / HRC / 28/80 / Add.1, le 26 Décembre 2014), p. 8. Le Conflit de Gaza de 2014 rapporte que le Hamas a tiré 4 000 roquettes et obus de mortier sur Israël et 500 projectiles supplémentaires qui ont atterri à l’intérieur de la bande de Gaza (§ 103, 112).

[19] Theodore Postol, « Les preuves de l’infefficacité du Dôme de Fer », Bulletin of the Atomic Scientists (19 Juillet 2014 ; http://thebulletin.org/evidence-shows-iron-dome-not-working7318) ; Dôme de Fer ou Passoire de Fer ?, Democracy Now ! (31 Juillet 2014 ; http://www.democracynow.org/2014/7/31/iron_dome_or_iron_sieve_evidence, http://www.democracynow.org/blog/2014/7/31/part_two_theodore_postol_asks_is).

[20] Theodore A. Postol, Lessons of the Gulf War Patriot Experience, International Security (Hiver 1991/92).

[21] Israël a prétendu que 90% (740) des roquettes du Hamas tombées dans les zones peuplées où le Dôme de Fer a été déployé ont été interceptées, ce qui mettrait le nombre total de roquettes tombées dans ces zones à 820. Yoav Zitun, Iron Dome : IDF intercepted 90 percent of rockets, Ynetnews.com (15 August 2014 ; http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4558517,00.html).

[22] Finkelstein, Method and Madness, pp. 128-29.

[23] Le Conflit de Gaza de 2014, § 189-90 (cf. § 4, 113, 190).

[24] Sur la base de Le Conflit de Gaza de 2014, qui rapporte que le Hamas a tiré 13 000 projectiles sur Israël entre 2001 et le début de Pilier de Défense (§ 44, 51, p. 58n174). B’Tselem (Centre d’information israélien pour les droits de l’homme dans les territoires occupés), Les attaques contre des civils israéliens par des Palestiniens (http://www.btselem.org/topic/israeli_civilians).

[25] Le Conflit de Gaza de 2014, p. 58n174.

[26] Ibid., § 114, p. 122n361. Ce rapport affirme que « plus de 60% » des projectiles du Hamas ont atterri dans les zones frontalières, mais il met le nombre total de projectiles du Hamas tiré au cours de l’OBP à 4 000, tandis que le chiffre UNDSS, utilisé dans cette monographie, indique un total de 7 000.

[27] Les cinq autres morts civils en Israël sont dus à des obus de mortier (ibid., pp. 112-13nn328-32).

[28] Ibid., § 210.

[29] Certains éléments de preuves circonstancielles accréditent la thèse de Postol. Bien que les tirs de roquettes du Hamas aient tué seulement un civil dans deux des régions frontalières israéliennes dépourvues du Dôme de Fer, des obus de mortier en ont tué quatre autres. Le résultat différentiel est peut-être dû au fait que le système d’avertissement d’Israël fournit un délai d’avance de 15 secondes pour s’abriter dans le cas d’une fusée, mais seulement 3-5 secondes dans le cas d’une attaque au mortier. Postol mentionne également la taille modeste des ogives de fusée du Hamas comme un facteur.

[30] Le Conflit de Gaza de 2014, § 183, p. 111n327 ; Itay Hod, L’Application israélienne Alerte Rouge sauve des vies, Daily Beast (14 juillet 2014).

[31] http://mfa.gov.il/MFA/ForeignPolicy/Terrorism/Pages/Israel-under-fire-July-2014-A-Diary.aspx.

[32] Le Conflit de Gaza de 2014, p. 65 (légende).

[33] Il en allait de même par le passé. Seule une maison israélienne a été « presque entièrement détruite » pendant Plomb Durci, et les dommages matériels étaient également négligeables auparavant. Norman G. Finkelstein, This Time We Went Too Far : Truth and consequences of the Gaza invasion, édition revue et augmentée (New York, 2011) p. 63 ; Human Rights Watch, Indiscriminate Fire : Palestinian rocket attacks on Israel and Israeli artillery shelling in the Gaza Strip (juin 2007), pp. 24-28.

[34] Dan Williams, Certaines roquettes de Gaza se voient retirer leurs explosifs pour une plus longue portée, Reuters (18 novembre 2012).

Sources : https://www.byline.com/project/13/article/149 et https://www.byline.com/project/13/article/163 (9 et 13 juillet 2015)

Traduit par jj, revu par Diane et Sayed Hasan pour Le Saker Francophone http://lesakerfrancophone.net/

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