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Le Courrier, 18 août 2015

Suisse : Imposture ou charlatanisme d’Etat ?

par Philippe BACH


Des matelas à la salle du Faubourg, à Genève

« Le mouvement No Bunkers est une imposture », dixit le magistrat genevois chargé de la police, Pierre Maudet. Ce dernier s’est lâché hier (1) et a bloqué –avec la complicité plus ou moins active de ses collègues du gouvernement– les tentatives de relogement des requérants d’asile frappés de non-entrée en matière (NEM). Ceux-ci constituent une partie importante des usagers du foyer des Tattes réfractaires à l’idée d’être logés dans des abris PC [Protection civile] et qui ont trouvé refuge à la salle du Faubourg.


Suisse

Il s’agit bien évidemment d’une basse manœuvre politicienne du magistrat PLR. Le but est sans doute de ne pas laisser tout l’espace à la propagande de l’Union démocratique du centre (UDC) et du Mouvement citoyens genevois (MCG) en année électorale. On constate également que Pierre Maudet a débordé Mauro Poggia –magistrat MCG chargé du dossier– sur sa droite. Bel exploit. Et qui permet d’esquiver la question qui fâche : c’est bien parce que le mouvement des No Bunkers a interpellé les autorités cantonales que des solutions ont été trouvées. Comme par miracle. Alors que les associations tiraient la sonnette d’alarme depuis des mois.

Deuxième constat : la forme rejoint le fond. Pierre Maudet ne tente pas seulement d’occuper le terrain de l’extrême droite : il utilise aussi sa rhétorique populiste. En laissant entendre, comme il l’a fait, que ces réfugiés ne sont là que pour des raisons économiques et qu’ils sont, de surcroît, des délinquants, il procède par amalgame.
Ces migrants sont certes tous hors la loi au sens strict : leur demande d’asile a été rejetée et, légalement, ils devraient partir. Mais vers quel horizon ? Cet accompagnement au retour suppose du tact, des discussions et la recherche de solutions. Une subtilité et un savoir-faire qui déplaisent au conseiller d’Etat [ministre cantonal] adepte du « Yaka ». En bombant le torse, Pierre Maudet ne résout rien, n’apporte aucune solution et complique en fait la tâche des autorités. La Ville de Genève, qui a œuvré pour mettre de l’huile dans les rouages, ne lui dit pas merci.

Manifestation du collectif « No Bunkers », à Genève, le 30 juillet 2015

Quand à savoir combien de ces personnes ont effectivement commis des délits, bien malin qui le saura. On est prié de croire l’exécutif cantonal sur sa bonne mine. Et vu le mufle guère engageant qu’il nous montre ces jours-ci, le capital de confiance est réduit. Alors, oui, tous les NEM ne sont pas des enfants de cœur, oui, certains ont dealé. Mais en les dépeignant comme une bande de malfrats en puissance, le Conseil d’Etat [exécutif cantonal] frise le code. Et il passe opportunément sous silence les vraies raisons de leur présence à Genève comme dans le reste de l’Europe : la prévalence d’une crise humanitaire majeure.

Les larmes de crocodile du gouvernement cantonal, qui accuse quasiment d’inconscience les membres de No Bunker proposant à des particuliers d’accueillir ces réfugiés, font grimacer. Le vrai problème, on le lit entre les lignes, c’est que ces hôtes généreux pourraient bien ne pas coopérer pleinement lorsque les forces de l’ordre viendront cueillir ces migrants livrés à leur funeste destin. Il est tellement plus simple de débarquer au petit matin dans un bunker et de menotter les récalcitrants. Mais si peu digne.

No Bunkers, une imposture ? Ce qualificatif s’applique bien plus au show creux d’un conseiller d’Etat charlatan et opportuniste.

Philippe BACH

Pierre Maudet

Note :

(1) Dans la Tribune de Genève du 17 août 2015. http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/mouvement-no-bunkers-imposture/story/14330438

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