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Le Courrier, 19 août 2015

Suisse : Retraites ; attention danger !

par Christiane PASTEUR


Selon le Panorama des pensions 2013, dressé par l’Organisation de coopération et de développement économiques, les retraités suisses sont parmi les plus mal lotis des 34 pays de l’OCDE. La Suisse présente le quatrième taux le plus élevé de pauvreté chez les retraités des pays de l’OCDE, selon le Panorama des pensions 2013 de l’organisation. Seuls les pensionnés mexicains, australiens et sud-coréens sont plus défavorisés encore. 21,8 % des Suisses âgés de plus de 65 ans sont considérés comme bénéficiant d’un pouvoir d’achat insuffisant contre 12,8 % en moyenne pour les pays de l’OCDE. Le taux de pauvreté varie selon les groupes d’âge : 19 % des retraités âgés de 66 et 75 ans sont pauvres, alors que, chez les plus de 75 ans, le taux monte à 26 %

Le canton de Genève a connu en son temps un paquet ficelé concocté par une magistrate socialiste, devenue d’ailleurs conseillère fédérale [ministre de la confédération], sur l’air de la « symétrie des sacrifices ». Le paquet avait été renvoyé à l’expéditeur en votation populaire. Autres temps, mêmes méthodes avec la réforme des retraites du bon Dr Berset. Avec le même résultat ?


Suisse

Le projet Prévoyance vieillesse 2020 constitue une réforme « équilibrée » aux yeux de la majorité des élus de la commission des affaires sociales et de la santé du Conseil des Etats [chambre des cantons au parlement fédéral] qui, de compromis en compromissions, l’a majoritairement acceptée. En réalité, deux points demeurent éminemment problématiques.

Le premier, et non des moindres, est la réduction du taux de conversion du 2e pilier (1) de 6,8 % à 6 %. Ce qui signifierait une importante baisse des rentes. Les syndicats, qui ont fait aboutir l’initiative AVS+, et plus généralement la gauche, avaleront-ils cette couleuvre en échange d’une augmentation de 70 francs par mois de la rente AVS (2), payée paritairement par les employés et les employeurs, sous prétexte qu’Alain Berset est socialiste ?

Alain Berset, ministre du Département fédéral de l’intérieur

Une chose est sûre : s’ils doivent voter, les citoyens n’oublieront pas de sortir leur calculette. Il n’est qu’à se rappeler le score cinglant obtenu contre la 11e Révision de l’AVS qui prévoyait, déjà, l’accroissement de l’âge de la retraite des femmes (refusée par plus de 68 % des Suisses en mai 2004, en même temps que l’augmentation de la TVA au profit de l’AVS et de l’AI (3)). Plus récemment, en mars 2010, la révision de la loi sur la LPP (4) visant à abaisser le taux de conversion du 2e pilier de 6,8 % à (seulement) 6,4 % était balayée par près de 73 % des votants.

Si les élus du Conseil des Etats ont eu la lucidité de revenir sur la suppression inique des rentes de veuves pour les femmes sans enfant à charge, ils ont maintenu une hausse de la TVA, mais surtout, l’augmentation inconditionnelle de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans. Une mesure qui, à elle seule, rapporterait 1,22 milliard de francs. Proposition pour laquelle ni le conseiller fédéral ni ses soutiens socialistes n’ont articulé de contrepartie. Faut-il rappeler ici que les femmes seront les premières à revendiquer cette mesure lorsque l’égalité entre les sexes sera devenue réalité ? Pour l’heure, elles se contentent de rentes infiniment plus basses que leurs homologues masculins et notoirement insuffisantes pour vivre, résultat d’une chaîne de discriminations subies durant la vie professionnelle (temps partiel, interruption de carrière, etc.). Et ce même si la Constitution fédérale indique explicitement que la prévoyance professionnelle, conjuguée avec l’AVS, doit permettre à l’assuré « de maintenir de manière appropriée son niveau de vie antérieur ».

Dans ces conditions, augmenter l’âge de la retraite des femmes signifie creuser encore davantage les inégalités existantes au lieu de tenter de les combler. Parce que notre pays n’a jamais été aussi opulent, il est aujourd’hui en mesure d’offrir à chacun une rente lui permettant de vivre dignement jusqu’à la fin de ses jours. Le problème de l’AVS, ce n’est pas seulement celui du vieillissement de la population. C’est avant tout celui d’un meilleur partage des richesses.

Christiane PASTEUR

Notes :

(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_des_trois_piliers

(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Assurance-vieillesse_et_survivants

(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Assurance-invalidit%C3%A9

(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_sur_la_pr%C3%A9voyance_professionnelle

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