retour article original

mardi 6 décembre 2016
Vous êtes ici Accueil Informations internationales Union européenne
resistance, 20 août 2015

Union européenne : Une machine de guerre contre les peuples

par Capitaine MARTIN


L’une des demandes les plus pressantes qu’a adressée la troïka à la Grèce portait sur la réforme du système des retraites. Après celle adoptée au printemps 2010, une seconde cure d’austérité avait pourtant été exigée par les créanciers du pays (1). Elle prévoyait, entre autres, la suppression de 15000 emplois dans le secteur public, une sévère réduction du salaire minimum (- 20 %) et une réforme des retraites complémentaires (dernier point d’achoppement entre les partis politiques grecs), soit encore et toujours des coupes dans les dépenses publiques. Cette austérité a atteint un tel point que le secrétaire du comité central de Syriza, Tasos Koronakis (2), déclarait il y a peu que « celui qui réclame une nouvelle baisse des pensions ne peut être qu’un fanatique » (3).


Tasos Koronakis

Pour les créanciers, le régime de retraite grec doit être mis à l’heure du « zéro déficit », par le biais des coupes de 450 à 900 millions d’euros en 2015 et de 1,8 milliard en 2016. Ils prescrivaient, en début d’année 2015, une limitation des retraites anticipées, de faire payer plus cher les soins de santé aux retraités et de supprimer le treizième mois accordé à ceux touchant moins de 700 euros par mois de pension.

Étaient également mises en cause les préretraites. En effet, un nombre incalculable de systèmes permettent, paraît-il, encore aux Grecs de partir avant l’âge légal (65 ans pour les hommes et 60 ans pour les femmes avec un alignement à 65 ans pour les assurées nées après 1992 (4)), touchant ainsi une part de chômage et une part de préretraite. Le journal allemand Die Welt, qui cite des « données des groupes de négociations », est même allé encore plus loin, affirmant que les Grecs perçoivent plus que les Allemands (5). Le fait est que les retraites des Grecs ne sont pas si élevées (6), ce qui va bien, il faut le reconnaître, à l’encontre du mythe construit par les médias européens.

Une soupe populaire, à Arhènes, le 28 juin 2012

Pourtant, le revenu médian des plus de 60 ans ne dépassait pas, dans la péninsule hellénique, 8600 euros par an en 2013 (7) (7800 en 2014)… loin derrière les 15082 euros de l’Europe des 28 (21781 euros pour la France, 17913 euros pour l’Allemagne, 15814 euros pour l’Italie, 13963 euros pour l’Espagne, etc.). Pis, le Fonds monétaire exigeait encore une baisse drastique des pensions (8), dont le taux de remplacement (le ratio entre le montant moyen des salaires et celui des pensions) atteignait 70 %, contre 57 % pour l’Allemagne par exemple. Il y a réellement de quoi s’inquiéter : en plus d’avoir de toucher des retraites indigentes, les Grecs connaissent un taux de chômage très élevé (25,6 % en mars 2015 (9)), lequel n’est déjà qu’une des conséquences de l’austérité.

Le rôle de l’Allemagne, première économie d’Europe, est d’une importance majeure en ces temps de forte crise. Un tel leader devrait pourtant accepter la critique, lorsque sa propre politique d’austérité est en proie à l’échec. Mais si Merkel est loin d’être en odeur de sainteté dans les rues d’Athènes et des différentes villes grecques, Alexis Tsipras, le chef du gouvernement hellène, pourrait bien voir sa côte diminuer très rapidement. En effet, alors que l’un de ses engagements de campagne était de ne plus faire de coupes budgétaires dans les pensions de retraite, il a cédé, début juillet 2015, à la pression des créanciers.

Alexis Tsipras

Le Premier ministre avait bien promis de nouvelles réformes sur les impôts et les retraites, notamment le recul de l’âge de départ qui est à présent fixé à 67 ans. Il précisait toutefois, selon RTL, qu’un accord devait être « socialement juste et économiquement viable » (10).

Aujourd’hui, les masques sont tombés. Le nouveau mémorandum (issu de l’accord conclu à Bruxelles, lundi 13 juillet 2015 (11)) fait très mal. Il reporte l’âge de départ des Grecs à 67 ans. Comble d’ironie, le Fonds monétaire international, malgré tout, dans un document transmis samedi 11 juillet aux dirigeants européens (12), affirme que la dette est « totalement non viable » et devrait frôler les 200 % du PIB d’ici deux ans.

La mythologie a de beaux jours devant elle. Pour s’être rebellé contre la volonté des dieux en confiant leurs secrets aux humains, Sisyphe fut condamné par Hadès à pousser un énorme rocher jusqu’au sommet d’une montagne dans le royaume des morts. À peine ce but atteint, le rocher roulait jusqu’au pied du versant d’où Sisyphe devait le remonter. Un procédé qui se répète pour l’éternité. Une situation comparable à ce que connaît aujourd’hui la Grèce, condamnée par la volonté des européistes à l’éternel châtiment.

Capitaine MARTIN

Des retraités manifestent contre la politique d’austérité, à Athènes, le 31 octobre 2013

Notes :

(1) http://www.lemonde.fr/crise-financiere/article/2012/02/10/grece-jusqu-ou-doit-aller-l-austerite_1641547_1581613.html

(2) https://left.gr/tasos-koronakis

(3) http://panteres.com/2015/06/18/greece-syriza-politicians-koronakis-criticized-donors-and-eu/

(4) http://www.observatoire-retraites.org/fr/dossiers/age-et-retraite/

(5) http://www.europe1.fr/economie/grece-le-systeme-de-retraites-est-il-si-genereux-que-ca-1358194

(6) http://fr.calameo.com/read/0027117290f83553467e4

(7) http://fr.calameo.com/read/000726878d2c51d83a2ad

(8) http://www.europe1.fr/economie/grece-il-ne-manque-plus-grand-chose-et-pourtant-1350466

(9) http://ec.europa.eu/eurostat/tgm/table.do?tab=table&init=1&language=fr&pcode=teilm020&plugin=1

(10) http://www.rtl.fr/actu/international/grece-tsipras-promet-une-reforme-des-impots-et-des-retraites-7779040422

(11) http://fr.calameo.com/read/000726878fddb1016dfac

(12) http://www.imf.org/external/pubs/ft/scr/2015/cr15186.pdf?hootPostID=2cd94f17236d717acd9949448d794045

Liens liés a l'article.resistance

AUTEURS 

  • Capitaine MARTIN

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source