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AFP, 21 août 2015

Mauritanie : Deux ans ferme confirmés contre trois militants anti-esclavagistes


Vue d’Aleg

Une cour mauritanienne a confirmé, jeudi 20 août 2015, en appel, la peine de deux ans de prison ferme prononcée en janvier contre trois militants anti-esclavagistes pour notamment « appartenance à une organisation non reconnue » et « rébellion », ont indiqué à l’AFP une source judiciaire et un avocat des prévenus.


Mauritanie

La Cour d’appel d’Aleg, au centre de la Mauritanie, qui a examiné le recours des trois prévenus, « a confirmé les peines de deux ans de prison ferme » contre eux, a affirmé à l’AFP la source judiciaire jointe dans cette ville à environ 250 km de Nouakchott, la capitale. La décision de la Cour d’appel d’Aleg a été confirmée par Me Brahim Ould Ebetty, chef du collectif des avocats des prévenus, qui l’a assimilée à « un recul des libertés » en Mauritanie. Les condamnés sont Biram Ould Dah Ould Abeid, président de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), une ONG anti-esclavagiste, son adjoint Brahim Ould Bilal, ainsi que Djiby Sow, président d’une ONG qui lutte pour les droits culturels. Biram Ould Dah Ould Abeid a été candidat au scrutin présidentiel de juin 2014 face à Mohamed Ould Abdel Aziz, qui a été réélu. Le parquet avait demandé la confirmation de la peine de deux ans ferme. L’audience s’est tenue en l’absence des trois prévenus.

Biram Ould Dah Ould Abeid

MM. Biram et son adjoint avaient demandé à leurs avocats de boycotter l’audience pour exiger un procès devant leur « juge naturel », la cour d’appel de Nouakchott dont relève le tribunal correctionnel de Rosso, au sud du pays, qui les avait condamnés en janvier. M. Sow, jugé, condamné à Rosso et conduit à Aleg en même temps que MM. Ould Abeid et Ould Bilal, avait ensuite été transféré à la prison de Nouakchott pour des soins intensifs. Il a bénéficié en juin d’une mesure de liberté provisoire pour raison de santé, selon sa famille.

« C’est un recul des libertés dans notre pays, une démonstration de la soumission des autorités judiciaires aux injonctions de l’exécutif », a déclaré Me Brahim Ould Ebetty. « La parodie de justice ainsi montée a condamné les abolitionnistes à un moment où une nouvelle loi fait de l’esclavage un crime contre l’humanité », a-t-il ajouté, en référence à un nouveau texte adopté le 11 août 2015 par le parlement.

Brahim Ould Ebetty

Aux termes de la nouvelle loi, qui remplace un texte de 2007, les peines maximales encourues pour pratiques de l’esclavage passent à 20 ans de prison ferme assorties d’amendes, contre cinq à dix ans d’emprisonnement auparavant. Dans une lettre ouverte publiée jeudi 20 août 2015, M. Ould Abeid accuse le gouvernement d’avoir « adopté des lois qui menacent toute personne investie dans l’exploitation d’esclaves de sanctions, mais en pratique, il ne fait que piétiner nos efforts pour mettre fin à l’esclavage ». Il appelle notamment l’Union européenne (UE) et les États-Unis à « mobiliser tous les moyens légaux et diplomatiques pour éradiquer l’esclavage » en Mauritanie. « La confirmation de la sévère condamnation montre clairement que la Mauritanie n’a pas l’intention de mettre fin à la répression contre les défenseurs des droits humains », affirme, jeudi 20 août, Amnesty International, dans un communiqué reçu par l’AFP à Dakar. « C’est écoeurant que cette décision injuste et sévère ait été confirmée », a dit Alioune Tine, responsable d’Amnesty pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, cité dans le communiqué. Officiellement, l’esclavage a été aboli en 1981 en Mauritanie, mais le phénomène y perdure néanmoins, selon des ONG.

Agence France Presse

Alioune Tine

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