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sputniknews, 25 août 2015

France : Le conformisme détruit l’indépendance des médias

Suivi d’un commentaire


L’atmosphère de conformisme en France détruit l’indépendance des medias, selon un des cofondateurs du site d’information Boulevard Voltaire, le journaliste et écrivain Dominique Jamet.


France

"La majorité des médias français les plus importants sont possédés par de grandes entreprises qui n’ont rien à voir avec le journalisme mais qui, dans le même temps, contrôlent les journaux, les stations radio et les chaînes télévisées", a déclaré M. Jamet dans un entretien avec l’édition internet russe Slon. D’après lui, les français vivent dans un pays où la Constitution, les lois et même le système judiciaire garantissent la liberté démocratique des médias. Par contre, l’atmosphère de conformisme et de bien-pensance et parfois même de servilisme envers les puissants détruit l’indépendance des médias. Analysant leur évolution lors des décennies, l’écrivain estime qu’actuellement, "si tu es journaliste, cela te rend moins citoyen que les autres. Tu as moins de droits que les autres. C’est absurde". "Durant deux cents ans, les journalistes ont lutté pour la liberté d’expression, pour le droit d’exprimer tous les différents points de vue et d’écrire ce que l’on pense. Aujourd’hui, c’est tout le contraire : les journalistes se trouvent du côté de la censure, de l’autocensure et de l’impartialité postiche. Cela m’accable", a conclu M. Jamet.

Dominique Jamet

L’opinion du journaliste qui a travaillé pour plusieurs journaux français dont France Soir, Le Figaro ou Marianne, correspond aux résultats du sondage d’ICM Research effectué pour Sputnik aux Etats-Unis et en Europe. Répondant à la question de savoir "si les médias populaires dans votre pays couvrent des événements avec objectivité, ou si les médias se trouvent sous l’influence des politiques et des représentants de grandes entreprises", la majorité des Italiens (75 %), des Espagnols (69 %) et des Français (60 %) ont répondu qu’ils doutaient de l’objectivité des médias. La plupart des Américains (53 %) et près de la moitié des Allemands (49 %) sont également certains que les politiques ainsi que des représentants de grandes entreprises influencent l’objectivité de la couverture de l’information par les médias.

sputniknews

Une campagne islamophobe orchestrée par le lobby juif

Commentaire

Les médias mainstream, et plus généralement les journaux imprimés, n’ont jamais été réellement indépendants, et cela pour des raisons financières très faciles à comprendre.

Il faut bien voir qu’éditer un journal coûte très cher. Il faut louer ou acheter le siège de la rédaction -éventuellement aussi l’imprimerie, s’il n’existe pas une imprimerie indépendante dans la région-, payer les salaires du personnel et toutes sortes d’assurances, payer le papier et assumer les frais de distribution du journal.

Si on voulait répercuter tous ces coûts dans le prix de vente du journal, ce prix risquerait d’être prohibitif pour les lecteurs et le lectorat se limiterait à quelques riches. Ainsi, pour leur survie financière, les journaux dépendent des ressources publicitaires, c’est-à-dire des annonceurs.

Imaginez une quelconque feuille de chou locale à laquelle un riche annonceur tel que Coca Cola ou Philip Morris achète, chaque semaine, une page de publicité à 20000 dollars. Pour rien au monde l’éditeur du journal ne veut se priver d’un tel pactole, car son journal risquerait de se retrouver en faillite. Dès lors, il est hors de question de publier des articles dénonçant les méfaits des boissons sucrées ou du tabac, car les annonceurs concernés annuleraient leurs futures pages de publicité. Cette situation induit une auto-censure de la rédaction.

Pire encore, l’éditeur aura tendance à concevoir son journal non pas dans l’intérêt du public, mais dans l’intérêt des annonceurs. Ainsi, par exemple, afin d’attirer des annonceurs de marques automobiles, on va créer une rubrique auto. Afin d’attirer des annonceurs de marques de vêtements, on va créer une rubrique mode. Afin de pousser les ventes, on s’arrangera pour qu’il y ait la photo d’une femme nue dans chaque numéro ou on créera une rubrique people. Ainsi, par complaisance à l’égard des annonceurs, le contenu du journal va devenir de plus en plus futile et médiocre. Du point de vue de l’éditeur, les articles de presse ne sont que des bouche-trous entre deux espaces publicitaires. Il se moque éperdument de la qualité du contenu.

Enfin, il arrive que le journal tombe sous la coupe de multinationales qui possèdent des chaînes entières de journaux, de radios et de télévisions. Derrière ces multinationales, on trouve des lobbies, à commencer par le lobby juif. Pour eux, le journal ne doit pas seulement servir à vendre des espaces publicitaires. Il doit servir à désinformer et à manipuler le public dans un but politique.

Ainsi, autrefois, on trouvait des journaux de toutes tendances politiques. Même les rédacteurs en chef de droite avaient la fibre sociale et dénonçaient volontiers des injustices. Le rôle du journal était celui d’un redresseur de torts. Tous ces rédacteurs en chef ont été soit licenciés, soit mis à la retraite et remplacés par des gens acquis à la fuite en avant néolibérale. Dès lors, tous les médias se sont mis à affirmer au public qu’il n’existerait aucune alternative politique à la fuite en avant néolibérale, celle-ci étant présentée comme « une fatalité » à laquelle il était irréaliste de prétendre s’opposer. Ces mêmes médias se sont mis à publier des articles flatteurs consacrés à des politiciens partisans de la fuite en avant néolibérale et à des apparatchiks syndicaux qui trahissaient les travailleurs en prétendant ainsi « sauver des emplois ». Les autres politiciens ou syndicalistes étaient ignorés ou qualifiés d’« extrémistes avec lesquels on ne peut pas discuter ». Quant aux victimes, toujours plus nombreuses, de cette politique, elles ont été passées sous silence ou stigmatisées, désignées comme « des perdants », « des fainéants », « des parasites ».

Le résultat de cette évolution est une presstituée totalement discréditée et des journaux dont il suffit d’examiner le sommaire pour mesurer le mépris dans lequel ils tiennent leurs lecteurs.

Frank BRUNNER

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