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Le Courrier, 27 août 2015

Corruption : Sphère privée à géométrie variable

Suivi d’un commentaire

par Laura DROMPT


Des coureurs de pots-de-vin devant le Palais fédéral, à Berne, le 4 juin 2013

« Oui à la protection de la sphère privée ». L’initiative lancée en 2013 par le PLR, le PDC, l’UDC, la Lega, l’USAM et l’association alémanique des propriétaires semble défendre un louable principe. En réalité, le texte est destiné à inscrire le secret bancaire dans la Constitution fédérale. Ceci afin de protéger les citoyens « contre une intrusion disproportionnée et sans motif de l’Etat (…) aux seules fins de remplir les caisses de l’Etat ». Car, pour ce qui concerne le droit fondamental à une sphère privée, la droite n’hésite pas à le bafouer en soutenant les projets de loi liberticides sur le renseignement (LRens) et sur la surveillance de la correspondance par poste et télécommunication (LSCP).


Suisse

Le camp bourgeois, qui voudrait par son initiative interdire au fisc d’obtenir des renseignements auprès d’un employeur en cas de soupçon de fraude, ne voit en revanche pas de problèmes à soutenir la surveillance de masse préventive des Suisses à travers l’enregistrement de toutes nos communications par téléphone ou internet. A ce sujet, le Conseil fédéral [exécutif de la confédération] n’est pas à l’abri des contradictions, lui qui soutient aussi la LRens et la LSCP tout en affirmant que la sphère privée doit être garantie, conformément à notre Constitution et à la Convention européenne des droits de l’homme.

Au-delà du triste jeu de dupes, il faut souligner les risques liés à l’initiative sur le secret bancaire. Celle-ci, indiquait, mercredi 26 août 2015, le Conseil fédéral, « ne représenterait pas à proprement parler un encouragement à l’honnêteté fiscale ». Ainsi, « la soustraction fiscale pourrait être banalisée, la justice fiscale lésée et la morale fiscale malmenée ». Ce texte pourrait même entraver la lutte contre le blanchiment d’argent. Au lieu de s’attaquer au banditisme en col blanc, la Suisse risque d’interdire aux intermédiaires financiers de communiquer leurs soupçons. « Par exemple [si] un client veut déposer de l’argent d’origine criminelle (trafic de stupéfiants) qu’il n’a en outre pas déclaré », précise le Conseil fédéral.

Encourager les plus riches à voler la collectivité en ne payant pas leurs impôts : de ce délit, le camp bourgeois rêverait de faire un droit. Voire une vertu. Même dans un pays portant le monde de la finance aux nues, il est difficile de croire que le grotesque débat puisse avoir lieu au parlement. Grâce à la droite, ce sera chose faite.

Laura DROMPT

Le conseil national (chambre du peuple au parlement fédéral) à Berne

Commentaire

La Suisse est, à ma connaissance, le seul pays au monde où les élus ont légalisé et institutionnalisé la corruption à leur profit.

N’importe quel élu peut siéger, à titre privé, au conseil d’administration de sociétés commerciales, en échange de pots-de-vins hypocritement appelés « jetons de présence ». Certains élus collectionnent ainsi des dizaines de pots-de-vin, bien souvent versés par des banques ou des multinationales. Cela ne les gêne nullement pour se donner des airs de références morales. Il en résulte que les lois sont votées non en fonction de l’intérêt public, mais en fonction de l’intérêt privé des distributeurs de pots-de-vin.

Quant à la presstituée locale, qui n’est pas moins corrompue que le milieu politique, loin de dénoncer cette situation de corruption généralisée, elle la présente comme quelque chose d’absolument normal, et même comme une louable coutume. Plus un politicien est corrompu et plus on le félicite pour « son engagement au service de l’économie ».

Quiconque dénonce cette situation de corruption généralisée est aussitôt traité de « populiste qui alimente le tous pourris du café du commerce ».

Frank BRUNNER

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