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Le Courrier, 27 août 2015

Mexique : Le journalisme critique dans le viseur

par Mylène MOULIN


Des manifestants dénoncent l’assassinat de Rubén Espinosa, le 2 août 2015

« Nous savons que la mort rode, mais l’envie d’en finir avec la censure est plus forte. Alors on vit avec cela, avec cette paranoïa qui nous fait penser qu’en tant que journaliste, tout ce qui nous entoure est peut-être un piège. C’est moche comme sentiment ». Lunettes noires éternellement vissées sur le nez et reflex au poing, Rubén Espinosa avait une vision militante du journalisme. Photoreporter pour la revue mexicaine Proceso, il a été assassiné, le 1er août 2015, dans un appartement de Mexico aux côtés de l’activiste des droits humains Nadia Vera et de trois autres jeunes femmes.


Mexique

Rubén travaillait dans l’Etat de Veracruz où il couvrait les manifestations sociales et dénonçait les dérives sécuritaires du gouvernement local. Victime de violences policières en 2012, il avait porté plainte. Cet acte, comme son activité journalistique, lui avait valu l’inimitié du pouvoir en place et de nombreuses menaces. Menaces devenues de plus en plus insistantes ces derniers mois. Début juin 2015, le journaliste avait fui à Mexico, se faire oublier un temps. C’est là –refuge historique des journalistes en danger au Mexique– qu’il a été torturé et exécuté.

Son assassinat –le dixième d’un journaliste depuis le début de l’année– a déclenché un tsunami mondial et de nombreuses réactions officielles. Après l’ONU, l’Unesco et les organismes de défense des droits humains, des municipalités comme Barcelone ont condamné publiquement l’assassinat du journaliste. Cette vague de solidarité a culminé, le 15 août 2015, avec la publication d’une lettre ouverte au président mexicain, Enrique Peña Nieto, signée par 500 intellectuels, en majorité étasuniens et latino-américains. Artistes et écrivains de renommée internationale comme Salman Rushdie, Paul Auster, Noam Chomsky, Art Spiegelman, Siri Hustvedt, John Coetzee, Jennifer Clement, John Green, Neil Gaiman, les Mexicains Guillermo del Toro et Alfonso Cuarón ou encore le journaliste suisse Jean-Philippe Ceppi, y réclament justice pour Rubén Espinosa et demandent la révision des mécanismes de protection des journalistes et de la liberté de la presse.

Rubén Espinosa

Depuis 2000, au Mexique, des dizaines de reporters ont été assassinés et vingt sont portés disparus. Cette hécatombe se double d’une impunité systématique : selon la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), 89 % des assassinats continuent d’être irrésolus. Et dans la plupart des cas, les autorités interfèrent dans le processus d’enquête. « Aujourd’hui, dans le monde entier le journalisme est en état de siège, mais les reporters mexicains en particulier vivent en danger de mort constant. Les organisations criminelles, les fonctionnaires corrompus des gouvernements et un système de justice incapable de déterminer la responsabilité des assassins sont la cause de la vulnérabilité extrême des reporters », rappellent les signataires.

Poussé par la pression internationale, le procureur général de Mexico (PGJDF) s’est vu obligé de considérer sérieusement le mobile politique et de ne pas écarter la piste d’un homicide lié aux activités professionnelles et sociales des victimes du quintuple assassinat. Une évidence pour la journaliste et activiste mexicaine Lydia Cacho qui vient de lancer une pétition sur le site Avaaz.com afin d’exiger que l’investigation de ces assassinats soit réalisée de manière « intégrale et indépendante », et que le gouverneur de l’Etat de Veracruz soit soumis sans délai à une enquête de justice.

Mylène MOULIN

Lydia Cacho

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