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jeudi 8 décembre 2016
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La Presse Canadienne, 30 août 2015

Corruption : Mohammed Fahmy condamné à trois ans de prison

Suivi d’un commentaire


Vue du Caire

Le journaliste canadien Mohammed Fahmy et ses deux collègues du réseau anglophone d’Al-Jazeera ont été condamnés à trois ans de prison, samedi 29 août 2015, en Égypte, à l’issue d’un deuxième procès pour des accusations liées au terrorisme. Le juge Hassan Farid a justifié son verdict par le fait que les trois accusés n’avaient pas leur accréditation de journalistes lorsqu’ils ont été appréhendés en 2013. De plus, il a souligné qu’ils possédaient de l’équipement technique sans avoir obtenu l’approbation des autorités et qu’ils avaient utilisé un hôtel comme lieu de diffusion sans permission.


Egypte

L’Égypte et le Qatar ont des relations tendues depuis 2013, dans la foulée de la destitution par les militaires de l’ancien président islamiste Mohamed Morsi. Le Qatar est un allié important des Frères musulmans. Le Caire accuse ainsi Al-Jazeera d’être le porte-voix des partisans de M. Morsi, ce que réfute le réseau de télévision. Mohammed Fahmy a d’ailleurs intenté une poursuite en dommages de 100 millions dollars, au Canada, contre son employeur, Al-Jazeera, qu’il accuse de conduite négligente, de bris de contrat et d’assertion négligente et inexacte.

Baher Mohamed et Mohamed Fadel Fahmy

Au terme d’un premier procès controversé, les trois journalistes avaient été condamnés à dix ans d’emprisonnement, avant que la plus haute cour du pays n’ordonne la tenue d’un second procès. Vendredi 28 août 2015, Mohammed Fahmy s’était dit confiant quant à ses chances d’être acquitté. Il bénéficiait notamment de l’appui de l’organisme Reporters sans frontières, qui avait demandé l’abandon des accusations pour les trois journalistes. M. Fahmy soutenait, durant les procédures judiciaires, que ses collègues et lui étaient des « pions » dans le conflit au Moyen-Orient.

Le juge Hassan Farid

La famille de M. Fahmy est sous le choc. Sa femme Marwa a quitté le tribunal en pleurant. Elle a qualifié le verdict d’injuste et a demandé l’intervention immédiate du premier ministre Stephen Harper. « Cette peine démontre qu’il s’agit d’un procès politique ; ils veulent s’en prendre à Al-Jazeera. Tout ce que je demande, maintenant, c’est la justice et l’équité -comme ce qui a été fait pour Peter (Greste) », a-t-elle confié à La Presse Canadienne.

Marwa Omara

L’Australien Peter Greste avait été déporté dans son pays d’origine, il y a quelques mois, pendant que ses deux collègues, M. Fahmy et l’Égyptien Baher Mohammed, étaient en liberté provisoire en Égypte. Les trois hommes avaient été arrêtés en décembre 2013 et accusés d’avoir appuyé les Frères musulmans, une organisation interdite au pays. On leur reprochait également d’avoir falsifié leurs reportages afin de mettre la sécurité nationale en péril.

Peter Greste

Le premier ministre Stephen Harper a écrit sur Twitter, samedi 29 août 2015, que « le Canada continue de demander la libération immédiate de M. Fahmy et l’entière coopération pour faciliter son retour à la maison ». Dans un communiqué, la ministre d’État aux Affaires étrangères et consulaires du Canada, Lynne Yelich, a fait part de sa déception quant au verdict. Elle a précisé que le Canada continuait de faire pression sur les autorités égyptiennes pour obtenir la libération de M. Fahmy et son rapatriement au Canada.

Lynne Yelich

On ne sait pas encore comment la peine s’appliquera aux deux hommes, mais Peter Greste, qui a accordé une entrevue à Al-Jazeera depuis Sydney, s’est dit convaincu que la cour d’appel égyptienne allait renverser le jugement.

À l’extérieur du tribunal, l’avocate de M. Fahmy, Amal Clooney, a affirmé que ce verdict envoyait un message « dangereux ». « Cela envoie le message que les journalistes peuvent être emprisonnés seulement en faisant leur travail, en disant la vérité et en rapportant les nouvelles. Et cela envoie le message dangereux que les juges permettent que leurs tribunaux deviennent des instruments de répression politique et de propagande », a-t-elle dénoncé.

Amal Clooney

Le directeur général du réseau anglophone d’Al-Jazeera, Mostefa Souag, a indiqué que ce jugement « défiait toute logique et sens commun ». « Il n’y a aucune preuve que nos collègues ont fabriqué des nouvelles ou ont aidé ou appuyé des organisations terroristes », a-t-il pesté.

Mostefa Souag

La directrice générale d’Amnistie internationale au Canada francophone, Béatrice Vaugrante, a demandé au premier ministre Stephen Harper de profiter de sa journée de congé pour appeler personnellement le président égyptien et réclamer la libération immédiate de ce citoyen canadien. « Les autorités canadiennes, à leur plus haut niveau, devraient faire pression. La voix de M. Harper se fait attendre et elle est cruellement absente », a-t-elle constaté, en entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne.

Béatrice Vaugrante

Les partis de l’opposition à Ottawa n’ont pas tardé à encourager eux aussi le premier ministre à agir rapidement. « Ça fait longtemps qu’on le demande, que le premier ministre prenne le téléphone et parle avec le président (égyptien) El-Sisi. Je pense que c’est essentiel (...) Ça ne suffit pas d’envoyer des communiqués de presse. Il faut de l’action réelle », a lancé au bout du fil Hélène Laverdière, porte-parole adjointe du Nouveau Parti démocratique (NPD) en matière d’affaires étrangères.

Abdel Fattah al-Sissi

Dans un discours prononcé devant une communauté musulmane de l’Ontario, samedi 29 août 2015, le chef libéral Justin Trudeau a encouragé M. Harper à « défendre tous les Canadiens à l’étranger », lui demandant, par exemple, « de prendre le téléphone pour M. Fahmy ». En soirée, M. Trudeau a affirmé sur Twitter qu’il avait appelé l’avocate de Mohammed Fahmy et qu’il lui avait dit qu’il continuerait de faire pression sur le gouvernement du Canada pour obtenir la libération du journaliste.

La Presse Canadienne

Justin Trudeau

Commentaire

Les magistrats égyptiens ont, pendant des dizaines d’années, condamné de manière routinière des dissidents politiques et des détenus de droit commun sur la base d’aveux extorqués par la torture. Quand la révolution de 2011 a éclaté, ils ont simplement retourné leur veste et se sont mis à condamner les partisans de la dictature auxquels ils léchaient les bottes la veille encore. Après le coup d’Etat d’Abdel Fattah al-Sissi, ils ont à nouveau retourné leur veste et se sont remis à condamner les dissidents -n’hésitant pas à rendre des centaines de condamnations à mort sur la base de fausses accusations-, sans jamais avoir cessé de lécher les bottes du pouvoir en place.

Bien que le cynisme des magistrats égyptiens soit caricatural, il faut bien voir que leur tournure d’esprit est caractéristique de celle de tous les juristes. En effet, où que ce soit dans le monde, les magistrats ne se soucient nullement de la justice telle que la conçoit le sens commun. Ils se contentent d’appliquer la loi, aussi injuste puisse-t-elle être, dès lors que leurs privilèges personnels sont préservés par le pouvoir en place. Je ne connais pas un seul cas, dans toute l’histoire de l’humanité, où un juge aurait préféré démissionner plutôt que d’appliquer une loi manifestement injuste. Si, demain, on instaurait une loi prévoyant la peine de mort pour une voiture mal garée, les magistrats n’auraient aucun scrupule à l’appliquer et se donneraient bonne conscience en ânonnant avec leur suffisance coutumière : « Dura lex sed lex » (Dure est la loi, mais c’est la loi).

Ainsi, par exemple, les révisionnistes sont condamnés par des magistrats qui refusent systématiquement d’entrer en matière sur les preuves produites par les accusés. En Suisse, les révisionnistes sont condamnés pour « discrimination raciale », alors que le fait de contester la véracité d’un événement allégué n’a manifestement rien à voir avec de la discrimination. L’accusation artificieuse de « discrimination raciale » est un simple prétexte pour éviter de reconnaître que l’accusé est condamné pour une opinion. En Allemagne, l’avocat révisionniste Horst Mahler est emprisonné depuis le 25 février 2009. En Autriche, le révisionniste Wolfgang Fröhlich a déjà été condamné à 13 ans de prison pour ses opinions. En France, Robert Faurisson a été persécuté pendant 30 ans et ruiné à coups de condamnations pécuniaires. Vincent Reynouard a subi une année de prison, il a été réduit à la misère et il a finalement été contraint de s’exiler pour se soustraire à de nouvelles condamnations. Et il ne s’agit là que de quelques exemples. Ces parodies de justice ont pour seul but de complaire au shoah business.

Frank BRUNNER

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source