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rt.com, 1er septembre 2015

Interviews : Aleksandar Pavic s’exprime à propos de l’Ukraine


Des néo-nazis face aux policiers, à Kiev, le 31 août 2015

Dans la capitale ukrainienne Kiev, une foule de manifestants en colère est descendue dans les rues pour exprimer son mécontentement de la loi sur la décentralisation adoptée en première lecture par le parlement ukrainien qui prévoit plus d’autonomie pour les régions de l’Est du pays plongé dans la guerre. En conséquence, des dizaines de personnes ont été blessées et un agent de police tué après l’explosion d’une grenade de combat lancé près du bâtiment du parlement.


Des néo-nazis face aux policiers, à Kiev, le 31 août 2015

Question :

- "Pensez-vous que la situation pourrait encore empirer ?"

Aleksandar Pavic :

- "En gros, l’Ukraine est en train de devenir un Etat défaillant, c’est déjà le cas en fait. C’est un Etat qui est durablement déstabilisé depuis la révolte de Maïdan en février 2014. Il s’agit en fait d’un programme radical qui s’est institutionnalisé, signifiant que toutes les voix de ceux qui plaident en faveur d’un compromis, disons avec la Russie, sont marginalisées, diabolisées et doivent tout simplement être repoussées en dehors du spectre politique. Au final, les radicaux s’alimentent mutuellement et ce qui se passe aujourd’hui. C’est la révolution qui revient pour dévorer certains de ses enfants.

Les éléments les plus radicaux ont été les principaux acteurs au cours du coup d’Etat et aujourd’hui ils donnent en quelque sorte le ton. C’est la partie cachée de l’histoire. Mais je pense, vu de l’extérieur, que nous devons aussi penser à identifier ceux qui profitent de la situation, et pas juste les acteurs nationaux. Et qui bénéficie de cet événement, de ce sabotage ? Je crois que c’est le pays qui ne fait pas partie du processus de paix de Minsk et il s’agit bien sûr des Etats-Unis. Et je n’en serais pas surpris. Victoria Nuland n’est pas là, aujourd’hui, pour distribuer des biscuits, mais elle les distribue probablement virtuellement depuis un autre endroit. Cela fait partie d’un plan : celui de maintenir l’Ukraine dans l’instabilité, un Etat défaillant à la frontière de la Russie."

Aleksandar Pavic

-"A quel point la menace posée par les groupes radicaux qui se sont opposés au gouvernement est réelle ?"

- "La menace est toujours réelle, comme on a toujours le Secteur droit, le même acteur clé qui a été décisif dans la révolte de Maïdan, il y a presqu’un an et demi, et il est devenu un acteur incontournable en Ukraine. Ce sont eux qui bousculent l’ordre du jour. Celui qui va essayer de faire quelque chose de modéré, celui qui tentera d’obtenir un compromis, on retrouve tout de suite les radicaux, notamment Secteur droit, etc, qui sont là pour interrompre le processus. Les même forces qui poussent les radicaux dans les zones de tension autour de l’Europe -et je parle encore des Etats-Unis- ont leur propre intérêt dans tout cela. Washington n’est pas innocent. On ne le voit tout simplement pas à l’image à la télé."

-"Etes-vous surprise que la loi portant sur la décentralisation a provoqué de telles violences ?"

- "Non, pas du tout. Si vous avez observé la situation en Ukraine, ces derniers temps, vous avez dû remarquer la hausse de la défiance envers le gouvernement, orchestrée par différents groupes d’extrême droite comme Secteur droit, le plus connu d’entre eux. Depuis quelques semaines, ils ne sont pas satisfaits de ce plan de paix. Ils ne sont pas satisfaits de la manière dont le gouvernement ukrainien s’implique, ni de la façon dont il gère la situation économique et leurs propres problèmes politiques. Ainsi, c’était assez prévisible qu’ils commencent à manifester aujourd’hui. De plus, en prenant en considération le type de personnes qu’ils sont, il était prévisible que les manifestations dégénèrent."

-"Jusqu’où, pensez-vous, ces manifestants ont-ils l’intention d’aller ?"

- "Je crois que les manifestants sont prêts à aller très loin, en fait. Et certains d’entre eux voudraient bien voir un changement de gouvernement. La question qui se pose est de savoir s’ils sont assez puissants pour atteindre leur but, et j’estime que la réponse est « non »."

-"S’il y a un affrontement entre les manifestants et le gouvernement, Porochenko en particulier, qui va dominer dans ce cas, là et combien de temps ce processus peut-il durer ?"

- "Le danger, c’est que personne ne prenne le dessus. Nous constatons une situation de quasi impasse en Ukraine. Le gouvernement a parlé, il y a quelque temps, de réprimer durement ces personnes, mais il n’est jamais arrivé à le faire, et il semble qu’il n’a pas assez de force pour y arriver. Et ces gens, à leur tour, ne semblent pas avoir la force nécessaire pour renverser le gouvernement. Ainsi nous avons une impasse perpétuelle des deux côtés."

-"Et quel type de réponse à cette violence va suivre de la part des alliés de Kiev en Europe ? Constaterons-nous une condamnation, en quelque sorte ?"

- "Non, je n’y crois pas du tout. En fait, les médias et les gouvernements occidentaux essaieront d’ignorer l’incident, malgré son degré de violence. Intimement, ils vont s’inquiéter au cas où la situation se détériore ou si les mesures prises à Kiev envers la décentralisation vont dérailler. Là, ils se retrouveront dans une situation délicate, après s’être engagés dans le processus aux côtés d’un gouvernement qui fait face à la faillite. Mais jusqu’à ce que ce point soit atteint, ils vont essayer de faire comme si de rien n’était."

Propos recueillis par rt.com

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