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Courrier du continent, 4 septembre 2015

Histoire : De la Loubianka à Guantanamo

Suivi d’un commentaire

par René-Louis BERCLAZ


L’encre du Pacte germano-soviétique du 23 août 1939 était à peine sèche que l’Armée rouge envahit, le 17 septembre 1939, la partie orientale de la Pologne. C’était deux semaines après le début de la Deuxième guerre mondiale. Alors que la Grande-Bretagne et la France avaient aussitôt déclaré la guerre à l’Allemagne, il n’en fut rien vis-à-vis de l’agresseur soviétique. Entrée sans coup férir, l’Armée rouge manqua l’occasion d’éprouver sa force de frappe à cause de l’effondrement de l’armée polonaise.


Des tanks soviétiques T-26 avancent dans l’isthme de Carélie, au cours de l’hiver 1939-1940

Le 30 novembre 1939, l’Armée rouge attaqua la Finlande avec des effectifs quatre fois supérieurs à ceux de l’armée finlandaise. Pratiquement dépourvue de forces mécanisées, la petite Finlande résista bien mieux que prévu face à un adversaire puissamment armé. L’échec surprenant de cette offensive obligea Staline à trouver une solution diplomatique avec les Finlandais avant que la France et la Grande-Bretagne n’interviennent militairement dans ce conflit périphérique : des préparatifs étaient en cours pour envoyer un corps expéditionnaire porter assistance à la Finlande. C’était pendant la « drôle de guerre », quand tout semblait possible pour les états-majors alliés…

En fait, l’Armée rouge avait d’autres objectifs, dont celui d’attaquer l’Allemagne une fois la Wehrmacht engagée à l’Ouest contre les armées française et britannique (1). Le dénouement rapide de la guerre à l’Ouest, en mai-juin 1940, contraignit Staline à la prudence face aux fulgurants succès de la Wehrmacht. En effet, le chef de la Stavka (2), le maréchal Boris Chapochnikov, tirant les leçons de la guerre soviéto-finlandaise, avait constaté les effets désastreux des purges des années 1936-1938 au cours desquelles 35000 officiers avaient été arrêtés, avec comme conséquence de graves lacunes dans la conduite des opérations pendant la campagne de Finlande.

Boris Chapochnikov

Chapochnikov obtint de Staline et de Béria, le nouveau chef du NKVD nommé en novembre 1938, la libération de 4000 officiers, aussitôt réintégrés dans l’Armée rouge.
Mais comment séparer le bon grain de l’ivraie, comment sélectionner 4000 officiers d’élite à partir des 35000 officiers arrêtés lors des purges de l’Armée rouge ? Le NKVD avait imaginé une méthode infaillible, rodée depuis longtemps dans les geôles de la Loubianka, que Béria, jouant presque les bons apôtres, se faisait fort de mettre à profit pour sélectionner les meilleurs cadres pour l’Armée rouge. Lavrenti Béria se vantait de faire avouer à n’importe qui qu’il était le roi d’Angleterre ! Sans aller si loin, la méthode consistait à laisser l’officier dans l’incertitude quant aux motifs de son arrestation. Il est vrai que, le plus souvent, il n’y en avait aucun. Dans ce cas, un interrogatoire renforcé avait pour seul objectif de révéler les faiblesses et les forces de sa personnalité. L’accusation, du style : « votre complice a tout avoué ! » assénée à un officier désemparé par des mois de détention arbitraire et, parfois, de tortures physiques, permettait de cerner son caractère : s’il répliquait en demandant à être confronté à ses prétendus complices, et s’il protestait contre le traitement injuste dont on l’accablait sans raison, les enquêteurs du NKVD y décelaient un indice favorable, une réaction montrant qu’il s’agissait d’un officier au moral d’acier, courageux, capable de supporter l’adversité et de prendre des initiatives dans un contexte difficile, qualités requises pour faire un bon officier du champ de bataille. Quant à l’officier trop docile qui abondait dans le sens des accusateurs, croyant ainsi se soustraire par des aveux de complaisance aux tortionnaires de la Loubianka (oui, je suis le roi d’Angleterre !), il se voyait aussitôt dégradé ou déporté au Goulag.

Lavrenti Béria

L’exemple du maréchal Constantin Rokossovski est impressionnant. Cet ancien officier de l’armée tsariste et membre du parti communiste poursuivit une brillante carrière militaire dans l’Armée rouge. En 1921, après avoir combattu victorieusement les régiments de l’amiral Koltchak, il devint titulaire de la plus haute distinction militaire soviétique, l’Ordre du Drapeau rouge. Nommé général de corps d’armée en 1936, il fut exclu du Parti communiste, en juin 1937, pour « défaut de vigilance » et, quelques jours plus tard, il fut renvoyé de l’armée pour « relâchement dans le service ». Finalement, Rokossovski fut arrêté, en août 1937, pour « sabotage » et « espionnage » en faveur de la Pologne et du Japon... Après avoir été emprisonné et torturé sans faillir (perte de 9 dents, arrachage des ongles, 3 côtes brisées, 3 simulacres d’exécution), il fut finalement libéré, en mars 1940, et réintégré dans l’Armée rouge, comme de nombreux autres officiers supérieurs arrêtés pendant les grandes purges (Cet épisode est évoqué dans le roman Vie et Destin de Vassili Grossman, deuxième partie, chapitre 4). Rokossovski reçut la reddition du maréchal von Paulus à Stalingrad en février 1943 et il fut élevé à la dignité de maréchal et de héros de l’Union soviétique en juin 1944. Et, le 24 juin 1945, l’ex « traitre et saboteur » eut l’honneur de commander à Moscou la parade de la victoire sur la place Rouge.

Constantin Rokossovski

Les bourreaux carcéraux et concentrationnaires judéo-bolcheviques auraient sans doute été ravis d’exterminer tous ces braves officiers russes, mais les désastres militaires des premiers mois de la guerre opposant les forces de l’Axe à l’Union soviétique les obligèrent à changer leur fusil d’épaule en faisant appel au nationalisme de l’armée et en proclamant la Grande guerre patriotique…

Le système « Guantanamo » semble se situer à des années-lumière du système « Loubianka ». Mais le principe est le même : il s’agit aussi de sélectionner les meilleurs ou les pires : les uns seront des officiers d’élite, les autres des terroristes. Depuis 2002, le gouvernement des Etats-Unis détient à la base navale de Guantanamo, dans l’île de Cuba, des centaines de prisonniers suspectés d’être des terroristes, mais qui, sauf rares exceptions, n’ont jamais été jugés ni condamnés par des tribunaux réguliers.

Mandaté par le Conseil de l’Europe, le procureur suisse Dick Marty confirma que la CIA avait enlevé des milliers de personnes dans le monde, dont des dizaines, voire des centaines sur le seul territoire de l’Union européenne. Son enquête révéla l’ampleur et le caractère systématique des crimes perpétrés dans les prisons de Guantánamo (Cuba) et de Baghram (Afghanistan).

Dick Marty

Des équipes de psychologues, de psychiatres et de médecins sont complices des tortionnaires. Leur objectif est de sonder la personnalité des suspects afin d’y adapter les méthodes d’interrogatoires et les techniques de conditionnement et de manipulations mentales. Là encore, le but est de séparer le bon grain de l’ivraie. Certains détenus sont arrivés à Guantanamo (ou dans l’une ou l’autre de ses nombreuses filiales de par le monde) pratiquement par hasard et, objectivement, certains d’entre eux n’avaient rien à se reprocher. Peu importe pour ces cobayes, bons pour tester les méthodes de manipulation mentale les plus sophistiquées qui seront ensuite appliquées à bon escient aux agents sélectionnés pour conduire des opérations terroristes sous fausses bannières.

D’après les documents diffusés par Edward Snowden, actuellement réfugié en Russie, la CIA et le Mossad ont entrainé Abu Bakr Al-Baghdadi, l’actuel chef de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL). L’Etat islamique, qui prétend rétablir le Califat aboli depuis bientôt cent ans par Atatürk, a d’abord été basé en Egypte pour combattre le gouvernement de Bashar al-Assad. Il a reçu des armes des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, des financements de l’Arabie Saoudite et du Qatar.

Abu Bakr Al-Baghdadi

Abu Bakr Al-Baghdadi a été prisonnier, de 2004 à 2009, dans une filiale de Guantanamo, le camp de détention de Bucca, en Irak. Au cours de cette période, la CIA et le Mossad l’ont recruté et formé pour diriger un groupe terroriste en mesure d’attirer des djihadistes de différents pays vers un territoire bien précis, pour les tenir loin des frontières d’Israël. Pour Snowden, « la seule solution pour protéger l’Etat juif est de lui créer un ennemi à bonne distance de ses frontières, et en dirigeant ses opérations contre les Etats voisins qui s’opposent à sa présence ».

Vue de camp Bucca, en Irak

En outre, les atrocités autoproclamées qui sont la carte de visite du « Califat » ont pour objectifs de disqualifier l’Islam en général et de faire apparaître les crimes de guerre israéliens comme des actes de légitime défense anticipés en vue de contrer un assaut « potentiel » de l’Etat islamique.

Dans un article publié par le Nouvel Observateur du 12 décembre 2014, Abu Ahmed, un djihadiste repenti qui fut détenu au camp de Bucca, témoigne : « J’avais peur de Bucca pendant tout le trajet jusqu’à ma descente d’avion. Mais quand je suis arrivé là-bas, c’était bien mieux que ce que je m’étais imaginé. A tout point de vue ». Décrivant le futur calife, Abu Ahmed raconte : « A l’époque déjà, c’était Abu Bakr. Mais personne n’a jamais pensé qu’il deviendrait un leader. Pourtant, alors que Baghdadi se montre distant avec les autres détenus, les geôliers américains vont en faire un de leurs interlocuteurs privilégiés pour régler les conflits du quotidien entre prisonniers. Cela faisait partie de son action, mais j’avais l’impression qu’il cachait quelque chose, un côté obscur qu’il ne voulait pas montrer aux autres. Il était à l’opposé des autres princes qui étaient beaucoup plus accessibles ». (…) Il était très respecté par l’armée américaine. S’il voulait rendre visite à quelqu’un dans un autre camp, il pouvait, mais pas nous. Et pendant ce temps-là, une nouvelle stratégie, qu’il menait, était en train d’émerger juste sous leur nez. Et c’était de bâtir l’Etat islamique. S’il n’y avait pas eu de prison américaine en Irak, il n’y aurait pas d’EI aujourd’hui. Bucca était une usine. Elle nous a fabriqués. Elle a construit notre idéologie ».

Abu Ahmed ne pouvait bien sûr pas savoir que lui-même et ses compagnons de détention n’étaient que des instruments entre les mains du juif Martin Seligman, inventeur de la psychologie positive, professeur à l’Université de Pennsylvanie, ancien président de l’American Psychological Association, et qu’il supervisait les pires tortures expérimentées sur les prisonniers de Guantanamo.

Martin Seligman

Selon le gouvernement irakien, 17 des 25 principaux chefs de l’Etat islamique qui mènent la guerre en Irak et en Syrie ont été incarcérés dans des filiales de Guantanamo entre 2004 et 2011. En 2013, des centaines de prisonniers se sont évadés de la tristement célèbre prison d’Abu Ghraib lors d’une spectaculaire évasion collective, dont plus de 500 djihadistes aguerris. De quoi encadrer une petite armée, renforcée par le recrutement de nouveaux insurgés, motivés à l’idée de combattre les infidèles pour édifier un Califat purifié de toutes les influences délétères d’un Occident impie et dégénéré.

La destruction de l’Etat islamique est programmée depuis sa création et l’extermination de ses dirigeants plongera les Mahométans dans le même état végétatif qui est imposé aux peuples d’Europe depuis soixante-dix ans.

De la Loubianka à Guantanamo, ce sont les mêmes qui mènent le jeu avec des méthodes diaboliques sans cesse perfectionnées : les 500 djihadistes aguerris évadés du camp d’Abu Ghraib sont en quelque sorte l’équivalent des 4000 officiers d’élite réhabilités par Staline pour sauver de la destruction le régime judéo-bolchevique implanté en Russie. C’est une chose de faire avouer à un prisonnier qu’il est le roi d’Angleterre, c’en est une autre de convaincre des millions de Mahométans qu’un agent sioniste est le nouveau Calife de l’Islam. L’élève Seligman a dépassé le maître Béria.

René-Louis BERCLAZ

Un terroriste à Jobar, en Syrie, le 21 avril 2015

Commentaire

Basil Liddlell Hart, auteur d’une Histoire de la Seconde guerre mondiale, a interrogé bon nombre de généraux allemands après la guerre. Dans son livre, il a consacré tout un chapitre aux préparatifs de l’attaque contre l’Union soviétique.

Selon son récit, tout a débuté, début juin 1940, quand l’Union soviétique a occupé la Lituanie, l’Estonie et la Lettonie. Adolf Hitler avait donné son accord pour que ces trois pays soient dans la sphère d’influence soviétique, pas pour leur occupation, et il a eu l’impression de s’être fait rouler par Joseph Staline.

Le 26 juin 1940, sans avertir les Allemands, l’Union soviétique a adressé un ultimatum à la Roumanie, exigeant la cession de la Bessarabie et de la Bucovine septentrionale. Aussitôt que le gouvernement roumain a cédé, l’armée soviétique a envahi ces territoires. Adolf Hitler a considéré que les puits de pétrole roumains étaient désormais menacés par les Soviétiques. Le 29 juillet, Adolf Hitler a parlé au général Jodl de la possibilité de faire la guerre à l’Union soviétique si celle-ci s’emparait de ces puits de pétrole.

Le général von Paulus, nommé chef-adjoint à l’état-major général, a reçu pour mission d’étudier un plan d’attaque contre l’Union soviétique. Le plan a été achevé au début de septembre 1940 et il a ensuite été essayé au cours de deux Kriegspiel.

Le 14 novembre 1940, l’amiral Raeder a noté : « Le Führer est toujours d’avis d’ouvrir le conflit contre la Russie ».

Le 18 décembre 1940, Adolf Hitler a diffusé la « Directive n°21 : Affaire Barbarossa ». L’armée allemande devait se tenir prête à attaquer l’Union soviétique à partir du 15 mai 1941.

Le 3 février 1941, Adolf Hitler a approuvé le texte final du plan Barbarossa. L’état-major allemand estimait les forces soviétiques à 100 divisions d’infanterie, 25 divisions de cavalerie et l’équivalent de 30 divisions mécanisées. En réalité, les Soviétiques disposaient, à l’Ouest, de 88 divisions blindées et motorisées.

Ce même mois, le gouvernement grec a passé un accord pour recevoir des renforts britanniques.

Le 27 mars 1941, un coup d’Etat a amené au pouvoir, en Yougoslavie, un gouvernement pro-britannique auquel Winston Churchill a aussitôt promis toute l’aide possible. Adolf Hitler a aussitôt décidé d’envahir la Yougoslavie et la Grèce et l’armée allemande est passée à l’action le 6 avril, contraignant bientôt les Britanniques à rembarquer leurs troupes.

Cette campagne des Balkans a amené Adolf Hitler à repousser l’attaque de l’Union soviétique à la seconde moitié de juin 1941. Le 6 juin, la date de l’attaque a été fixée au 22 juin.

Le 7 juin 1941 encore, l’ambassadeur allemand à Moscou rapportait : « Toutes mes observations montrent que Staline et Molotov, qui sont les seuls responsables de la politique étrangère soviétique, font tout pour éviter un conflit avec l’Allemagne ». Néanmoins, Adolf Hitler ne cessait d’affirmer à ses généraux que l’Union soviétique s’apprêtait à attaquer l’Allemagne.

Basil Liddlell Hart achève son chapitre par cette phrase : « Après avoir franchi la frontière, les généraux ne découvrirent aucun signe de préparatifs russes à proximité du front en vue d’une offensive, et ils s’aperçurent alors que Hitler les avait abusés ».

Frank BRUNNER

Notes :

1) Joachim Hoffmann, La guerre d’extermination de Staline 1941-45, AKRIBEIA, 2012, Viktor Suvorov, Le Brise-Glace, Olivier Orban, 1989.

2) Stavka, grand état-major général de l’armée russe, fondée par le général Antoine-Henri Jomini, nommé général en chef de l’armée russe en 1826 par le tsar Nicolas 1er.

Lire également : http://library.flawlesslogic.com/suvorov_fr.htm

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