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Le Courrier, 9 septembre 2015

Suisse : Inexorable fascination du court terme

Suivi d’un commentaire

par Philippe BACH


Les coureurs de pots-de-vin du parlement genevois

Genève au pied du mur ? Le canton se retrouve, en tout cas, pris dans le tissu de contradictions qui lui a tenu lieu de politique financière et fiscale depuis des lustres. Après avoir baissé à réitérées reprises ses impôts –1 milliard de francs jetés au vent, pardon, rendu aux plus nantis–, la cigale du bout du lac se retrouve fort dépourvue face au ralentissement conjoncturel.


Suisse

Elle a donc décidé de faire payer ces largesses… à la fonction publique et aux usagers, revenus modestes et classe moyenne confondus. Les travailleurs de l’Etat sont en effet priés de travailler plus pour gagner moins, via une augmentation du temps de travail à quarante-deux heures. Un mauvais message au privé, qui sera tenté, lui aussi, de dégrader les conditions faites aux salariés. Une décision également discutable sur le plan économique –la productivité diminue avec l’allongement horaire–, qui va à l’encontre des tendances sur le long terme.

Sur le plan des prestations, augmenter le nombre d’élèves par classe ou le nombre de patients par infirmière déjà surchargée –c’est ce qu’une telle intensification du travail induira– se traduira par une baisse de la qualité des prestations. Les riches, eux, auront toujours le choix du privé. Les revenus modestes sont pour leur part fortement dépendants de ce revenu indirect ou différé.

Un peu de bon sens plaiderait pour que les cadeaux fiscaux soient, ne serait-ce qu’en partie, annulés. Mais pas question. On nous ressort l’antienne d’un canton hors de prix, un enfer fiscal invivable. A se demander comment il se fait que tant de richesses s’étaient déjà accumulées au bout du lac avant que cette mécanique du moins d’impôt ne s’enclenche.

Et ce n’est pas fini. Dans le cadre de la Réforme III de la fiscalité des entreprises, Genève (mais le discours est identique dans le canton de Vaud) s’apprête à réduire le taux d’imposition des bénéfices des personnes morales de 24 % à 13 %. Avec, à la clef, une nouvelle perte de 500 millions à 600 millions de francs sur un budget de 8 milliards. On entendra alors derechef des cris d’orfraie s’indignant d’un Etat dispendieux et plaidant pour un énième train d’économies.

Pour calculer le taux d’acceptabilité fiscale, l’Etat est allé demander aux entreprises ultraspéculatives combien elles étaient prêtes à payer. Et, bonne pâte, il propose maintenant d’aligner ses pratiques fiscales sur leurs desiderata.

Une autre approche fiscale est pourtant possible. Elle se fonde sur une politique économique cantonale qui ne soit pas fondée sur l’exploitation de la rapine. Au lieu d’attirer à coups de rabais fiscaux des entreprises aussi volatiles, la carte de la durabilité peut aussi être jouée. Sur le court terme, elle aurait peut être un coût. Mais sur le long terme, préserver le rôle redistributeur de l’impôt est garant de davantage de stabilité politique et économique. Sans même parler de justice sociale.

Philippe BACH

Les coureurs de pots-de-vin du parlement genevois

Commentaire

Le blabla des politiciens corrompus est le même sur l’ensemble de la planète. Ils ruinent délibérément les finances publiques à coups de cadeaux fiscaux consentis aux plus riches -ceux qui distribuent les pots-de-vin et financent les partis politiques-, après quoi ils désignent des boucs émissaires parmi les victimes de leur politique : salariés, chômeurs, invalides, retraités, etc...

La triste vérité, c’est que nous sommes gouvernés par des escrocs qui nous présentent leurs escroqueries comme « la seule politique raisonnable »...

Frank BRUNNER

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