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24 heures, 9 septembre 2015

Suisse : L’aveu d’une fillette efface une erreur judiciaire

par Georges-Marie BECHERRAZ


Vue du camping Au Grand Bois, à Chessel

L’enfant qui accusait un retraité a admis avoir tout inventé. Condamné à la prison, l’homme vient d’obtenir justice et réparation. « Après trois ans de souffrance, quelle délivrance ! » Christophe*, ingénieur à la retraite, vient d’obtenir justice à la suite d’une condamnation non méritée pour actes d’ordre sexuels avec des enfants en 2012. « C’était terrible. Pendant tout ce temps, je n’osais plus regarder une petite fille, de peur d’être soupçonné de je ne sais quoi ».


Suisse

La Cour d’appel vaudoise a annulé le jugement prononcé en avril 2014 par le Tribunal correctionnel de Vevey. L’accusation ne tenait plus. Pour la seule et bonne raison qu’en août 2015, trois jours avant l’audience, la victime, une fillette à l’époque âgée de 6 ans, a avoué à ses parents qu’elle avait tout inventé. Le Tribunal cantonal complète son acquittement par une indemnité de 10000 francs pour tort moral, ainsi que par le remboursement des frais d’avocat (« Même pas la moitié de ce que je demande et de ce que cela m’a coûté. Croyez que je n’en resterai pas là ! »).

Comment en est-on arrivé là ? « Un jour, la police débarque chez moi et m’embarque sans que je sache pourquoi, raconte Christophe, la voix chargée d’émotion. Puis on me dit qu’une fillette porte contre moi de graves accusations ».

Les faits reprochés remontaient à une fin d’après-midi de juillet 2012. Ils auraient eu pour théâtre le Camping Au Grand Bois, à Chessel. Une installation de premier ordre, appréciée par de nombreux habitués, dont Christophe. La fillette d’autres habitués qu’il ne connaissait pas, installés à quelques mètres de lui, a raconté l’histoire suivante à ses parents. Alors qu’elle revenait de la piscine et passait devant la caravane du retraité, celui-ci l’aurait attrapée par un bras. Il l’aurait installée avec lui sous l’auvent, aurait baissé son caleçon, exhibé son pénis pour qu’elle le masturbe, lui aurait descendu sa culotte, introduit un doigt dans le vagin, puis lui aurait dit de « foutre le camp ». Juste après avoir ajouté, pour qu’elle se taise, qu’il aurait déjà tué un enfant.

Christophe, au passé sans tache, ne comprend pas. Il clame son innocence, mais l’enfant le désigne sur une planche de portraits présentée par la police.

Pour la procureure chargée de l’affaire, ces terribles accusations justifiaient une mise en détention provisoire. Un épisode que l’intéressé n’est pas près d’oublier : « Je suis resté sept jours et demi dans le quartier cellulaire de la Blécherette avant d’être transféré au Bois-Mermet où je craignais chaque nuit d’être égorgé par le type qui partageait ma cellule. J’ai été libéré au bout de vingt-huit jours. J’ai demandé une expertise de ma crédibilité. On me l’a refusée ».

Le procès s’ouvre vingt mois plus tard. A l’issue d’une audience particulièrement tendue, la procureure, convaincue que son prévenu est coupable, réclame 3 ans de prison, dont 1 an ferme. Le tribunal la suit, mais il s’arrête à 2 ans, qu’il assortit d’un long sursis de 5 ans. « Mon avocat d’alors m’a déconseillé de recourir, se souvient Christophe. Il me disait que je risquais une sanction encore plus lourde en appel. Peu de temps après, il m’annonçait qu’il se démettait de mon mandat ».

C’est un autre homme de loi, Me Jean-Marie Favre, qui croit en l’innocence du condamné, qui empoigne le dossier et s’adresse à la Cour d’appel. Une expertise judiciaire de crédibilité de la fillette est ordonnée. Le résultat n’est pas du tout convaincant. A ce test, la petite n’obtient de loin pas le nombre de points nécessaire pour affirmer qu’elle dit très probablement la vérité. « Il y avait beaucoup de doutes à la fois sur les faits et sur la personne qu’elle désignait », commente l’avocat. Rien ne dit cependant que cela aurait suffi à emporter la conviction de la Cour d’appel. « Je salue le courage et l’honnêteté des parents qui ont informé que leur fille avait avoué avoir menti, souligne Me Favre. L’enfant a expliqué ne plus pouvoir vivre avec ce mensonge sur la conscience ».

Reste à savoir pourquoi elle a porté ces accusations. Selon Me Favre et Me Cereghetti, avocate des parents de la fillette, celle-ci aurait imaginé cette histoire pour ne pas aller dans une colonie de vacances qui ne lui faisait pas envie parce qu’il y avait des hommes. Et Christophe lui aurait servi à démontrer que les hommes lui font du mal. Me Favre se demande aussi si l’enfant n’a pas été inspirée à l’époque par la véritable chasse à l’homme qui battait son plein en 2012 pour identifier l’abuseur de Gland, attrapé, jugé et condamné depuis.

« Je pardonne à cette fillette, confie Christophe. Il n’est pas exclu qu’elle ait été abusée, mais pas par moi. Et je n’en veux pas à ses parents, car j’aurais agi de même. J’en veux, en revanche, à la justice qui n’a jamais tenu compte des éléments en ma faveur et m’a considéré dès le début comme un coupable ».

Georges-Marie BECHERRAZ

* Prénom fictif

Vue du Tribunal de Vevey

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