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mardi 6 décembre 2016
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Le Courrier, 12 septembre 2015

Suisse : Sortir le droit d’asile du court terme

par Philippe BACH


Simonetta Sommaruga

L’actualité aidant, la conseillère fédérale [ministre de la confédération] Simonetta Sommaruga a pu mettre sa réforme du droit d’asile sous toit. L’entrée en matière ou non sur une demande sera plus rapide, un conseil juridique est garanti et, en cas d’urgence, la Confédération pourra utiliser des casernes sans forcément obtenir le feu vert des communes, qui ont tendance à mettre les pieds au mur.


Suisse

Bonne nouvelle qui émerge de ces deux jours de débat aux Chambres : l’UDC [parti d’extrême droite dont l’islamophobie est le fonds de commerce électoraliste] s’est fait claquer son sale bec. Car, une nouvelle fois, elle a pulvérisé toutes les normes de la décence. Ses représentants ont stigmatisé des requérants trop bien habillés pour être honnêtes, preuve, n’est-ce pas, qu’ils viennent ici par avidité. Elle a même osé –c’est même à cela qu’on la reconnaît– proposer un moratoire quant au dépôt de nouvelles demandes. En pleine guerre de Syrie, jouer la montre est effectivement une idée lumineuse.

Reste que, même désavouée, elle a parfaitement joué son rôle et polarisé le débat. Aucune concession réelle n’a été faite par le camp bourgeois. Ce dernier n’est ainsi pas revenu sur l’impossibilité de déposer une demande d’asile dans les ambassades suisses. Les passeurs ont de beaux jours devant eux. Il est tellement plus facile de demander à ce que l’on coule leurs bateaux à coups de canon que de leur couper l’herbe sous le pied.

Les coureurs de pots-de-vin du parlement fédéral, à Berne

Le décalage entre le parlement fédéral et la population qui, elle, s’émeut et demande qu’un accueil digne et humain soit garanti, est tout de même frappant. La classe politique suisse est tétanisée par la puissance du discours populiste. Elle n’ose pas s’y opposer frontalement. Cet été, on a ainsi vu la machine de guerre udéciste se mettre en branle pour dénoncer les migrants érythréens, des abuseurs du droit en puissance. Et le PLR d’embrayer doctement pour estimer qu’effectivement il y a avait anguille sous roche.

Ce hiatus entre une opinion publique –plus attachée à des fondamentaux humanistes qu’on veut bien le croire– et des élus qui ont l’élection du 18 octobre en ligne de mire est frappante.

Un navire d’émigrants en perdition sur les récifs de l’île de Rhodes, en Grèce, le 20 avril 2015

Il convient de ne pas se laisser intimider. Sur des valeurs aussi fondamentales, même minorisés en votation, il convient de ne pas céder, de ne pas mollir, de faire preuve d’obstination et de revenir à la charge. Les discours de stigmatisation et de boucs émissaires n’auront qu’un temps. Sur le long terme, les manipulations rances de l’extrême droite montrent leurs limites, et ceux qui ont tenté de s’en accommoder ou d’en jouer perdent à la fois leur honneur et leur crédit politique.

Philippe BACH

Un navire d’émigrants au large de la Libye, le 6 août 2015

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