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13 septembre 2015

BD : Maurice Tillieux


Maurice Tillieux, né le 7 août 1921 à Huy, en Belgique, et mort le 2 février 1978, en France, est un dessinateur et scénariste belge francophone de bandes dessinées, principalement connu pour être l’auteur et le créateur des séries Gil Jourdan, Félix, César et comme créateur et scénariste des séries Marc Lebut et son voisin et Jess Long.


Maurice Tillieux

Maurice Tillieux est le fils unique d’un père chef de gare et d’une mère institutrice. Sa famille est d’origine française, d’un petit village près de Lille, et une partie de sa famille habite à Aix-en-Provence. Dès l’âge de 6 ans, il se promène souvent en France et vit à Paris, Toulouse, ainsi que dans le département du Var. Son enfance française l’influencera plus tard pour ses histoires, où il y décrira énormément la France.

Dans sa jeunesse, il est surtout marqué par le cinéma, celui de sa ville se trouve juste derrière chez lui. Il assiste à tous les films de Buster Keaton et Charlie Chaplin qu’il redessine ensuite. Du côté de la bande dessinée, il lit les publications des éditions Offenstadt, comme Cri-Cri, Le Petit Illustré ou encore L’Épatant. Il découvre aussi Le Bon point, publié par les éditions Albin Michel, dont il arrête la lecture à l’âge de 12 ans. Très jeune, il lit les livres d’André Gide et Marcel Aymé.

À 16 ans, Maurice Tillieux tente de partir clandestinement avec un ami pour les États-Unis, en se cachant dans la cale d’un navire de charge du port d’Anvers. Ils partent sans bagages, ni pièces d’identité, ni argent, avec juste deux ou trois boites de conserve. Ils sont finalement découverts et chassés du bateau avant le départ.

Un peu plus tard, Maurice Tillieux passe et réussit, sans prévenir ses parents, l’examen d’entrée pour intégrer la marine marchande. Il passe quelque temps dans les écoles de navigation d’Ostende et d’Anvers. Le jour où il doit embarquer, à Bordeaux, pour l’Amérique du Sud, afin de poursuivre sa formation, le port est la cible d’un bombardement allemand qui fait faire demi-tour au navire qui doit l’emmener avec les autres élèves. Faute de pouvoir poursuivre sa formation, il abandonne une carrière dans la marine.

Pendant la guerre, il doit se cacher pour éviter le service du travail obligatoire des Allemands et, à plusieurs reprises, il évite de peu l’arrestation par la Gestapo.

Maurice Tillieux commence dans la bande dessinée en 1942. Il essaye d’imiter des séries américaines comme Félix le chat, Mickey Mouse ou encore Bicot, dont il apprécie particulièrement l’histoire et les décors des banlieues américaines, mais ses dessins ne seront jamais publiés. Mais, quand il commencera à dessiner pour le public, sa véritable influence sera Hergé, l’auteur des aventures de Tintin. Maurice Tillieux trouve que Hergé est le premier auteur à avoir fait de la bande dessinée comme du cinéma, en décomposant le mouvement et en réalisant des planches sans texte où tout est expliqué par le mouvement. Il aime aussi la façon qu’a Hergé de mettre en scène des clichés et des lieux communs qui donnent de la vie à ses planches.

Les premières publications de Maurice Tillieux sont des romans policiers. Il écrit pour la revue Le Jury de Stanislas-André Steeman, un roman intitulé Le Navire qui tue ses capitaines, mais celui-ci est finalement refusé car son éditeur ne le trouve pas assez psychologique. Un peu plus tard, il est publié dans une version plus longue, par une autre maison d’édition. C’est un roman inspiré d’un fait divers qu’il a lu à l’âge de 7 ans, plein de romanesque, d’humour, avec une bonne narration, mais néanmoins, Maurice Tillieux utilise de grossières ficelles pour maintenir le suspense.

Dans sa lancée, Maurice Tillieux écrit deux autres romans : L’Homme qui s’assassina -sous le pseudonyme de Robertson, car un nom américain se vend mieux- et Aventures de Paillasson, respectivement en 1944 et 1945. Parallèlement, il exerce plusieurs petits métiers en rapport avec le dessin, comme peindre pour la publicité, dessiner des moteurs électriques, des affiches et des dessins d’humour en France, ainsi qu’en Belgique. L’une de ses affiches publicitaires pour la sécurité routière, restera longtemps accrochée dans les commissariats.

Maurice Tillieux se décide à abandonner le roman, d’abord parce qu’il est très difficile d’arriver à en vivre, mais aussi parce qu’il préfère et arrive mieux à restituer une ambiance avec le dessin plutôt qu’avec l’écrit seul.

En 1944, Maurice Tillieux entre au journal Bimbo sur recommandation de Jean Doisy, alors rédacteur en chef du journal Spirou. Maurice Tillieux le connait, car dans sa jeunesse, il était copain de classe avec le fils de ce dernier. Jean Doisy a une idée en tête, à ce moment : faire de Maurice Tillieux une sorte d’espion industriel pour savoir comment les journaux de la concurrence sont conçus.

Jean Doisy

À Bimbo, s’il fait office de rédacteur en chef, Maurice Tillieux s’occupe aussi de tout, comme allumer le poêle, répondre au courrier des lecteurs ou écrire les textes rédactionnels sous pseudonyme. Malgré le fait qu’il n’a aucune notion de dessin et a du mal avec la perspective, ainsi qu’avec l’anatomie humaine, Maurice Tillieux reprend aussi une série du fondateur, Guy Depierre, intitulée Bimbo, Romarin et Miksy, qu’il ne signe pas. Le journal finit par disparaître après la guerre, ne pouvant lutter contre son rival Spirou.

Pendant cette période, Maurice Tillieux réalise pour Le Moustique et Spirou des caricatures et des illustrations, mais le directeur, Charles Dupuis, n’aime pas son dessin et refuse de publier ses bandes dessinées dans Spirou.

Charles Dupuis

Maurice Tillieux intègre ensuite le journal Jeep, fondé aussi par Guy Depierre. C’est dans ce journal qu’il commence sérieusement à faire de la bande dessinée. Il est obligé de fournir douze pages pour chaque numéro, soit quasiment l’intégralité du journal, ce qui lui permet d’apprendre rapidement les ficelles de la bande dessinée. Dans ce périodique, il lance, avec l’aide de sa femme, ses premières séries comme Dazy Black, Zénobie ou encore Patrick et Dolly. Il produit ses douze planches mensuelles en trois jours et trois nuits non-stop, toujours avec l’aide de sa femme. L’argent qu’il gagne à ce moment avec ses quelques planches lui permet de vivre modestement mais suffisamment pour le mois, ce qui à l’époque lui suffit. Sur l’exigence de ses éditeurs, Maurice Tillieux signe ses planches de pseudonymes américains comme John Cliff, Ronald Scott, Jill Morisson.

Maurice Tillieux fait aussi, en parallèle, de petites collaborations pour le journal L’Explorateur, fondé par des anciens de chez Bimbo, où il produit près de cent-quarante strips de sa série Achille et Boule-de-Gomme et une vingtaine de planches de Notre oncle et nous qui sont des dessins avec le texte en dessous.

Une scène d’Achille et Boule-de-Gomme

Maurice Tillieux collabore avec Willy Vandersteen pour le périodique Ons Volk. Il a pour mission de dessiner, dans un style très réaliste, une grande partie de l’intégralité des planches sur indication du maître

Willy Vandersteen

En 1947, à la suite d’une proposition de Fernand Cheneval, un ancien de chez Bimbo, Maurice Tillieux entre à Héroïc-Albums où il crée tout d’abord la série Bob Bang. Elle met en scène un marin, dont il abandonne rapidement les aventures, car il craint que l’emploi du héros ne crée des histoires répétitives.

Une aventure de Bo Bang

À la suite de l’abandon de Bob Bang, Maurice Tillieux réalise, à la demande de son rédacteur en chef, une série d’histoires réalistes qu’il copie sur Fred Harman et Milton Caniff.

Quelque temps plus tard, la maison d’édition flamande demande à Maurice Tillieux de refaire une série traditionnelle. C’est la création de Félix, qui est inspiré de ses lectures de romans policiers. Félix est la première bande dessinée que Maurice Tillieux signe de son véritable nom. Pour créer le personnage de Félix, il se souvient de ses séjours dans la région d’Auch où tout le monde à l’époque porte un béret et il en ajoute naturellement un à son héros. De plus, il ajoute des lunettes, car il a encore du mal à dessiner les yeux. Avec des lunettes, ils sont alors cachés et il suffit de bouger les sourcils pour faire passer une émotion et montrer si le personnage est content ou pas.

Le début d’une aventure de Félix

La série Félix commence par l’histoire La Turquoise creuse où, à Bruxelles, deux vagabonds ouvrent une agence d’excuse. Ils se nomment Félix et Fil-de-Zinc et ont leurs premiers ennuis. Dans l’histoire Le Gouffre de Kelgaf, ils partent en Bretagne pour trouver un trésor et y rencontrer un représentant en allume-gaz qu’ils nomment simplement Allume-Gaz. Un voyage au Chicaraguay, un pays imaginaire d’Amérique du Sud en pleine révolution, dans l’histoire Aventure au Chili, leur permet de rencontrer un inspecteur de police nommé Alonzo Cabarez. Ce dernier, avec Félix et Allume-Gaz, forment le trio définitif de la série, alors que Fil-de-Zinc disparait sans explication.

Cette série permet à Maurice Tillieux de dessiner les décors des quatre coins du monde au fil des missions de ses héros, mais aussi des périodes historiques comme l’Allemagne nazie. Les Amériques et la France sont les endroits où le trio enquête le plus, même si l’Asie et le reste de l’Europe sont aussi représentés. Vers la fin de la série, le personnage de Linda rejoint le trio et Maurice Tillieux peut modifier la psychologie de son héros en introduisant des sentiments amoureux pudiques. Après soixante-sept histoires, la dernière histoire de Félix est publiée en 1956 et s’intitule L’Affaire des bijoux.

À Héroïc-Albums, Maurice Tillieux a une liberté de création totale et la seule censure est celle qu’il s’impose pour éviter d’aller trop loin, la bande dessinée étant encore réservée aux enfants. Il écrit des histoires en dehors de toute logique commerciale sans chercher à se faire plus d’argent qu’il ne lui en faut pour faire vivre sa famille.

En parallèle de son travail pour Héroïc-Albums, Maurice Tillieux enregistre un feuilleton radiophonique adapté de l’une de ses histoires parue dans l’hebdomadaire. C’est un travail rapide, puisque, le matin, il commence à écrire son texte et l’enregistre à midi. Un travail court qui lui permet, avec les multiples rediffusions en Afrique francophone, de toucher une redevance pendant plusieurs années.

Maurice Tillieux réalise aussi un texte illustré intitulé Les Momies de Saint-Sulpice, adapté d’une des histoires de Félix qu’il dessine en une matinée, directement à la plume. Elle est inspirée de la légende des momies de la basilique Saint-Michel de Bordeaux où l’on avait trouvé des centaines de corps transformés en momies par l’argile contenu dans le sol et qu’il avait vues à l’âge de 11 ans, ce qui l’avait beaucoup impressionné.

Des momies de la basilique Saint-Michel de Bordeaux

En 1955, Maurice Tillieux rentre dans le giron des éditions Dupuis en participant au lancement du journal Risque-Tout. Il y crée la série Marc Jaguar qui ne vit que le temps d’une seule aventure.

Couverture inedite de Marc Jaguar

En fait, à cette époque Maurice Tillieux refuse de rentrer au journal Spirou, ayant des problèmes de longue date avec Charles Dupuis qui, jusque-là, avait toujours refusé ses dessins. Quand Dupuis lui demande de travailler pour lui, il préfère rentrer au second journal, moins en vue de l’éditeur, qui lui permet d’être plus libre vis-à-vis de son patron et de rester en même temps à Héroïc-Albums, où il gagne néanmoins quatre fois moins.

Cette même année, Maurice Tillieux travaille pour Le Journal de Paddy, un journal fondé par Michel Greg où il crée la série Cris Vallon. Ce dernier périodique, ainsi que Risque-Tout ne vivront pas longtemps, faute de financement, et quand, en 1956 Héroïc-Albums, cesse lui aussi de paraître, Maurice Tillieux se décide alors à intégrer l’équipe du journal Spirou.

Dès son arrivée chez Spirou, Maurice Tillieux crée la série Gil Jourdan, copie parfaite de Félix. Maurice Tillieux souhaite continuer les aventures de son personnage fétiche, mais son nouvel éditeur veut du changement. Maurice Tillieux se décide alors à transformer le trio de la série Félix en nouveaux personnages. Félix devient Gil Jourdan, Cabarez est transformé en Crouton et Allume-Gaz en Libellule. Maurice Tillieux ajoute une femme, Queue-de-Cerise, qui rappelle Linda présente dans les dernières aventures de Félix.

Le début de la première aventure de Gil Jourdan : Libellule s’évade

Cette série raconte les aventures d’un détective privé français nommé Gil Jourdan, âgé de 20-21 ans qui, venant de finir sa licence de droit, ouvre son cabinet de police privée. Le premier nom que Maurice Tillieux donne à son héros, qui d’un point de vue sonorité ressemblait à « Texaco », est refusé par son éditeur, Charles Dupuis, qui ne l’aime pas, car il le trouve trop exotique. Il doit le changer en vitesse et c’est sa femme qui trouve le nouveau nom. Quant au métier de détective, il est désiré par Maurice Tillieux, car il permet d’introduire des personnages dans toutes sortes d’histoires et un c’est un bon moyen d’écrire des récits. De plus, son métier lui permet de gagner suffisamment d’argent pour permettre à la série d’évoluer. Maurice Tillieux situe la série en France, car, au moment de la commencer, il revient en Belgique après deux années passées en France et il connait mieux les voitures et infrastructures routières françaises.

En 1958, Maurice Tillieux réalise une autre reprise de Félix avec la série Ange Signe, réalisée à des fins publicitaires. Ici encore, il garde le même trio en changeant les noms, mais il travaille plus en profondeur ses scénarios.

Une scène d’une aventure d’Ange Signe

La série Gil Jourdan rencontre un succès immédiat parmi les lecteurs de Spirou. Un référendum permet de savoir que 80 % des lecteurs du journal lisent Gil Jourdan.

Le succès de la série s’explique par les soins particuliers que met Maurice Tillieux pour construire ses scénarios, qu’il écrit à partir de faits divers lus dans la presse ou racontés par des connaissances. Mais aussi par la personnalité de ses personnages secondaires qui, selon lui, sont plus importants que le héros qui a obligatoirement une personnalité sage et lisse. La série comporte aussi de nombreuses voitures, une des passions de Maurice Tillieux aussi bien pour dessiner que pour bricoler des mécaniques. Dans Gil Jourdan, Maurice Tillieux dessine surtout des voitures françaises, alors qu’au début de sa carrière c’étaient des voitures américaines. Si Maurice Tillieux réalise une histoire de Gil Jourdan, c’est parce qu’il trouve un sujet qui lui plaît sans penser au côté commercial. Les albums de la série se sont mal vendus jusqu’au début des années 1970.

Une case de L’Enfer de Xique-Xique

Pour Maurice Tillieux, le scénario est plus important que le dessin. Pour imaginer ses histoires, il part d’un fait divers qu’il a lu dans un journal, ou alors il s’inspire d’une personne qu’il a rencontré dans la vie réelle. Par exemple, il démarre l’écriture de l’histoire L’Enfer de Xique-Xique, car il apprécie les camions qui construisent une autoroute derrière son domicile et qu’il souhaite en introduire dans le scénario de son nouveau récit. L’idée de l’histoire Les Moines rouges lui vient d’un ami, maire d’une petite commune en Normandie, qui s’embrouille souvent avec son adjoint.

Une scène des Moines rouges

Les histoires que Maurice Tillieux dessine sont écrites au jour le jour, selon ses inspirations du moment, en partant toutefois d’une idée précise. Pour les gags en une planche, il a deux méthodes : écrire en fonction d’un gag qu’il a vu en vrai ou entendu, et les gags qu’il créé de toutes pièces. Pour ces derniers, il passe en revue tous les objets dans une pièce, en se demandant ce qui pourrait bien leur arriver. Une méthode qu’il utilise lorsqu’il est très en retard sur un gag qu’il doit livrer.

Dans toutes ses séries, Maurice Tillieux aime placer un humour à base de calembours, de réflexions décalées et surtout de gags visuels. Maurice Tillieux n’apprécie pas les gens qui font des calembours, tout particulièrement ceux qui ne font rire que l’auteur de la blague. C’est à partir de ça qu’il introduit les calembours chez le personnage de Libellule. Il note tous ceux qu’il entend et ne garde que les pires pour les publier.

Maurice Tillieux met en scène, à sa manière, les grands classiques du gag visuel : les personnages qui, en courant, se heurtent à quelque chose, les chutes d’objets sur la tête des protagonistes, les cigares explosifs, les portes dans la figure, les valises qui font trébucher. Tout y passe, repris de nombreuses fois dans ses histoires à des années de distance, créant un comique de répétition ajoutant du gag au gag en lui-même.

Maurice Tillieux est aussi à la base de nombreux gags originaux. Des gags sous différentes formes d’humour naissent sous sa plume, de l’invraisemblance pure au gag de haut degré qui se répercutent sur plusieurs pages entières et prenant même part à l’histoire, en passant par le second degré et le clin d’œil comique.

Le dialogue est aussi une composante essentielle du gag pour Maurice Tillieux. Il commence cet exercice dès ses débuts avec la série Bob Bang qu’il truffe de réparties humoristiques. Il exploite par l’humour les relations souvent conflictuelles de ses personnages pourtant alliés entre eux. Ainsi, dans la série Félix, Cabarez et Allume-Gaz n’arrêtent pas de se chamailler avec des remarques désobligeantes et drôles. Il en va de même pour Crouton et Libellule dans la série Gil Jourdan. Avec le personnage de Félix, Maurice Tillieux pratique l’humour froid, voire parfois noir.

Quand il écrit pour d’autres dessinateurs, Maurice Tillieux rédige un scénario complet avant que l’histoire commence à être dessinée. Il essaye aussi d’utiliser au maximum les qualités de ses dessinateurs. Par exemple, pour Tif et Tondu, il exploite les talents de décoriste de Will, en plaçant l’action dans des endroits beaux à dessiner, et ne laisse pas l’action rester au même endroit trop longtemps. Sa méthode de travail est différente selon les dessinateurs. Pour Gos, ils travaillent ensemble. Gos fait le découpage et Maurice Tillieux corrige. Pour Will et Jean Roba, Maurice Tillieux fournit un découpage sans dessins, estimant qu’ils savent très bien ce qu’ils doivent faire. Pour Francis, il dessine et ce dernier reprend. Maurice Tillieux estime que, parfois, il est plus simple d’expliquer par le dessin.

Un découpage de Maurice Tillieux pour SOS bagarreur dessiné par René Follet

Pour construire son scénario, Maurice Tillieux écrit d’abord l’histoire, puis réalise le découpage et le dialogue, en essayant de placer le moins de texte possible. Puis il réunit le plus de documentation possible pour ne pas commettre d’erreur sur les pays représentés. Au cours de la réalisation de l’histoire, il lui arrive de trouver l’idée d’un gag et de modifier le scénario pour l’introduire. Il arrive aussi que l’évolution de la situation dans la réalisation de l’histoire amène naturellement le gag. Il lui arrive de se déplacer sur place pour faire des repérages pour son scénario et de prendre des photos et de réaliser des croquis.

Ce qui marque le plus, dans le style de Maurice Tillieux, est l’atmosphère de ses bandes dessinées. Cela vient du fait qu’il essaye d’être un « romancier visuel ». Dans Félix, il dessine à merveille l’atmosphère du Paris des années 1950 avec divers procédés issus du cinéma : le flash-back, la contre-plongée, le travelling, l’avant-plan, et ce malgré des graphismes un peu schématiques, ou des expressions caricaturales. Maurice Tillieux dessine les décors urbains comme personne. Avec Gil Jourdan, il place son héros dans des bureaux vétustes, dans une rue obscure. Tout est fait pour créer une certaine atmosphère. Dans ses décors, il aime placer des réverbères à gaz qui donnent un côté sinistre par les jeux d’ombre et de lumière que ça produit.

Une case de La voiture immergée

Lors de ses débuts chez Dupuis, Maurice Tillieux copie le style d’André Franquin, l’auteur en vogue dans la maison d’édition. Il surcharge alors ses décors pour que l’éditeur « en ait pour son argent ». Petit à petit, il se rend compte que charger ainsi ses décors n’apporte rien et il les simplifie.

Une case de Libellule s’évade

Maurice Tillieux est passionné de mécanique automobile depuis très longtemps. Il a commencé à dessiner des dizaines de voitures avant d’en posséder une lui-même. Il a démonté et remonté son Hillman achetée d’occasion, ce qui lui permet d’étudier le fonctionnement d’une voiture. Pour parfaire sa connaissance de la mécanique, Maurice Tillieux répare lui-même les pannes de ses voitures. Par la suite, pour rendre ses histoires plus réalistes, il étudie toutes sortes de moteurs de voitures pour que ses sabotages, ses pannes ne soient pas fantaisistes et que ses personnages qui réparent une automobile ne fassent pas des gestes non crédibles.

Dans son œuvre, Maurice Tillieux fait aussi détruire les voitures le plus souvent de manière spectaculaire. Pourtant, il ne cherche pas systématiquement à introduire dans son scénario un accident ou une destruction d’un véhicule, mais le plus souvent cela se fait automatiquement, au fil de l’histoire, aussi bien pour la narration du récit que pour introduire un aspect comique. Les accidents de voiture sont devenus un des éléments qui caractérisent le mieux la série Gil Jourdan et l’œuvre de Maurice Tillieux en général. Dans la série Gil Jourdan on compte 47 destructions de véhicules en tous genres.

Gil Jourdan vaut à Maurice Tillieux des ennuis avec la censure française, féroce à l’époque. Les deux premiers albums ont notamment été censurés parce qu’ils ridiculisent la police et parlent de drogue (le ministère français de l’Intérieur croyait que la popaïne était un stupéfiant qui existait réellement). Plus tard, Le Gant à trois doigts est lui aussi interdit pour racisme dans le contexte sensible post-guerre d’Algérie. Maurice Tillieux doit aller de nombreuses fois au ministère français de l’Intérieur pour défendre son œuvre et s’expliquer, dont une fois en état d’ivresse en compagnie de Morris, l’auteur de Lucky Luke qui avait des problèmes pour son histoire Billy the Kid.

Quelques années après, Maurice Tillieux est victime d’une maladie qui l’oblige à arrêter de travailler pendant un an. Pour continuer de fournir régulièrement ses planches pour Spirou, il a l’idée, sans que Dupuis soit au courant, de reprendre les histoires de Félix parues dans Héroïc-Albums, en modifiant simplement le personnage de Félix pour qu’il ressemble à Gil Jourdan. Il est aidé pour cela par Bob de Groot et Jean-Marie Brouyère. Ce dernier est bien connu de Maurice Tillieux, puisqu’il a débuté chez lui à l’âge de 14 ans, avant qu’il ne l’envoie, deux ans plus tard, dans le studio de Michel Greg, car Maurice Tillieux trouve qu’il ne peut rien en faire et qu’il gâche son potentiel en restant avec lui. En 1959, Maurice Tillieux participe aux premiers numéros du journal Pilote en dessinant l’histoire Zappy Max, une adaptation d’un feuilleton diffusé sur Radio-Luxembourg.

En 1960, Maurice Tillieux crée le personnage de César, à la demande de Dupuis pour son hebdomadaire Le Moustique. À l’origine, la série a des contours assez flous, du fait que Maurice Tillieux a accepté de la réaliser pour des raisons principalement financières. Cependant, il stabilise assez vite la série autour du personnage d’Ernestine, petite-fille de l’agent de police Petitcarné, qui fait tourner en bourrique César. Pour cette série, Maurice Tillieux s’est inspiré des personnages autour de lui. Ernestine est inspirée de sa fille Anne, l’agent de police d’un de ses voisins, et l’employée de maison d’une de ses propres femme de ménage. Les gags de César sont repris plus tard dans le journal Spirou pour combler les pages. Aucun nouveau gag n’a été dessiné pour Spirou.

Un gag pour César

En 1966, Maurice Tillieux crée la série Bob Slide, le temps de quelques histoires courtes. Il s’agit d’une série qui se déroule dans les années 1930 aux États-Unis. Maurice Tillieux avait depuis longtemps le projet à l’esprit, mais il n’osait pas commencer, ayant appris que Morris et René Goscinny devaient lancer une série similaire. Apprenant que cela ne se ferait pas, Maurice Tillieux se lance, mais n’ayant plus le temps de s’en occuper, il abandonne rapidement son nouveau personnage.

À la fin des années 1960, les éditions Dupuis sont victimes d’une pénurie de scénaristes. À cette époque, le journal Spirou publie de plus en plus de dessinateurs qui n’écrivent pas leurs propres histoires. Maurice Tillieux se trouve même à un moment comme le seul à alimenter les dessinateurs du journal en scénarios. Cet afflux de travail, l’oblige à abandonner le dessin de sa série Gil Jourdan. Il le confie à Gos, après que ce dernier le lui demande, ayant appris que Maurice Tillieux cherchait un dessinateur pour cette série. Cette reprise de Gil Jourdan est bien acceptée par la majorité des lecteurs.

Par la suite, Maurice Tillieux crée pour Arthur Piroton la série Jess Long. Maurice Tillieux apprécie le trait de ce dessinateur et trouve dommage de le voir toujours au bas du classement des référendums du journal Spirou. Il lui propose une série policière qui se déroule aux États-Unis, le seul thème qu’apprécie Arthur Piroton. Il fait travailler son personnage au FBI pour ne pas être mal vu par la police et ne pas avoir de problèmes, le FBI étant bien vu, selon lui, par les polices du monde entier.

Maurice Tillieux crée également Marc Lebut et son voisin pour Francis. Cette série humoristique mettant en scène une Ford T, est née de la nostalgie pour Maurice Tillieux pour les voitures des années 1920 et 1930, auxquelles il trouve plus de personnalité qu’aux voitures modernes.

Maurice Tillieux reprend aussi le scénario de certaines séries du journal Spirou comme Tif et Tondu dessiné par Will. Il accepte sans hésiter la demande de reprendre le scénario sur demande de Will, car il apprécie ses talents de dessinateur. Il succède sur cette série à Maurice Rosy qui a dû, pour des raisons personnelles, abandonner le scénario de la série. Maurice Tillieux, déjà débordé à cette époque, propose alors à Will, qui travaillait très régulièrement, de dessiner alternativement par an un épisode de Tif et Tondu et un autre d’Isabelle au lieu de deux épisodes de Tif et Tondu par an. Cette entente doit permettre à Maurice Tillieux de baisser son rythme de travail en ne fournissant qu’un scénario de Tif et Tondu par an. Mais, les scénaristes d’Isabelle, Yvan Delporte et Raymond Macherot, ne remettent aucun scénario à Will, qui ayant besoin de travailler, demande de nouveaux scénarios de Tif et Tondu à Maurice Tillieux. Celui-ci recycle alors une vieille histoire de Félix. Tif et Tondu est une des séries sur laquelle Maurice Tillieux aime le plus travailler, car elle lui permet d’exploiter ses thèmes préférés : le policier, le mystère et l’aventure. Il estime que l’histoire Sorti des abîmes est celle dans laquelle Will a le mieux exploité le scénario.

Pour Roba, Maurice Tillieux écrit un scénario de la série La Ribambelle, ainsi que quelques gags de Boule et Bill. Pour Vittorio Léonardo, il scénarise un épisode du viking Hultrasson et, pour François Walthéry, trois histoires de l’hôtesse de l’air Natacha, dont L’Ange blond qui ne sera dessiné qu’en 1994.

Avec d’autres dessinateurs, Maurice Tillieux créé une société de presse intitulée Real Presse, car il trouve le système de distribution de chez Dupuis mauvais. Mais l’éditeur les oblige à mette fin à l’entreprise.

Le 31 janvier 1978, alors qu’il se rend chez un ami en France, où qu’il rentre du festival d’Angoulême selon les sources, Maurice Tillieux est victime d’un accident de la route près de Tours. Il décède, sans avoir repris connaissance, deux jours plus tard, le 2 février 1978. Il est inhumé, quelques jours plus tard, dans le cimetière de la commune d’Auderghem, dans la banlieue de Bruxelles -où il vécut vingt-cinq ans et créa le personnage de Gil Jourdan.

D’après l’article de Wikipedia

Une fresque de Gil Jourdan à Auderghem, en Belgique. C’est dans la commune d’Auderghem, où Maurice Tillieux a séjourné plus de 25 ans, qu’il a créé le personnage du détective Gil Jourdan

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source