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Le Courrier, 15 septembre 2015

Ecuador : Pionnier de l’inclusion

par Yanik SANSONNENS


Un handicapé assiste à la messe du pape François, à Quito, le 7 juillet 2015

Depuis l’élection de Rafael Correa, l’Equateur mène une politique ambitieuse d’intégration des personnes handicapées, en facilitant l’accès au travail, à l’école et à la mobilité. Les résultats sont là.


Ecuador

« De laissés-pour-compte, nous autres handicapés sommes désormais considérés comme des citoyens à part entière. Les aides financières que mes parents ont perçues m’ont permis d’apprendre un métier et de voler de mes propres ailes », raconte Luz Chafuelan, qui travaille comme secrétaire-réceptionniste. Même encore partielle, l’intégration des handicapés au sein de la société est devenue une réalité en Equateur. Dans les grandes villes, le contraste est saisissant avec les mégapoles latino-américaines, à l’instar des omniprésentes rampes d’accès aux transports publics et aux centres commerciaux. Il n’en existait qu’une poignée il y a peine dix ans, avant l’arrivée au pouvoir de Rafael Correa et de son parti Alianza País.

Rafael Correa

Vice-président entre 2007 et 2013 et cloué dans un fauteuil roulant depuis 1998, Lenín Moreno est le grand artisan des bouleversements dont profitent la grande majorité de ses compatriotes atteints d’un handicap moteur ou cérébral (1). Sous sa houlette, les droits des personnes handicapées ont été renforcés, le principe d’égalité des chances a été introduit, tandis que l’accès aux services publics a été facilité. A cela s’ajoutent des campagnes régulières de prévention des violences physiques contre les enfants handicapés. Ombre au tableau : le développement des infrastructures, patent dans les grandes agglomérations, est encore embryonnaire dans les zones rurales. Les observateurs parlent de grand écart. Les lacunes et les carences sont particulièrement criardes dans les domaines de la santé (manque de spécialistes) et de l’éducation (faible pourcentage de handicapés scolarisés).

Lenín Moreno

A Quito, la capitale, Javier Torres, vice-président du CONADIS, l’organisme chargé de faire appliquer cette politique gouvernementale, confirme les disparités : « Evidemment, tout n’est pas parfait, mais les études montrent que notre politique va dans le bon sens et que le peuple équatorien, dans son ensemble, tire parti de l’amélioration des conditions de vie des handicapés ». Interrogé sur le budget de l’Etat, Javier Torres répond du tac au tac : « De 15 millions de dollars en 2007, les ressources allouées à ce domaine atteignent les 220 millions en 2015 ».

Javier Torres

Des sommes importantes dont bénéficient par exemple les jeunes de la fondation FINE, à Pomasqui, une petite bourgade sise à 16 kilomètres de Quito. Le site est magnifique, calme et baigné par le soleil. Un panorama de toute beauté sur la vallée régale chaque jour les pensionnaires de cette institution réservée aux handicapés cérébraux. La directrice, Yolanda Ortiz, nous fait la présentation : « Certains travaillent ici et préparent chaque matin des viennoiseries et des pâtisseries pour une boulangerie du coin. D’autres travaillent à l’extérieur. Nous sommes bien lotis, car notre établissement est bien équipé et nous cultivons un grand potager », explique-t-elle avec enthousiasme. Elle ajoute : « Notre approche est appréciée par les familles, parce que nous encourageons ces dernières à participer quotidiennement à nos activités ». L’institution reçoit l’appui de bénévoles suisses, français et allemands qui y séjournent chaque année. Les liens avec la Suisse ne s’arrêtent pas là, à croire la directrice qui nous a confié la participation financière d’un Rotary Club.

Dans les locaux de la fondation FINE, à Pomasqui

Des contributions appréciées mais marginales en regard de l’effort déployé par Quito depuis la promulgation de la nouvelle Constitution en 2008. L’article 47 stipule en effet que « [...] sont reconnus les droits des personnes handicapées à une prise en charge spécialisée, à la réadaptation intégrale, à un logement adapté, adéquat et accessible, à un travail dans des conditions d’égalité des chances, à l’inclusion dans l’éducation de façon à développer leurs potentialités et leur capacités, ainsi qu’un accès aux biens et services ». Désormais, la loi oblige donc les établissements scolaires à adapter leurs infrastructures et à embaucher des enseignants spécialisés. Selon le quotidien El Comercio, « de 9326 écoliers handicapés en 2007, l’école publique équatorienne en accueillait 15158 il y a un an. Aujourd’hui, le principal défi est de résorber la pénurie d’enseignants spécialisés et de résoudre les problèmes d’accessibilité dans certains établissements ». En attendant, l’accès aux bourses d’études a été considérablement simplifié et l’Etat se montre nettement plus généreux que par le passé.

Devant les locaux de la fondation FINE, à Pomasqui

Et la liste des avantages accordés à cette population fragilisée ne cesse de s’étendre. Ainsi, en fonction de la gravité du handicap, l’Etat offre une réduction d’impôt de 60 % à 100 % sur l’achat d’une voiture et sur de nombreux autres biens de consommation ou aides techniques (fauteuil roulant, literie, siège, appareil, etc.). En outre, la facture mensuelle est diminuée de moitié lorsqu’il s’agit de services de première nécessité comme l’électricité, l’eau potable, mais aussi pour internet et pour la téléphonie. Au niveau des transports publics, qu’ils soient terrestres, fluviaux, maritimes, ferroviaires ou aériens, un rabais de 50 % est octroyé.

Mais les mesures phares devant assurer l’inclusion visent le monde du travail : Quito a ainsi instauré un quota de 4 % de travailleurs handicapés au sein des plus importantes entreprises du pays. Et l’Equateur mise aussi sur la micro-entreprise, des crédits préférentiels accompagnés de faibles taux d’intérêt étant accordés aux personnes handicapées désirant se lancer.

Pour Yolanda Ortiz, « il est clair que la situation des personnes handicapées évolue positivement depuis quelques années ». La directrice de la FINE émet toutefois un bémol, estimant « que les représentants de la société civile ne sont pas vraiment consultés lors de projets importants ». « Les instances étatiques décident seules, sans prendre le temps d’écouter les doléances » des principaux concernés, regrette-t-elle.

Yanik SANSONNENS

Devant les locaux de la fondation FINE, à Pomasqui

Note :

(1) Lire notamment Le Courrier du 30 septembre 2014.

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