retour article original

mercredi 7 décembre 2016
Vous êtes ici Accueil Informations internationales Afrique Burkina Faso
AFP, 21 septembre 2015

Burkina Faso : L’armée appelle les putschistes à déposer les armes

par Romaric OLLO HIEN et Patrick FORT


Un véhicule du Régiment de sécurité présidentielle à Ouagadougou, le 20 septembre 2015

Le Burkina Faso, pays sahélien pauvre de 17 millions d’habitants, a connu, depuis son indépendance, en 1960, de nombreux coups d’État militaires. Le général Diendéré avait joué un rôle-clé dans le putsch de 1987 qui avait porté au pouvoir Blaise Compaoré et s’était soldé par la mort du président Thomas Sankara.

Les « chefs de corps de l’armée nationale » burkinabè ont demandé, lundi 21 septembre 2015, aux putschistes de la garde présidentielle, de « déposer les armes », dans un communiqué, alors que des troupes se dirigeaient vers la capitale. Le communiqué ne précise pas les noms des officiers signataires.


Burkina Faso

Le Régiment de sécurité présidentielle, dirigé par le général Diendéré jusqu’à la chute de Blaise Compaoré, a pris le pouvoir en accusant les autorités d’avoir dévoyé le régime de transition, notamment en excluant les partisans de l’ex-président des prochaines élections. Selon un dernier bilan hospitalier, samedi 19 septembre 2015, les violences qui ont accompagné le coup d’État ont fait au moins 10 morts et 113 blessés.

Gilbert Diendéré

Fruit de trois jours de médiation-marathon à Ouagadougou, le projet d’accord sera soumis, mardi 22 septembre 2015, à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CÉDÉAO), lors d’un sommet extraordinaire, à Abuja. Le texte, articulé en 13 points, propose le maintien des élections législatives et présidentielle au Burkina, au plus tard le 22 novembre -au lieu de la date initiale du 11 octobre-, mais surtout la participation des candidats pro-Compaoré, invalidés ces derniers mois grâce à une loi votée par l’Assemblée intérimaire. C’était la principale revendication des auteurs du coup d’État militaire de jeudi 17 septembre, menés par le général Gilbert Diendéré, qui fut le bras droit de l’ex-président. Parmi les autres points figurent la « restauration des institutions de la transition et du président Kafando » dans ses fonctions, et la « libération sans condition de toutes les personnes détenues suite aux événements ». Le sort du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), à l’origine du coup d’État, est quant à lui « laissé à l’appréciation du (prochain) président » élu. Depuis plusieurs mois, la société civile réclame la dissolution de cette unité d’élite de l’armée, forte de 1300 hommes. Dans un contexte tendu depuis le putsch, le président sénégalais, Macky Sall, président en exercice de la CÉDÉAO faisant office de médiateur, a pris soin, dimanche 20 septembre 2015, de lancer « un appel pressant au calme et à la non-violence ».

Le projet de sortie de crise au Burkina Faso présenté par la médiation ouest-africaine suscitait, lundi 21 septembre 2015, l’indignation de la société civile et d’une partie de la population, opposées à l’amnistie des putschistes et à la participation de candidats pro-Compaoré aux prochaines élections. Colère et frustration étaient palpables dans les rues de la capitale burkinabè et de sa périphérie, où des jeunes ont érigé des barricades pour protester contre ce projet qualifié la veille de « honteux » par le collectif Balai Citoyen, en pointe dans le soulèvement populaire qui avait balayé le président Blaise Compaoré en 2014. Lundi 21 septembre, dans les quartiers périphériques de Ouagadougou, à Zogona (est de la ville) et Tampouy (ouest), des groupes de jeunes ont érigé des barricades et faisaient brûler des pneus, aux cris de « À bas la CÉDÉAO », « À bas Diendéré », « À bas le RSP », ont constaté des journalistes de l’AFP. Les jeunes étaient très remontés contre l’amnistie prévue par le projet de sortie de crise, réclamaient la dissolution du Régiment de sécurité présidentielle et marquaient leur très vive hostilité à un éventuel retour au pouvoir de caciques de l’ancien régime. À Tampouy, des gendarmes en tenue anti-émeutes venus à la rencontre des manifestants ont fini par repartir sous les applaudissements des jeunes, après leur avoir fait promettre de ne pas entraver la circulation des ambulances et des véhicules de secours. Au centre-ville, où la vie avait repris, lundi 21 septembre, un semblant de normalité, d’autres habitants se montraient également très critiques, lundi 21 septembre, et promettaient de nouvelles manifestations. « On n’a plus confiance dans la CÉDÉAO. On veut sortir (dans la rue), prendre notre destin en mains. Les corps (des manifestants tués) ne sont même pas enterrés et on amnistie. On va tout barricader », a déclaré à l’AFP Adama Traoré, un employé de bureau âgé d’une trentaine d’années.

Internet était quasi inaccessible lundi 21 septembre 2015 et plusieurs réseaux de téléphonie mobile étaient coupés. Les appels à manifester via les réseaux sociaux avaient joué un rôle prépondérant dans l’organisation du soulèvement populaire qui avait mis fin aux 27 ans de pouvoir de Blaise Compaoré fin 2014. « Ils essaient d’empêcher les gens de communiquer », commentait Issouf Ouédraogo, âgé de 25 ans, critiquant l’impunité promise aux putschistes, qui n’ont pas hésité à tirer sur la foule : « Les décédés, c’est cadeau ». Un autre habitant de la capitale, Dieudonné, interrogé par l’AFP, se montrait plus nuancé : « L’amnistie n’est pas une bonne chose, mais l’inclusion des candidats CDP (parti de Blaise Compaoré), pourquoi pas ? Ils n’ont qu’à les laisser se présenter et que le meilleur gagne ».

« Toutes les forces armées nationales convergent vers Ouagadougou dans le seul but de désarmer le Régiment de sécurité présidentielle (RSP - garde présidentielle) sans effusion de sang », indique le communiqué. « Nous leur demandons de déposer les armes et de se rendre au camp Sangoulé Lamizana (dans l’ouest de Ouagadougou), et eux et leurs familles seront sécurisés », ajoutent les chefs de corps. Une source de l’état-major a précisé à l’AFP que trois colonnes de l’armée burkinabè, loyales au régime de transition renversé par le putsch du 17 septembre 2015, faisaient route vers Ouagadougou. Ces trois colonnes proviennent de garnisons stationnées dans l’ouest du pays (Dédougou et Bobo Dioulasso), l’est (Kaya et Fada N’Gourma) et le nord (Ouahigouya), selon cette source. Depuis le coup d’État du Régiment de sécurité présidentielle, véritable armée dans l’armée, le reste des troupes et de la hiérarchie militaire du pays étaient restées en retrait. Leur communiqué et les mouvements de troupes vers la capitale interviennent au lendemain de l’annonce d’un projet de sortie de crise. Lundi 21 septembre en début d’après-midi, le général Diendéré rencontrait les chefs d’état-major de l’armée burkinabè.

Romaric OLLO HIEN et Patrick FORT

Des manifestants à Ouagadougou

AUTEURS 

  • Romaric OLLO HIEN et Patrick FORT

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source