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samedi 29 avril 2017
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Les conflits sociaux en Suisse

par Frank BRUNNER


En Suisse, les « conflits sociaux » font penser à du mauvais théâtre joué par une troupe ringarde dont les membres se répartissent, entre eux, tous les personnages du répertoire.


Au fil des représentations, Untel apparaît comme l’élu du peuple, intègre et dévoué, puis dans le rôle de l’affairiste cynique et sans scrupule, collectionneur de jetons de présence.

Tel autre apparaît tantôt comme le militant syndical, tantôt comme le président d’une association d’opportunistes et tantôt, lui aussi, comme l’élu du peuple.

Ils jouent toujours les mêmes scènes aux répliques convenues et se livrent à leur mélodrame habituel face au public. Leur jeu est aussi faux que leurs décors en carton-pâte, mais ils s’admirent entre eux et, de leur point de vue, c’est l’essentiel. Ils s’estiment seuls juges en matière de bon goût. D’ailleurs, il n’est pas « politiquement correct » de les critiquer. Cela fait populiste. L’admiration béate est de rigueur.

Une scène de Tartuffe, de Molière

D’un côté, on a un patronat prisonnier de sa logique de fuite en avant dans la compétitivité internationale, et qui présente chaque nouvelle étape du démantèlement social comme lui étant imposée par « la fatalité de la loi du marché ». Dans le camp d’en face, on a des apparatchiks syndicaux qui sont en réalité des politiciens et qui manipulent le syndicat en fonction de considérations électoralistes.

Manif de fonctionnaires à Genève : "Pour le moment, ce n’est qu’un appel symbolique", tempère Fabrice Scheffre, membre du comité du Cartel intersyndical. "Mais nous sommes prêts à la mobilisation."

Le numéro habituel

Les apparatchiks commencent toujours par faire leur petit numéro de l’indignation, en proclamant que les décisions patronales sont « inacceptables ».

Cela signifie, bien sûr, qu’elles seront acceptées.

En réalité, tout ce que les apparatchiks attendent du patronat, c’est qu’il « négocie » avec eux. Ils veulent être reconnus comme les porte-paroles des salariés dont ils empochent les cotisations. Ils défendent, non pas les salariés, mais leur fonds de commerce. Et, d’avance, ils sont disposés à toutes les « concessions » au préjudice des salariés. Il suffit que le patronat leur fournisse un prétexte quelconque.

D’où le contraste entre, d’une part, l’agitation publique, les grandes déclamations ; et, d’autre part, l’issue du conflit : les apparatchiks se contentent de trois cacahuètes et retournent à la niche, tandis que les salariés se retrouvent à chaque fois floués.

Logo du Syndicat interprofessionel des travailleurs

Il y a toujours un double discours des apparatchiks. D’un côté, ils exhortent la base à se mobiliser, affichant leur détermination à faire reculer le patronat -sur l’air de « unis nous sommes forts »- ; mais, quelle que soit la mobilisation de la base, le résultat est toujours une nouvelle reculade syndicale. A vrai dire, les apparatchiks syndicaux se contentent de profiter du conflit pour expliquer à la base que les patrons, c’est la droite, et que le salut exige qu’on vote à gauche... On peut dire que leur « ambition » s’arrête là.

Si on filmait un conflit du travail genevois de nos jours et qu’on le comparait à un film similaire tourné voici dix ans, on y verrait les mêmes personnages tenant les mêmes rôles et ânonnant les mêmes répliques. Sans doute pourrait-on intervertir la bande sonore des deux films sans que nul ne s’en aperçoive. Et il est probable qu’il en irait de même si on tournait le même film dans dix ans.

Si le jeu des acteurs est demeuré immuable, la situation des salariés n’a pas cessé de se dégrader, tandis que les apparatchiks syndicaux, dans le même temps, augmentaient leur propre salaire et accumulaient les « avantages sociaux » à leur profit personnel... Tandis que les uns plongeaient dans la pauvreté et la précarité, les autres s’achetaient une villa.

On relèvera que ces reculades syndicales ininterrompues n’ont nullement abouti à une quelconque remise en question parmi les apparatchiks -ni d’ailleurs parmi les politiciens « de gauche ». Bien au contraire, il faut être incroyablement prétentieux pour contester leur compétence...

Ils ne conçoivent pas d’autre logique que celle des concessions face aux « nécessités de la compétitivité internationale ». Tout ce qu’ils espèrent, c’est d’en retirer un bénéfice électoraliste. Obtenir des places et des jetons de présence pour leurs petits copains.

Au bout du compte, dans cette médiocre pièce de théâtre, c’est le public qui est systématiquement perdant. Les acteurs sont bien d’accord entre eux pour le duper.

Frank BRUNNER

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