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24heures, 25 septembre 2015

Sciences : Petit à petit, le ver de terre remplace la charrue

par Antoine GROSJEAN


Pascal Boivin, professeur à la Haute école du paysage, d’ingéniérie et d’agriculture, à Genève, explique les bienfaits de l’agriculture de conservation

La charrue, emblème de l’agriculture, pourrait bientôt être remisée au musée. De plus en plus de paysans renoncent à cet engin pour laisser les vers de terre travailler à sa place. Cette méthode, dite « de conservation », est moins agressive pour le sol et présente l’avantage d’être à la fois écologique et économique. En plus, elle est soutenue financièrement par la confédération suisse.


Des lombrics

Dans le cadre de l’Année internationale des sols, l’association AgriGenève a fait, le 24 septembre 2015, une présentation en plein champ de la technique du semis direct, développée dans les années 1950 en Amérique du Nord, où elle est aujourd’hui très répandue. AgriGenève, qui procède à des essais depuis plusieurs années, en fait la promotion auprès de ses membres.

Au lieu de retourner la terre avec une charrue pour l’aérer, on laisse faire les racines des plantes et les vers de terre ou autres bestioles vivant dans le sol. Pendant les périodes intermédiaires entre deux cultures, les champs sont semés avec un mélange de plantes comme le sorgho, le tournesol, les pois, les radis, le sarrasin, l’avoine ou le lin, par exemple. « Ceux-ci sont sélectionnés notamment pour leur apport en matières organiques, leur faculté à stocker l’azote et leurs racines qui structurent le sol, explique Nicolas Courtois, technicien à AgriGenève. En plus, cela empêche les invasions de mauvaises herbes ».

Avant de lancer une nouvelle culture, ce couvert végétal est broyé et laissé sur place. Il va servir d’engrais naturel, enrichir la terre en carbone et nourrir la faune souterraine. Moins compacte, la terre absorbe mieux l’eau et résiste mieux à l’érosion.

Les paysans ont moins besoin de désherbant et, comme les machines sont moins utilisées, ils font des économies de carburant. C’est donc un plus pour l’environnement, mais aussi pour le paysage et la biodiversité, puisque les champs deviennent des prairies fleuries une partie de l’année.

AgriGenève a édité un guide de l’agriculture de conservation pour ses membres. En 2009, seul un exploitant genevois la pratiquait, maintenant ils sont dix-sept. « C’est une aventure, confie Jonathan Christin, agriculteur à Aire-la-Ville, qui participe aux essais. Il faut oublier tout ce qu’on a appris et se former ». Plus que cela, c’est un vrai changement de mentalité. « Il y a encore passablement de résistances », confirme François Erard, directeur d’AgriGenève.

Antoine GROSJEAN

François Erard

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