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La Presse Canadienne, 27 septembre 2015

Canada : Les producteurs laitiers sont inquiets

Suivi d’un commentaire


Les Producteurs de lait du Québec jugent que l’ouverture accrue du marché canadien aux produits laitiers américains dans le cadre du Partenariat transpacifique serait une « catastrophe » pour le secteur québécois et canadien.


Canada

Selon le réseau anglais de Radio-Canada, le Canada se préparerait à concéder une part de « 9 % à 10 % » de son marché aux Américains, ce qui inquiète grandement les producteurs québécois. En entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne, le porte-parole des Producteurs de lait du Québec, François Dumontier, a souligné que le Canada importait déjà 10 % de sa consommation totale en produits laitiers, et de cette part, une bonne partie qui provient des États-Unis. Ainsi, selon lui, offrir un « autre 10 % » serait « extrêmement dommageable » pour le secteur. En revanche, les États-Unis n’importent que 1 % à 2 % de sa consommation totale, a ajouté. M. Dumontier croit que les Américains demandent cette concession au Canada parce que la Nouvelle-Zélande souhaite également avoir un accès accru au marché laitier des États-Unis. « Les États-Unis veulent un effet nul sur leur production laitière, alors nous, en bout de ligne, on concéderait sans avoir un accès supplémentaire au marché américain », a-t-il déploré. M. Dumontier a toutefois indiqué qu’il valait mieux être prudent avec les rumeurs qui circulent sur les négociations de l’accord qui demeurent secrètes pour l’instant.

François Dumontier

La fin de semaine dernière, le candidat et ministre sortant conservateur Maxime Bernier répétait pourtant que le système de gestion de l’offre ne serait pas mis en péril par la conclusion d’un accord. De son côté, le premier ministre Stephen Harper a admis, il y a quelques jours, que tous les pays devront faire des « compromis », mais que le gouvernement assurerait « la protection de nos secteurs ».

Stephen Harper

M. Dumontier reste toutefois « méfiant » face au gouvernement. « Pour l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Europe, le gouvernement, qui nous avait dit jusqu’à la dernière minute qu’il ne ferait pas de concession, a finalement [ouvert] l’accès à une centaine de fromages de l’Europe », a-t-il rappelé.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) s’inquiète aussi de ce qui pourrait résulter de ces négociations « à huis clos », mais le parti a refusé de préciser s’il était d’accord de céder plus de place aux producteurs américains sur le marché canadien. « Pour avoir une réaction claire et nette sur le sujet, il va falloir attendre d’autres éléments », a tranché Sadia Groguhé, candidate néo-démocrate dans la circonscription de Longueuil-Charles-Lemoyne, lors d’une conférence de presse à Ottawa.

Sadia Groguhé

Les producteurs de lait, d’oeufs et de volaille craignent d’être sacrifiés sur l’autel du libre-échange. Depuis le début de la campagne électorale fédérale, ils ont fait parvenir des courriels à tous les candidats de tous les partis à la grandeur du pays pour les sensibiliser à leur cause. Une étude commandée par Agropur en juillet 2015 révélait que l’abolition intégrale du système de gestion de l’offre pourrait faire perdre 24000 emplois directs au pays dans l’industrie du lait uniquement. Le Québec serait particulièrement touché, puisqu’il compte 5900 des 11960 fermes laitières du pays.

Par ailleurs, les négociateurs en chef des 12 pays participant aux pourparlers en vue d’une entente Partenariat transpacifique se réunissent à nouveau à compter de samedi à Atlanta. Des discussions doivent se tenir jusqu’à mardi. Par la suite, les ministres responsables des 12 pays se réuniront en sommet. Les discussions pour le Partenariat transpacifique regroupent 12 pays, dont le Canada, les États-Unis, l’Australie et le Japon. Cela représente une zone 800 millions de personnes et pas moins de 40 % de l’économie mondiale.

La Presse Canadienne

Un riziculteur japonais

Commentaire

Dans tous les pays du monde, sous couvert de libre échange, les producteurs locaux sont systématiquement trahis par leurs gouvernements corrompus au profit des multinationales et des géants de l’agroalimentaire, ce qui entraîne partout les mêmes relations de cause à effet : faillites en cascades des PME, du petit commerce et de l’agriculture familiale, incapables de résister à la guerre des prix menée par les géants et les chaînes de supermarchés. Il en résulte un tarissement des recettes fiscales, une explosion du chômage et des dépenses sociales, et une paupérisation massive de la population. Cette paupérisation est accélérée par une politique de dumping salarial et des mesures visant à contraindre les chômeurs d’accepter n’importe quel emploi pour n’importe quel salaire.

Quand ces gouvernements corrompus affirment que le libre échange va accroître le commerce, ils ne parlent, en réalité, que pour leurs multinationales et les chaînes de supermarchés. Les PME, les petits commerces et l’agriculture familiale ne sont, à leurs yeux, que des monnaies d’échange sacrifiées sous forme de concessions au cours de la négociation des accords de libre échange.

Une fois la population de chaque pays confrontée aux conséquences de cette politique de trahison, ses dirigeants se donnent des airs de victimes, affectant d’ignorer qu’ils sont responsables du désastre, et, sous prétexte d’y remédier, ils multiplient les cadeaux fiscaux aux multinationales, tout en taillant dans les dépenses sociales au préjudice de la population.

Lorsque, malgré la complaisance de la presstituée locale, les vendus ne parviennent pas à se faire réélire, ils sont généralement assurés d’une sinécure grassement rémunérée au sein de l’une ou l’autre de ces multinationales au profit desquelles ils ont trahi leurs concitoyens.

Frank BRUNNER

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