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Le Courrier, 29 septembre 2015

Suisse : Des libertés fondamentales à défendre

par Christiane PASTEUR


Le siège du Service de renseignement de la Confédération, à Berne

Sous prétexte qu’il existe potentiellement une menace terroriste visant notre pays, et alors même que la plupart d’entre nous n’ont rien à se reprocher, sommes-nous prêts à prendre le risque d’une surveillance généralisée de nos concitoyens ? Bien sûr que non. Il s’agit de l’élémentaire respect de la sphère privée et de la présomption d’innocence. Raisons pour lesquelles un large comité, nommé « alliance contre l’Etat fouineur », a annoncé, lundi 28 septembre 2015, le lancement d’un référendum contre la nouvelle Loi sur le renseignement (LRens).


Suisse

Nous avons tous en mémoire l’affaire des fiches, où 700000 résidents suisses s’étaient retrouvés épinglés par les services de renseignement, dans l’opacité la plus totale. Et la situation ne s’est pas vraiment améliorée. Depuis les révélations d’Edward Snowden, nul ne peut plus ignorer l’ampleur des écoutes menées à large échelle par les services secrets occidentaux, où même le téléphone de Mme Merkel a été mis sur écoute par la NSA.

Le problème principal de cette LRens nouvelle mouture réside dans l’absence de garde-fous suffisants encadrant le travail du Service de renseignement de la Confédération. Et ce alors même qu’il bénéficiera de pouvoirs étendus lui permettant de surveiller les communications (courrier, téléphone, courriels) et les lieux privés, de perquisitionner les systèmes informatiques, voire d’y installer des « chevaux de Troie ». Toutes les propositions émanant des socialistes, des Verts et des Vert’libéraux pour limiter ces nouveaux instruments ou renforcer les contrôles ont été écartées durant les débats aux Chambres. En particulier l’argument selon lequel seul le Ministère public doit disposer de ces compétences, sur la base de soupçons qui justifient l’ouverture d’une enquête pénale, et non à simple titre préventif comme le permettra la nouvelle loi adoptée vendredi 25 septembre 2015 par le parlement.

Les référendaires auront fort à faire pour convaincre la population du bien-fondé de leurs arguments face au discours populiste d’un Ueli Maurer qui ne voit guère pourquoi « on devrait protéger des gens qui menacent la paix dans le monde avec des armes de destruction massive ». Sans doute celles-là mêmes au nom desquelles a été déclenchée la deuxième guerre du Golfe et qu’on n’a toujours pas trouvées. Qu’elle qu’en soit l’issue, ce débat ne peut être que salutaire en termes de démocratie. Car cette frénésie galopante qui entend contrôler chaque individu au nom de la lutte contre le terrorisme recèle un leurre, à savoir qu’en matière de sécurité la technique pourrait remplacer l’humain. Les attentats qui se sont succédés depuis quinze ans prouvent qu’il n’en est rien. Sacrifier nos libertés individuelles les plus fondamentales ne saurait constituer l’assurance d’un monde plus sûr.

Christiane PASTEUR

Ueli Maurer

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