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samedi 10 décembre 2016
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Le Courrier, 2 octobre 2015

Union européenne : Austérité de classe

par Benito PEREZ


Un sans abri à Lisboa

Si les Portugais ont élevé la mélancolie au rang d’art majeur, on peine à croire que le peuple de José Saramago et de Zeca Afonso fasse de la résignation son nouvel art de vivre la politique. A deux jours des élections législatives, tout indique pourtant que les Portugais feront le choix d’un statu quo plus ou moins assumé, socialistes et conservateurs paraissant aussi proches dans les sondages que dans leurs programmes.


Portugal

En Grèce, à Chypre, en Espagne, la crise a bouleversé le panorama politique, ébranlé les filiations partisanes. Rien de cela au Portugal. Les deux formations ayant conduit le pays dans l’impasse actuelle devraient obtenir, dimanche 4 octobre 2015, les trois quarts des suffrages. Pour Francisco Louça, la politique d’austérité –présentée comme un indispensable mais temporaire sacrifice– a gagné les esprits. Les mesures imposées par la Troïka depuis 2011 laissent pourtant songeur. Coupes dans les revenus et licenciements de masse ont provoqué une récession brutale (-5,5 % entre 2010 et 2014). La potion a poussé vers l’exil près d’un dixième des travailleurs portugais. Une saignée qui n’a pas empêché qu’un jeune sur trois et un travailleur sur huit se retrouvent au chômage. Englué dans la spirale de l’austérité et plombé par le sauvetage des banques, l’Etat ne se porte guère mieux. Sous la Troïka, il a vu sa dette passer de 94 % du PIB à 130 %. Comme en Grèce, comme chaque fois, le remède censé sauver le malade est en train de le tuer. Ou du moins de l’abrutir assez longtemps pour qu’il se laisse dépouiller de ses biens : télécommunications, électricité, déchets, ciment, transports... Au final, le pays a été appauvri, affaibli, sans que l’économie redémarre réellement. Au rythme de croissance actuel, il faudra plus d’une décennie pour revenir au PIB réel d’avant la crise. Les Portugais auraient-ils fait tous ces sacrifices pour rien ? Malheureusement pas, car les changements ont bien profité à une minorité. Le recul des services publics a ainsi ouvert un champ inespéré aux profits privés. Quant à l’affaiblissement des droits sociaux, il accentue le transfert des richesses vers le capital.

Un sans abri à Lisboa

Au début de l’année, Caritas-Europe alertait contre la hausse des inégalités et de la pauvreté dans tous les pays soumis à des plans de « soutien » européens, en particulier la Grèce et le Portugal. Comparer l’« austérité » actuellement imposée en Europe à une rigueur budgétaire dictée par les aléas de la conjoncture est une escroquerie. Il s’agit d’un programme de classe qu’il faut dénoncer et combattre comme tel.

Benito PEREZ

Un sans abri à Lisboa

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