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sayed7asan, 11 octobre 2015

Liban : La mafia laïque française


Vue du Grand lycée franco-libanais à Beyrouth

Un conflit a opposé les parents d’élèves du Grand-Lycée Franco-Libanais (GLFL) de Beyrouth à la Mission laïque française (MLF) depuis le début de l’année 2015. Il n’a pu être résolu que grâce à la forte mobilisation des parents d’élèves et à l’implication de la presse libanaise, qui ont pu contraindre la Mission laïque française à respecter la loi et les décisions de justice libanaises qui condamnaient ses pratiques illégales (1). Voici une synthèse de cette affaire, dont la chronologie peut être suivie sur le blog des parents d’élèves du Grand-Lycée Franco-Libanais (2).

Salah LAMRANI


Liban

L’indignation des parents d’élèves du Grand Lycée Franco-Libanais (GLFL) de Beyrouth

Depuis le début de l’année 2015, un conflit nous oppose à la Mission Laïque Française (MLF) et à la direction du Grand Lycée Franco-Libanais. Au cours d’un long processus conflictuel, certains agissements de la Mission Laïque Française ont dépassé les limites du débat démocratique pour finalement atteindre un niveau indigne d’une institution française en charge de l’éducation de milliers d’élèves dans le monde. Maintenant que le conflit s’est apaisé, nous pensons qu’il est nécessaire de vous signaler ces agissements pour en garder une traçabilité et en tirer les conclusions qui conviennent.

Début janvier, le Comité des parents du Grand Lycée Franco-Libanais (CDP-GLFL) a refusé d’approuver le budget du Grand Lycée Franco-Libanais et cela sur la base des prérogatives que lui fournit la loi libanaise (loi 515). Cette décision est parfaitement justifiée et réfléchie. En effet, saviez-vous, par exemple, que :

la scolarité moyenne au Grand Lycée Franco-Libanais a doublé en 6 ans. Elle est passée de 4.5 millions de LL (3000 dollars) à 9 millions (6000 dollars), alors que l’indice des prix à la consommation n’a augmenté que de 21 % sur la même période. La scolarité actuelle représente 14 fois le smic au Liban !

le budget du Grand Lycée Franco-Libanais présenté au ministère de l’Education au Liban ne représente pas le budget réel tel que consolidé par la Mission Laïque Française, et que le Grand Lycée Franco-Libanais génère des revenus externes au budget, non déclarés au ministère, estimés à environ 400000 dollars annuellement !

le poste de dépenses budgétaires intitulé « Indemnités au propriétaire », autrement dit les montants transférés à la Mission Laïque Française et qui par conséquent ne sont pas alloués au fonctionnement du Grand Lycée Franco-Libanais, est passé de 300000 dollars en 2010/2011 à 1.5 million de dollars en 2014/2015, soit une augmentation de 500 % sur cinq ans !

malgré une inflation proche de 0 % et une augmentation négligeable du nombre d’élevés, le budget de l’année 2014-2015 a prévu une augmentation des coûts opérationnels de 30 % par rapport aux coûts opérationnels de 2013-2014 !

la Mission Laïque Française a refusé de nous fournir le bilan comptable de l’année 2014/15 (les dépenses effectives), contrairement à ce que stipule la loi libanaise.

la Mission Laïque Française a entrepris un gigantesque chantier de construction. Cet investissement, avoisinant les 20 millions de dollars, se répercute directement sur les scolarités payées par les parents. Or les parents subissent ce lourd fardeau sans même avoir été consultés.

Nous avons choisi d’inscrire nos enfants au Grand Lycée Franco-Libanais afin qu’ils bénéficient d’une éducation qui met en avant l’esprit critique et scientifique ; une éducation qui apprend à nos enfants comment argumenter pour convaincre et comment démontrer pour conclure. Une éducation qui favorise la raison et le raisonnement. Or, sur la base de ces principes et dans ces conditions de non transparence et de non accès aux données réelles des dépenses effectuées, comment voudriez-vous que le Comité des parents du Grand Lycée Franco-Libanais approuve le budget ? Devait-il l’approuver aveuglément, sans explication convaincante, comme la Mission Laïque Française l’a demandé à plusieurs reprises ?

Les demandes du Comité des parents du Grand Lycée Franco-Libanais ne se limitent pas uniquement à l’aspect financier. Bien au contraire, nous avons présenté à la Mission Laïque Française une série de propositions, basiques, couvrant le volet pédagogique et éducatif (ex : mise en place d’un système de remplacement des enseignants absents : des classes sont restées sans enseignants pendant des semaines, etc…).

Malheureusement, la révision à la baisse du taux d’augmentation de la scolarité et l’engagement de la Mission Laïque Française envers l’application d’une partie de nos demandes pédagogiques, n’ont pu être acquis qu’après un long et fastidieux processus juridique et l’implication du juge des référés.

Maintenant qu’un accord a été atteint auprès du juge des référés, il nous paraît essentiel d’évaluer la gestion de ce conflit qu’a menée Mr. Deberre, Directeur Général de la Mission Laïque Française.

Il faut tout d’abord noter, qu’à deux reprises, la Mission Laïque Française a refusé d’appliquer la décision du ministre libanais de l’éducation (3), malgré des rappels répétés de la part des autorités libanaises. Les journaux au Liban ont pointé du doigt ces comportements qui rappellent le temps du colonialisme, où une association fait fi des décisions du pouvoir exécutif. La Mission Laïque Française ne s’est soumise à cette décision qu’après un jugement du juge des référés.

La Mission Laïque Française ainsi que la direction du Grand Lycée Franco-Libanais a eu recours à une multitude de moyens de pression pour faire face à la position du Comité des parents du Grand Lycée Franco-Libanais : pressions sur les parents d’élèves (refus de délivrer les attestations d’inscription et de fin d’année), sur les élèves eux-mêmes (des enfants du primaire sont rentrés à la maison en pleurs accusant leurs parents de vouloir fermer l’école : une circulaire scandaleuse avait été distribuée aux élèves sans enveloppe), sur les enseignants et le personnel (insinuations que les actions du Comité des parents du Grand Lycée Franco-Libanais allaient aboutir à l’annulation de leurs acquis sociaux), pressions politiques (des délégations de la Mission Laïque Française ont rendu visite au premier ministre libanais ainsi qu’à d’autres dirigeant politiques et hauts magistrats). Ces agissements nuisent gravement à l’image de la France : les conflits sociaux sont-ils résolus de cette manière en France ?

Il faut également retenir le contenu des communiqués de la Mission Laïque Française diffusés aux enfants et aux parents du Grand Lycée Franco-Libanais, depuis juin 2015.

Voici des extraits :

Dès la signature de l’accord, la Mission Laïque Française et la direction de la Grand Lycée Franco-Libanais ont harcelé les parents à travers des messages et des communiqués les appelant à venir payer le reste de la scolarité, selon l’accord, dans des délais extrêmement courts à la caisse de l’établissement seulement et en espèces, sous peine de voir leur enfants mis à la porte, au lieu d’attendre la publication des souches du premier trimestre (un mois plus tard).

« A partir du lundi 14 septembre et dans le cas où les parents n’auraient pas payé la totalité de la créance, leurs enfants ne pourront pas être admis en cours » !

« Ne compromettez pas l’éducation et l’avenir de ce que vous avez de plus cher au monde : vos enfants » !

« (inscrivez vos enfants) dans un établissement en adéquation avec (vos) moyens financiers »

Mis à part le fait que ces communiqués rejettent clairement le principe historique du Grand Lycée Franco-Libanais de « mixité sociale », ils ont été perçus comme des menaces directes envers nos enfants. Ne nous trouvons-nous pas dans une situation d’abus de pouvoir sur personnes fragiles ? Menacer nos enfants d’exclusion du cours, si les parents ne paient pas dans un délai de quelques jours, cela peut-il émaner d’éducateurs ou de pédagogues ? Les conséquences d’un tel acte affecteront nos enfants à vie. Cette attitude discriminatoire nous étonne, surtout que les retards de paiements sont d’habitude traités d’une manière discrète, respectueuse et dans des délais acceptables. Il est de notre devoir de dénoncer cette demande de paiement en urgence accompagnée de menaces en totale opposition avec la convention des droits de l’enfant, la déclaration universelle des droits de l’homme et les principes républicains auxquels la Mission Laïque Française doit se soumettre.

Nous espérons avoir clarifié notre position. Nous sommes d’ailleurs en mesure d’apporter tous les justificatifs pour prouver ce que nous avançons.

Veuillez agréer l’expression de notre haute considération.

Parents d’élèves du Grand Lycée Franco-Libanais.

Signez la pétition : http://www.ipetitions.com/petition/ParentsGLFL

Notes :

(1) https://cdpglfl.wordpress.com/2015/04/20/decision-ministerielle-no-113114-gel-des-scolarites-et-application-de-larticle-13/

(2) https://cdpglfl.wordpress.com/

(3) https://cdpglfl.files.wordpress.com/2015/04/traduction-notification-du-ministc3a8re-20-04-20152.pdf

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source