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mardi 6 décembre 2016
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Le Courrier, 14 octobre 2015

Mali : Un avenir grâce à l’agroécologie

par Christophe KOESSLER


Vue de Ségou

En ville, de nombreux jeunes maliens vendent des cartes téléphoniques, cirent les chaussures ou préparent une périlleuse migration vers l’Europe. Beaucoup ont déserté leurs villages, faute d’une politique de développement appropriée dans les campagnes au climat très sec : « Un « vieux » (1) m’a dit récemment qu’il n’y avait plus de jeunes pour enterrer les anciens. Notre projet en agroécologie lui redonne l’espoir car son fils pourra demeurer sur place grâce à celui-ci », racontait, la semaine dernière, à Genève, Abdramane Zakaria Traoré.


Mali

Le paysan et formateur malien est responsable de la ferme école Benkadi Bugu, près de Ségou, ville située à quelque 230 kilomètres à l’est de Bamako, le long du fleuve Niger. Une initiative originale parrainée depuis 2014 par l’ONG Tourism for help (2), membre de la Fédération genevoise de coopération. L’idée est d’offrir un horizon professionnel aux jeunes maliens à travers la formation en agroécologie et le soutien à leurs projets productifs novateurs.

En combinant savoirs traditionnels, nouvelles techniques, méthodes d’organisation et micro-crédit, le pari est de rendre les apprenants autonomes tout en diffusant une agriculture à la fois durable et rentable dans les villages de la région : « Chaque élève, dûment sélectionné pour sa motivation, obtient un terrain de la part de sa communauté. Lorsqu’il s’installe après un an d’école, son savoir est transmis rapidement aux autres paysans, puisqu’ils sont eux-mêmes à l’affût de nouvelles opportunités », explique Abdramane Traoré. Le Malien estime que pour vingt garçons et filles formés par an, qui sont autant de nouvelles exploitations créées, environ deux cent foyers bénéficieront des nouvelles techniques. Celles-ci vont du paillage (dépôt de paille sur le sol pour éviter l’érosion et permettre la restauration des sols), au compostage, en passant par des méthodes de rétention de l’eau, l’utilisation de biopesticides, et bien sûr la complémentarité des espèces végétales. On associe ainsi les légumineuses (ici le niébé, fève ou haricot) et les arachides, qui fixent l’azote dans le sol (engrais), avec les céréales (maïs, mil et sorgho). On compte aussi sur les espèces pour se protéger mutuellement des insectes et autres limaces : « Les carottes repoussent les ennemis de la tomate et vice-versa », sourit le paysan malien. Quant aux pesticides naturels, ils sont fabriqués maison à partir du margousier (neem), du papayer ou de plantes sauvages locales. Tout cela est complété par l’élevage bovin et caprin qui permet d’alimenter la terre en fumier.

La ferme école Benkadi Bugu

Ensuite, pour qu’une exploitation soit prospère, il s’agit de transformer une partie des produits de la ferme pour obtenir une meilleure plus value. Là aussi la ferme Benkadi Bugu propose des solutions : séchage des choux et des piments, jus de bissap, pulpes de tomates en bocaux, etc. Pour ce faire ou afin d’acquérir du bétail, le centre de formation se porte garant de microcrédits contractés par les apprenants à la fin de leur apprentissage. Ces derniers seront suivis pendant deux ans pour s’assurer du succès de leur entreprise.

Micro-initiative, le projet pourrait faire des émules au Mali, s’il réussit. Le gouvernement et ses bailleurs internationaux sont-ils prêts à soutenir les petits paysans à plus large échelle ? Le pays est doté de terres arables en abondance, et au surplus, irriguées ou irrigables. L’Office du Niger, l’entreprise parapublique qui gère l’un des plus vastes périmètres irrigués d’Afrique de l’Ouest, sur le delta intérieur du Niger, laisse toujours cette zone largement sous-exploitée. Seuls environ 100000 hectares seraient mis en valeur dans cette zone de plusieurs centaines de milliers d’hectares...

Christophe KOESSLER

Notes :

(1) En Afrique le terme « vieux » utilisé pour désigner les parents et les anciens a une connotation positive, contrairement à son usage en Europe.

(2) Tourism for help, association pour la promotion du tourisme responsable, dispose de trois hôtels restaurants au Mali, au Sénégal et au Cambodge, qui servent de centre de formation pour des jeunes. Certains hôtes donnent un coup de main à travers des cours d’informatique, de premiers secours, ou de recherche d’emploi par exemple.

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