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Le Temps, 25 août 2004

Irak : La bataille continue à Najaf où les forces irakiennes sont entrées en action

par Jay DESHMUKH et Jean-Marc MOJON


IRAK. Après 20 jours de combats entre l’armée américaine et les résistants chiites de l’Armée du Mehdi, des soldats de la Force d’intervention irakienne ont été déployés. Dans le mausolée, les partisans de Moqtada Al-Sadr ne croient pas encore à une attaque, mais leur ton est plus conciliant alors qu’un assaut semble proche.


Les quelques rares habitants restés dans la vieille ville de Najaf ont accueilli, mardi 24 août 2004, avec satisfaction, les premières patrouilles des forces irakiennes, après vingt jours de combats entre l’armée américaine et les résistants chiites de l’Armée du Mehdi. Environ une centaine de soldats de la Force d’intervention irakienne ont été déployés à environ 350 mètres du mausolée de l’imam Ali, pour la première fois depuis le déclenchement du conflit. Une arme automatique au poing et des grenades à la ceinture, casqués, revêtus de gilets pare-balles, ils ont pris position dans les différentes rues qui mènent au réduit où sont retranchés les résistants loyaux au chef Moqtada Al-Sadr.

« Nous effectuons des patrouilles dans le secteur à l’extérieur du mausolée car nous devons redonner confiance à ces gens qui ont beaucoup souffert », affirme le lieutenant Haïdar Hassan Wahid, qui conduit ses soldats au front. A chaque coin de rue, les soldats baissent la tête et courent pour éviter d’être touchés par les francs-tireurs de l’armée du Mehdi.

« Ces hommes sont entraînés au combat mais n’ont pas beaucoup d’expérience », affirme le capitaine Nick Sims, un Marine qui supervise les opérations dans une fourgonnette. « Ils sont là pour donner confiance à la population dans des situations comme celles-là et également lorsque nous avons besoin d’une intervention rapide », explique-t-il. Sous une chaleur écrasante, Nick Sims surveille le déploiement des soldats qui fait partie, selon lui, des mesures de sécurité adoptées par le gouvernement irakien en prévision d’une offensive contre les miliciens retranchés dans le mausolée de l’imam Ali.

Lorsque les soldats vont d’une position à l’autre, traversant les rues, ils sont suivis par une ribambelle d’enfants et de jeunes, malgré les dangers. « La sécurité va enfin régner dans cette région. Nous sommes maintenant sûrs que c’est le début de la fin de ces combats qui nous pèsent », dit Hamid al-Khazafi, un autre résident du quartier.

Dans l’enceinte du mausolée de l’imam Ali, allongés sur des tapis, les partisans du chef chiite Moqtada Al-Sadr ouvrent à peine un œil à l’arrivée de la énième victime de leurs combats avec les forces américaines. Des combattants non armés sommeillent à l’ombre du mausolée, l’un des lieux les plus saints pour les chiites. A intervalles réguliers, une forte explosion retentit près du mausolée, dérange leur sommeil et apeure des milliers de pigeons qui picorent les restes des repas des miliciens. A peine ont-ils le temps de se reposer sur les dalles de l’enceinte que les combattants sombrent à nouveau dans leurs rêves, certains épuisés par près de vingt jours d’affrontements, d’autres convaincus que ni les forces américaines ni la garde nationale irakienne n’oseront entrer dans le mausolée.

Les résistants assurent que la baisse de leur nombre dans le mausolée est due à leur redéploiement dans la ville de Najaf, mais aucune attaque d’envergure n’a été lancée, mardi 24 août 2004, contre les soldats américains et les Gardes nationaux irakiens qui se sont nettement rapprochés du mausolée et seraient prêts à lancer l’assaut.

Malgré les mises en garde des responsables irakiens, les personnes retranchées dans l’édifice ne pensent pas qu’un tel assaut soit prévu. « Les Gardes nationaux n’ont pas assez de courage pour venir ici, ni les Américains d’ailleurs car ils n’ont pas la foi pour leur donner du courage », lance Mohammad, 25 ans, alors qu’un milicien blessé est ramené dans le mausolée sur une charrette pour être soigné dans la clinique improvisée sur place.

Un porte-parole de Al-M. Sadr, cheikh Ahmad Chaïbani, affirme même que 1500 Gardes nationaux auraient fui Najaf et que seuls 200 seraient toujours dans la ville. Cependant, son ton d’habitude belliqueux était plus conciliant mardi 24 août 2004 au soir.

« Nous accueillons positivement toute initiative ou proposition de paix qui ne porte pas atteinte à la dignité des Irakiens et au mouvement Al-Sadr. Nous n’accepterons aucune solution humiliante pour nous », a-t-il dit, après que le ministre de la Défense Hazem Chaalane a demandé à ses forces de capturer M. Al-Sadr mort ou vif.

Jay DESHMUKH et Jean-Marc MOJON

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