retour article original

samedi 10 décembre 2016
Vous êtes ici Accueil Informations internationales Amérique du Nord Canada
La Presse Canadienne, 11 novembre 2015

Canada : Québec coupe les vivres aux nouveaux assistés sociaux aptes à l’emploi

Suivi d’un commentaire

par Jocelyne RICHER


Au Québec, les sans abri reçoivent des amendes pour flaner, dormir sur des bancs publics ou uriner dans la rue. Comme ils n’ont pas les moyens de payer l’amende, on les emprisonne

Québec va limiter l’accès à l’aide sociale, en coupant désormais les vivres aux demandeurs jugés aptes à travailler. Une fois adopté le projet de loi 70, déposé mardi 10 novembre 2015 par le ministre Sam Hamad, les demandeurs de prestations d’aide sociale n’ayant aucune contrainte particulière devront obligatoirement s’inscrire à une démarche d’emploi, sous peine de pénalité financière. Ces derniers pourraient voir leur chèque d’aide sociale coupé de moitié, s’ils refusent de se chercher du travail. Le gouvernement compte ainsi épargner, à terme, jusqu’à 50 millions de dollars par an.


Canada

Chaque année, quelque 17000 Québécois sans contrainte à l’emploi présentent une demande d’aide sociale, dans la majorité des cas des gens âgés de moins de 29 ans, plusieurs milliers d’entre eux issus d’une famille vivant d’aide sociale. En conférence de presse, le ministre Hamad a justifié la nature de son projet de loi en disant qu’il fallait « briser le cercle vicieux » de la pauvreté, surtout lorsqu’il s’agit de jeunes aptes à gagner leur vie. « Chaque citoyen doit faire un effort, surtout pour améliorer son sort et gagner sa dignité », a fait valoir le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, rappelant que le Québec devra combler 700000 emplois d’ici trois ans. Jusqu’à maintenant, les programmes incitatifs n’ont pas donné les résultats souhaités auprès de cette clientèle, a fait valoir le ministre, qui estime le temps venu de passer aux mesures obligatoires et coercitives. Le gouvernement croit réaliste de voir jusqu’à 10 pour cent des nouveaux demandeurs refuser de s’inscrire à toute démarche d’emploi, devant ainsi assumer de subir une importante pénalité financière. À l’inverse, ceux qui accepteront de faire des démarches d’emploi pourront avoir droit à une prime qui viendra s’ajouter à leur prestation de base. Québec met de côté 5 millions de dollars par an pour ce programme.

Sam Hamad

Les assistés sociaux qui sont déjà dans le système ne sont pas visés par le projet de loi, et ne seront donc pas obligés de faire une démarche de recherche d’emploi. « On veut prendre les gens qui arrivent dans l’aide sociale, pas ceux que ça fait 20 ans qu’ils sont là, parce que la différence est énorme sur les résultats », a commenté le ministre. Québec veut donc intervenir tôt, auprès des jeunes, pour « briser » la culture de dépendance envers l’État.

Les orientations du projet de loi ont aussitôt été dénoncées par les groupes de défense des personnes assistées sociales, qui estiment faire les frais des choix budgétaires du gouvernement Couillard. Serge Petitclerc, du Collectif pour un Québec sans pauvreté, a qualifié le projet de loi de « grande mystification ». En conférence de presse, il a fait valoir que Québec avait coupé plusieurs programmes d’aide à la recherche d’emploi depuis un an. Or, selon lui, « quand il y a des mesures d’emploi disponibles, les gens participent ». « Pénaliser les gens, ça va juste empirer leur situation, en les éloignant encore plus du marché du travail », a ajouté M. Petitclerc, persuadé que « le gouvernement fait des économies, au nom de l’équité, sur le dos des personnes assistées sociales ».

Jocelyne RICHER

Serge Petitclerc

Commentaire

Dans le monde entier, les partisans du néolibéralisme utilisent systématiquement les mêmes tactiques.

Tout d’abord, ils multiplient les cadeaux fiscaux aux plus riches, faisant perdre des milliards aux finances publiques. Ensuite, ils affectent de s’étonner du déficit et désignent des boucs émissaires, lesquels sont toujours les victimes de leur politique : salariés, chômeurs, retraités, invalides, décrits comme autant de « profiteurs » en vertu du principe selon lequel les pauvres ne le sont jamais assez, tandis que les riches ne le sont jamais trop.

Les partisans du néolibéralisme nous font alors leur numéro de « politiciens responsables » qui « savent prendre des mesures impopulaires », c’est—dire qui n’ont aucun scrupule à s’en prendre aux plus démunis. Il s’agit de récupérer sur les pauvres l’argent dilapidé au profit des riches. On affecte d’être préoccupé par l’intérêt public, voire par le bien-être de ceux qu’on dépouille, et on adopte une posture moralisatrice en blablatant sur « la mentalité d’assisté ». Le but est de contraindre les pauvres d’accepter n’importe quel emploi pour n’importe quel salaire et on se fiche éperdument de savoir comment ils se débrouilleront pour payer leurs factures. S’ils ne parviennent plus à payer le loyer de leur domicile, qu’ils aillent donc dormir à la rue. L’essentiel est que les riches puissent continuer de s’enrichir sur le dos de l’Etat et de la masse de la population. Augmenter leurs impôts est un tabou, une idée « populiste », « démagogique » que des gens sérieux ne sauraient prendre en considération.

Frank BRUNNER

AUTEURS 

  • Jocelyne RICHER

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source