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Le Courrier, 11 novembre 2015

Suisse : Le retour du réel

par Philippe BACH


L’assemblée du personnel de l’Etat dans la salle du Palladium, à Genève, le 10 novembre 2015

Environ dix mille personnes ont participé, mardi 10 novembre 2015, à Genève, à la manifestation mise sur pied par les syndicats de la fonction publique. Du jamais vu depuis les grands mouvements de débrayage des années 1990. L’assemblée du personnel qui s’est tenue en début d’après-midi au Palladium était révélatrice d’un ras-le-bol des travailleurs de l’État et de leur refus de se laisser intimider.


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En termes de rapport de force, il faudra bien sûr plus qu’une journée de grève pour faire plier une caste politique qui semble avoir perdu tout sens des réalités, se comporte avec une arrogance stupéfiante et pratique l’art consommé des contre-vérités en frisant dangereusement le mensonge. Par exemple en se disant « ouverte au dialogue », alors qu’elle n’a eu de cesse de pratiquer la politique du fait accompli.

La fascination du moins d’Etat que cette rhétorique tente de dissimuler ne tombe pas du ciel. Elle est la résultante des baisses d’impôts successives qui représentent un manque à gagner de près de 1 milliard de francs par an (sur un budget de quelque 8 milliards) pour les caisses de l’État. Et il est encore prévu d’alourdir la dette de 550 millions à 650 millions de francs par an, via la Réforme III de la fiscalité des entreprises.

Des manifestants, à Genève, le 10 novembre 2015

Sans rougir, et d’accord sur ce point, Conseil d’État [exécutif cantonal] et majorité de droite et d’extrême droite au Grand Conseil [parlement cantonal] affirment que ces cadeaux fiscaux n’en sont pas car, selon la logique néolibérale de la relance par l’offre qui semble leur tenir lieu de moelle épinière, les baisses d’impôts permettent… d’augmenter les rentrées fiscales. Une quadrature du cercle à laquelle même Ronald Reagan ne croyait pas, lui qui l’accompagnait par des dépenses publiques massives.

La politique des caisses vides au nom de laquelle ce processus de démantèlement social est mené tambour battant s’inscrit dans une logique à la fois tactique et stratégique. Le but premier des coupes fiscales est bien de mettre l’état employeur sous pression en lui coupant les vivres. Au-delà de cette forme de chantage politique, une logique plus sournoise est à l’œuvre : celle de la marchandisation du monde. Le capital cherche des débouchés pour se reproduire. Bien des tâches de l’Etat peuvent aujourd’hui être source de profits. Il serait dommage de s’en priver. Et tant pis pour la part de la demande qui est insolvable.

Cela a le mérite de la clarté ; encore faudrait-il l’assumer. Pour l’instant, ceux qui se livrent à ce travail de sape prétendent faire preuve de responsabilité et de pragmatisme là où ils se comportent surtout en supplétifs des intérêts de quelques-uns. Il est bon de voir que cette propagande orwellienne ne prend pas autant qu’ils le souhaiteraient.

Philippe BACH

Des manifestants, à Genève, le 10 novembre 2015

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