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Le Courrier, 17 novembre 2015

France : Hollande s’en va-t-en guerre

par Christiane PASTEUR


Des cadavres sur le lieu d’une fusillade, à Paris, le 13 novembre 2015

Au lendemain des attentats-suicides de Paris, la France a promis d’être « impitoyable » dans sa guerre contre le groupe « Etat islamique » (EI). Si les attaques terroristes sans précédent qui ont frappé la capitale ne peuvent être laissées sans réponse, encore faut-il que celle-ci soit cohérente et moralement responsable. Or tant les raids perpétrés dimanche 15 novembre 2015 par les avions de la coalition contre la ville de Raqqa, en Syrie, que le discours de François Hollande, lundi 16 novembre, devant le Congrès, laissent à penser que l’action future du gouvernement français ne sera pas à même d’empêcher de nouveaux massacres, tout en mitant la cohésion nationale.


France

La riposte contre Daech et ses djihadistes kamikazes ne saurait être uniquement répressive, qu’elle soit policière ou, désormais, militaire. Les frappes aériennes de ce dimanche 15 novembre 2015 auront immanquablement tué des civils. Civils innocents contre civils innocents : la loi du Talion ne peut mener qu’au chaos et à la répétition de l’horreur. C’est au nom de ces victimes d’ailleurs que les assassins du Bataclan ont opéré vendredi 13 novembre.

Une stratégie vouée à l’échec. Comme les attaques de drones des forces américaines et toute autre forme d’interventions étrangères qui s’abattent depuis plus de vingt ans sur l’Irak, la Libye ou l’Afghanistan, et ce en dehors du cadre de l’ONU. Attaques qui déstabilisent les pays concernés et créent de fait des sanctuaires pour les organisations terroristes.

Pour tenter d’endiguer la progression de Daech, il faudra l’isoler, en lui coupant les vivres, et en premier lieu ses rentes pétrolières. Mais aussi imposer, via les Nations Unies, de façon concertée et multilatérale, des droits pour les populations locales minoritaires dont la situation précaire alimente le conflit. Quant aux gouvernements qui ne respectent pas les droits humains, les sanctions doivent s’inscrire là aussi dans le cadre légal international.

Un cadavre sur le lieu d’une fusillade, à Paris, le 13 novembre 2015

A cet égard, relevons que François Hollande a préconisé, lundi 16 novembre 2015, comme Barack Obama, la veille, lors du sommet du G20, la création d’une grande coalition contre Daech incluant la Russie. Les événements de ce week-end auront finalement obligé la France à reconsidérer sa position obstinée vis-à-vis de la Syrie. Si le gouvernement français ne veut toujours pas de Bachar al-Assad, il a reconnu qu’il ne pouvait continuer de le mettre sur un pied d’égalité avec l’EI. Ce qui ouvre désormais la possibilité d’un mandat onusien en Syrie dans le cadre du Conseil de sécurité.

Et sur le plan intérieur ? Le président Hollande entend augmenter massivement les moyens de la police, de la gendarmerie, de la justice et des douanes, prolonger l’état d’urgence et déchoir de leur nationalité les personnes condamnées pour terrorisme. Rien, en revanche, pour favoriser le vivre-ensemble et l’inclusion sociale de jeunes qui, marginalisés et discriminés, ne se reconnaissent pas dans leur pays et sont susceptibles de répondre aux sirènes du djihadisme. Depuis janvier 2015, on n’a jamais autant parlé de l’importance de défendre les valeurs des Lumières qui fondent nos démocraties et le vivre-ensemble. Et jamais pourtant on aura tant négligé les moyens nécessaires à leur matérialisation.

Christiane PASTEUR

Des policiers autour d’un suspect ultérieurement relâché, à Paris, le 13 novembre 2015

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