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mondialisation, 19 novembre 2015

Etats-Unis : Suite aux attentats de Paris on bat le tambour pour l’escalade militaire et la répression intérieure

par Bill VAN AUKEN


Des policiers pendant une opération antiterroriste, à Saint-Denis, en France, le 18 novembre 2015

A la suite des terribles attaques terroristes ayant coûté à Paris la vie à 129 civils innocents, les réactions venues de l’establishment politique et des médias américains ont été aussi prévisibles que réactionnaires. Attisant les désirs de vengeance et exploitant le choc causé par les attentats revendiqués par l’Etat Islamique (EI), politiciens, experts et médias montent un barrage de propagande pour une escalade de l’agression militaire à l’étranger et une répression d’Etat policier dans le pays.


Etats-Unis

Le directeur de la CIA, John Brennan, a été parmi les plus directs sur le front intérieur et a dit que les attentats de Paris devaient servir de « sonnette d’alarme ». Il a demandé une fin des « lamentations » sur l’espionnage par le gouvernement de toute la population des États-Unis et du monde, effectué au nom de la lutte contre le terrorisme.

John Brennan

Des critiques républicains du gouvernement Obama ont exigé une brusque escalade de l’intervention militaire américaine au Moyen-Orient, certains appelant à l’envoi d’une nouvelle force expéditionnaire américaine en Syrie. Mitt Romney, l’ancien candidat républicain à la présidence, a appelé, dans un article d’opinion paru dans le Washington Post dimanche 15 novembre 2015, à une « guerre contre l’EI ». Il y écrit que les Etats-Unis doivent « consacrer toutes les ressources nécessaires à une victoire –même des forces sur le terrain ». Dans une interview télévisée ultérieure, il a précisé que cela signifiait l’envoi de dizaines de milliers de soldats en Syrie.

Mitt Romney

Plus révélateur encore a été le comportement des médias à la conférence de presse de Barack Obama, lundi 16 novembre 2015, au sommet du G20 à Antalya, en Turquie, où le président américain a qualifié l’EI de « visage du mal » et déclaré que l’objectif de Washington était « d’affaiblir et finalement détruire cette organisation terroriste barbare ».

Barack Obama

Les correspondants des grands médias américains se sont levés l’un après l’autre pour aiguillonner le président pour qu’il annonce une politique militariste encore plus agressive.

CBS : « Une campagne de bombardement de plus d’un an en Irak et en Syrie n’a pas réussi à contenir l’ambition et la capacité de l’EI de lancer des attaques en Occident. Avez-vous sous-estimé leurs capacités ? Et allez-vous élargir les règles d’engagement des forces américaines pour entreprendre des actions plus agressives ? »

ABC, voulait savoir s’il allait « … répondre à [ses] critiques qui disent que [sa] réticence à entrer dans une autre guerre au Moyen-Orient, et [sa] préférence de la diplomatie sur l’utilisation de l’armée, rend les Etats-Unis plus faibles et enhardit nos ennemis ».

CNN : « Je pense que beaucoup d’Américains sont frustrés de voir que les États-Unis ont la plus formidable armée du monde … Je suppose que la question est, si vous voulez bien pardonner l’expression, pourquoi ne pouvons-nous pas buter ces salauds ? »

Le sens de ces questions est clair. Après plus de 14 ans d’une « guerre » des États-Unis « contre le terrorisme » qui a plongé l’ensemble du Moyen-Orient dans le chaos et le carnage, une partie importante de l’élite dirigeante américaine exige de plus en plus une éruption plus meurtrière encore de l’impérialisme américain.

Ce qui est délibérément occulté par cet élan de chauvinisme est que les attentats terroristes de Paris, et l’EI lui-même sont les produits directs de près d’une décennie et demie d’une intervention militaire américaine destinée à imposer l’hégémonie des États-Unis sur cette région riche en pétrole.

L’EI s’est développé comme un sous-produit de la guerre américaine d’agression, non provoquée, contre l’Irak et de sa stratégie ultérieure de diviser pour mieux régner en exacerbant les divisions sectaires dans ce pays. Suite au renversement de Saddam Hussein, un autocrate laïque, par le gouvernement Bush, le gouvernement Obama –en alliance avec la France– s’est embarqué dans une autre aventure militaire, la guerre US-OTAN de changement de régime en Libye. Les impérialistes y ont utilisés les milices islamistes alliées à l’EI et à Al-Qaïda comme forces par procuration au sol.

Ayant réussi à renverser et assassiner un deuxième chef d’Etat laïque, Mouammar Kadhafi, et laissé la Libye dans un état d’effondrement et de guerre civile permanente, le gouvernement Obama a décidé de répéter cette « réussite » en Syrie, où il a fomenté une guerre civile. Il s’est servi des mêmes organisations islamistes, renforcées par de vastes stocks d’armes en provenance de Libye et une armée de combattants étrangers acheminés depuis le Moyen-Orient, l’Europe et l’Asie centrale.

Maintenant que l’EI a réussi à s’emparer d’un tiers de l’Irak et d’environ la moitié de la Syrie, Washington prétend être engagé dans une « guerre » contre cette organisation islamiste. Ses principaux alliés dans cette entreprise sont l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, qui ont fourni l’inspiration religieuse et idéologique, les ressources financières et les armes qui ont permis à l’EI de réaliser ses avancées.

Si après une année de frappes aériennes, l’envoi de milliers de soldats américains en Irak et maintenant le déploiement d’unités des forces spéciales en Syrie, cette « guerre » n’a pratiquement rien fait pour réduire l’extension géographique ou les effectifs de l’EI, ce n’est pas un hasard. L’objectif principal de Washington reste le changement de régime en Syrie dans le cadre de sa stratégie plus large d’affaiblissement de l’influence de l’Iran, de la Russie et de la Chine dans la région et sa préparation de confrontations militaires bien plus dangereuses. Dans la mesure où l’EI se bat contre les troupes du gouvernement syrien, il demeure un allié des États-Unis.

Si Obama prétend avoir vu dans les événements de Paris le « visage du mal », il n’y a pas eu de tollé des États-Unis ou de leurs alliés quand l’EI menait des atrocités plus sanglantes encore contre les minorités religieuses syriennes et les populations soutenant le gouvernement de Bachar al-Assad. Pendant les quatre dernières années de guerre civile, le nombre moyen de décès quotidiens dans la population syrienne a dépassé le nombre de personnes tuées le 13 novembre 2015 à Paris.

Bachar el-Assad

En outre, les attentats de Paris ne sont que le dernier d’une suite d’attentats du groupe islamiste à l’étranger. Alors qu’ils spéculaient sur une responsabilité de l’EI dans la destruction d’un avion de ligne russe et la mort de 224 personnes, le 31 octobre 2015, les médias occidentaux, soucieux de voir Moscou humilié dans son intervention en Syrie, ont montré plus de mauvaise jubilation à peine dissimulée que d’indignation.

De même, le double attentat suicide de la semaine dernière qui a tué au moins 43 personnes dans une banlieue ouvrière du sud de Beyrouth a été rapporté par presque tous les médias américains comme l’attaque d’un « bastion du Hezbollah », suggérant que les victimes civiles innocentes l’avaient bien cherché à cause de l’appui du mouvement chiite au gouvernement Assad.

Le lieu d’un attentat, à Beyrouth, le 12 novembre 2015

Le terrorisme en soi n’est pas considéré comme un problème critique pour l’élite dirigeante américaine. Obama a dit à la conférence de presse en Turquie que ses « conseillers civils et militaires les plus proches » lui avaient dit que l’envoi de dizaines de milliers de soldats en Syrie n’en vaudrait pas la chandelle.

Le terrorisme, du point de vue de ces éléments du vaste appareil militaire et de renseignement des États-Unis, est une tactique utile lorsqu’il est dirigé contre les ennemis de Washington. Lorsqu’il frappe les Etats-Unis et ses alliés il fait simplement partie des frais généraux. Et on peut l’exploiter comme prétexte pour développer le militarisme et la répression de l’opposition politique.

Les « conseillers » d’Obama ont finalement bien d’autres projets. Il y a un peu plus d’une semaine, le secrétaire américain à la Défense, Ashton Carter, prononçait un discours affirmant que la Russie et la Chine, pas l’EI ou le terrorisme, étaient la principale menace pour les intérêts de Washington. Entraîné par sa crise insoluble et ses contradictions, l’impérialisme américain se prépare au plus grand acte de terreur de masse de l’histoire de l’humanité : une Troisième Guerre mondiale.

Bill VAN AUKEN

Ashton Carter

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