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Le Courrier, 24 novembre 2015

Argentina : Macri au révélateur des droits humains

par Sergio FERRARI


Vue de Buenos Aires

Moins de trois points d’avance ont suffi au candidat de l’opposition de droite, Mauricio Macri, pour remporter, dimanche 22 novembre 2015, l’élection présidentielle argentine. Le représentant du patronat de ce pays sud-américain devance le gouverneur de la province de Buenos Aires, Daniel Scioli, qui se présentait comme le continuateur de Cristina Fernández de Kirchner.


Argentina

Le scrutin met fin à douze ans de gouvernements du Front pour la victoire (FpV), marqués par une forte redistribution sociale de la richesse –avec de multiples programmes d’aide aux populations pauvres. Resteront aussi à l’actif de Nestor Kirchner et de Cristina Fernández le renforcement de l’unité latino-américaine et la lutte contre la spéculation financière internationale –notamment contre les « fonds vautour ».

Cristina Fernández

Les causes de la défaite du FpV sont multiples. Certaines découlent d’une forme d’arrogance dans la conduite des affaires publiques. D’autres sont liées aux attitudes complexes de la classe moyenne argentine qui, depuis une cinquantaine d’années, oscille cycliquement entre des positions progressistes radicales et des périodes réactionnaires, voire autoritaires. Sans sous-estimer, bien sûr, l’impact de la conjoncture de crise financière internationale, qui menace la prospérité de toutes les nations latino-américaines et affaiblit les dirigeants en place.

La victoire du très libéral Mauricio Macri anticipe et renforce ce processus d’affaiblissement des gouvernements progressistes latino-américains, au moment où le Venezuela affronte des élections législatives incertaines. Et alors que la présidente du Brésil, Dilma Rousseff, est l’objet d’attaques incessantes de la droite. En toile de fond, c’est l’avenir de l’intégration régionale et de l’UNASUR qui se joue, tant les projets des camps progressiste –qui cherche à bâtir un monde multipolaire– et néolibéral –aligné sur Washington– diffèrent dans ce domaine.

Dilma Rousseff

Si le printemps démocratique latino-américain débuté il y a quinze ans semble sérieusement menacé, l’avenir de l’exemplaire politique argentine des droits humains n’est pas moins préoccupant. La reconstruction de la mémoire collective, les jugements des responsables de la dictature et la réparation des victimes avaient eu le soutien déterminé des époux Kirchner.

Quatre jours avant le second tour, en divers lieux emblématiques –comme l’ex-camp de concentration de l’Ecole de mécanique de l’armée, aujourd’hui converti en Musée de la mémoire, la Casa Sere (autre centre de détention) ou la combative faculté des sciences humaines de Rosario–, sont apparus des graffitis menaçants : « Dès le 22 novembre se termine la sinécure (el curro) (1) des droits humains ». Comme le présage d’un retour vers le passé, où se combineraient à nouveau le frein du pouvoir aux procédures judiciaires et une chasse aux sorcières contre les associations telles que les Mères et les Grands-Mères de la place de Mai.

Le 10 décembre s’ouvrira une nouvelle étape. L’alliance Cambiemos (Changeons) de Mauricio Macri arrivera au gouvernement avec ses promesses de renouvellement, mais sans avoir jamais annoncé clairement la nature de celui-ci. Et sans grande marge de manœuvre parlementaire, car elle ne peut s’appuyer sur une majorité automatique de députés. D’ici aux prochaines élections législatives partielles, ses politiques internationale et de droits humains serviront de révélateurs quant aux vraies intentions du nouvel homme fort de Buenos Aires.

Sergio FERRARI

Mauricio Macri

Note :

(1) Un francophone aurait dit « le business des droits humains ».

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