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Le Courrier, 1er décembre 2015

Suisse : Le secteur social genevois est en crise

par Eric LECOULTRE


Manifestation de travailleurs sociaux à Genève

La grève du 10 novembre 2015 a été suivie par l’ensemble du personnel de la Fondation officielle de la jeunesse (FOJ). Si les dix-huit foyers pour jeunes en difficulté n’étaient évidemment pas vides –service minimum oblige–, tous les employés de cette institution subventionnée se sont déclarés solidaires du mouvement. Une mobilisation historique, certainement renouvelée mardi 2 décembre, qui traduit les fortes inquiétudes du secteur du social face aux coupes budgétaires annoncées. « Une bombe d’une telle violence ! Tout le monde se sent impliqué », explique Camille Cuvit, éducatrice en foyer.


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Pour la Fondation officielle de la jeunesse, qui gère des foyers et d’autres services destinés à plus de six cents enfants (de 0 à 18 ans), une coupe de 5 % aurait de graves conséquences : « Cela représente environ douze postes en moins (sur quatre cents, ndlr), soit l’équivalent d’un foyer supprimé. Que fait-on des jeunes ensuite ? » s’interroge Vincent Bircher, du Point Rencontre. Aujourd’hui, les places dans les structures manquent déjà. Pour les employés de la Fondation officielle de la jeunesse, le travail de réhabilitation des mineurs en difficulté est compromis. « Nous tentons toujours d’éviter que des jeunes suivent un parcours "institutionnel", en grandissant de foyer en foyer. Mais nous manquons de temps pour effectuer un vrai travail d’accompagnement, en vue de les réintégrer dans leur famille ».

Alexandre travaille dans un foyer d’urgence pour bébés, censé les accueillir durant moins de trois mois. « Mais faute de places dans d’autres structures plus adaptées, certains restent entre douze et dix-huit mois, et peuvent développer des troubles de l’attachement », déplore-t-il. Si les effectifs diminuaient, le nombre de visites des parents devrait également être réduit. Pour Alexandre, donner les moyens au travail social n’est pas une question budgétaire, « mais une obligation éthique » : « Derrière les chiffres, il y a des personnes. Faire des économies dans ce domaine est un mauvais calcul ». Les effectifs actuels, « limités au stricte nécessaire », ne permettent pas non plus de gérer sereinement des cas d’urgence.

A la Fondation officielle de la jeunesse, la tension est devenue quotidienne. La structure Point Rencontre, par exemple, permet notamment des réunions entres parents en conflit, grâce à la médiation d’employés formés. Mais la structure fait face à une liste d’attente et des rencontres sont parfois organisées dans des foyers, en l’absence de spécialistes. « Ils n’ont ni les infrastructures ni la formation pour le faire. Un accident grave, comme un enlèvement, n’est plus à exclure », s’inquiète Vincent Bircher.

Si les prestations sont difficilement assurées, les conséquences sur les conditions de travail des employés sont nombreuses. Camille Cuvit explique travailler régulièrement plus de vingt-quatre heures de suite, parfois deux fois par semaine. Dans certains foyers, on ne parvient pas à aligner deux jours de congé. Des employés appelés à remplacer leurs collègues ne peuvent pas prendre leurs semaines de récupération.

La réalité des employés de la Fondation officielle de la jeunesse concerne également les autres institutions du travail social à Genève, étatiques ou subventionnées (environ 4500 emplois). Lundi 30 novembre 2015, l’ensemble de la profession a témoigné, devant la presse, de la situation alarmante qu’elle rencontre. « Nous sommes le parent pauvre de l’Etat », a déclaré Thomas Vaccheta, du Service de la protection des mineurs (SPMI). « Composés de plusieurs structures, nous avons de la peine à nous faire entendre ». La mobilisation devient désormais collective, face à un constat identique : l’incapacité à remplir sa mission en faveur de la cohésion sociale. Dans certaines structures, le nombre de dossiers à traiter par employé ne cesse d’augmenter et empêche un traitement de qualité, qui requiert du temps.

Thomas Vaccheta

La grève est cependant vécue comme un crève-cœur. « Nous sommes déchirés entre notre envie d’améliorer les choses, et notre engagement moral et quotidien pour venir en aide aux personnes les plus défavorisées », explique une représentante du personnel de l’Hospice général [service social du canton de Genève]. Pour beaucoup, le retard pris lors de cette grève devra être rattrapé, très souvent grâce à des heures supplémentaires.

Eric LECOULTRE

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