retour article original

lundi 16 janvier 2017
Vous êtes ici Accueil Informations internationales Europe Suisse
5 décembre 2015

Suisse : Condamnation délirante d’Eric Stauffer

par Frank BRUNNER


Vue de la rue des Pâquis, à Genève

La Tribune de Genève du 5 décembre 2015 rapporte, dans un style complaisant, la condamnation du député genevois Eric Stauffer, reconnu coupable d’infraction à la loi fédérale sur les stupéfiants à la suite d’un non-événement.


Suisse

« En 2013 », rappelle la Tribune de Genève, « pour démontrer à quel point il était facile de se procurer de la drogue aux Pâquis [un quartier de Genève], il avait procédé, avec un jeune sympathisant MCG [son parti politique], à l’achat de deux boulettes de cocaïne dans ce quartier. La police avait été appelée immédiatement et la drogue lui avait été remise. L’opération avait été filmée et mise en ligne sur le site du parti afin de montrer les lacunes de la lutte contre le trafic de stupéfiants et le danger qu’il faisait courir à la jeunesse ».

A la suite de ce non-événement, le procureur général, Olivier Jornot, qui ferme les yeux sur les activités d’agents israéliens à Genève et pousse la complaisance jusqu’à se faire photographier dans leurs locaux, a rendu, à l’encontre d’Eric Stauffer et de son jeune sympathisant, une ordonnance de condamnation à 45 jours-amende avec sursis (à 230 francs le jour). C’est cette condamnation qu’a confirmé le Tribunal de police sur la base d’une argumentation ahurissante.

Olivier Jornot

« Dans son arrêt de 17 pages », rapporte la Tribune de Genève, « le tribunal admet que « les prévenus n’ont effectivement pas eu pour intention ni de revendre, ni de consommer, la cocaïne achetée ». En réalité, il est clair que leur démonstration poursuivait un intérêt public. A vrai dire, implicitement, elle critiquait la politique du procureur général à l’égard des dealers de cocaïne. C’est là probablement le véritable « crime » d’Eric Stauffer et de son jeune sympathisant.

Afin de créer un psychodrame à partir de ce non-événement, le tribunal en est réduit à se lancer dans une série d’élucubrations à propos de ce qui aurait pu hypothétiquement se produire le jour de l’achat de la cocaïne : « La question du risque encouru entre la transaction et le rapatriement de la boulette est plus problématique », poursuit la juge, selon la Tribune de Genève. « En effet, même s’il apparaît que le temps écoulé est de quelques minutes, le tribunal constate que cette opération a été organisée au pied levé, sans préparation et sans réflexion sur sa légalité ». Pour Isabelle Cuendet, la présidente du Tribunal de police, « il existait un risque, même faible, que la drogue finisse dans les mains d’un tiers ». « Une personne aurait pu intervenir et la transaction donner lieu à une bagarre généralisée », précise la Tribune de Genève. « La sécurisation des boulettes de cocaïne paraît ainsi pour le moins hasardeuse ». « En outre », ajoute la Tribune de Genève, « les 200 francs donnés par Eric Stauffer au dealer, n’ont jamais été retrouvés. La somme a ainsi été « volontairement introduite » dans le trafic de stupéfiants, considère le tribunal ».

Eric Stauffer

Pour se faire une idée du raisonnement de la juge, imaginons qu’en pleine nuit un quidam traverse une rue déserte en dehors du passage pour piétons. Aucun tort n’a été causé à quiconque. C’est un non-événement. Néanmoins, on condamne le piéton parce qu’hypothétiquement une peau de banane aurait pu se trouver sur la chaussée. Hypothétiquement, le quidam aurait pu glisser sur la peau de banane et chuter au milieu de la chaussée. Hypothétiquement, un véhicule aurait pu surgir à ce moment-là. Hypothétiquement, afin d’éviter le quidam, l’automobiliste aurait pu emboutir un véhicule garé le long du trottoir. Hypothétiquement, le véhicule embouti aurait pu appartenir à l’ambassadeur russe. Hypothétiquement, les Russes (dont chacun sait qu’ils sont très méchants) auraient pu saisir ce prétexte pour envahir l’Europe et déferler jusqu’en Genève en bombardant tout sur leur passage. Il en résulte que le piéton doit être condamné pour provocation à la guerre et intelligence avec l’ennemi. Le fait qu’il n’ait pas conscience de la gravité de son acte est une circonstance aggravante justifiant une condamnation particulièrement sévère.

Reste à savoir si les magistrats genevois sont nés idiots ou s’ils suivent un entraînement intensif.

Frank BRUNNER

AUTEURS 

  • Frank BRUNNER

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source