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mercredi 7 décembre 2016
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7 décembre 2015

Informations internationales : Lettre de Sayed Ali Khamenei à la jeunesse des pays occidentaux

par Ali KHAMENEI


Le cadavre d’une victime d’une fusillade, à Paris, en France, le 13 novembre 2015

Les événements tragiques qui se sont produits en France du fait du terrorisme aveugle me poussent une fois encore à m’adresser à vous, les jeunes gens. Il est déplorable que ce soit de tels événements qui constituent le cadre de nos échanges, mais la vérité est que si de telles questions douloureuses ne nous amènent pas à rechercher des solutions, à interagir et à nous interroger mutuellement, les dommages causés en seront décuplés.


Evacuation d’une victime d’une fusillade, à Paris, en France, le 13 novembre 2015

La souffrance de tout individu, où que ce soit dans le monde, est une source de tristesse pour tous ses semblables du genre humain. La vue d’un enfant qui perd la vie sous les yeux de ses proches, d’une mère dont la joie que sa famille lui faisait éprouver se transforme en deuil, d’un époux qui transporte précipitamment le corps agonisant de son épouse en espérant vainement quelque secours ou d’un spectateur qui ne sait pas qu’il est en train de vivre les derniers moments de sa vie –ce sont là des scènes qui suscitent des émotions et sentiments violents chez tout être humain. Quiconque possède un minimum de compassion et d’humanité ne peut manquer d’être ému et attristé face à de telles scènes, qu’elles se produisent en France, en Palestine, en Irak, au Liban ou en Syrie.

Le lieu d’un attentat, à Beyrouth, au Liban, le 12 novembre 2015

Il est évident que les un milliard et demi de musulmans du monde partagent eux aussi ces sentiments et éprouvent de la révolte et de l’aversion face aux auteurs et aux responsables de ces crimes odieux. Cependant, si les souffrances d’aujourd’hui ne nous servent pas à construire un avenir meilleur et plus sûr, elles ne deviendront que de simples souvenirs amers et stériles. Je pense sincèrement que seuls vous, les jeunes, en tirant les leçons des événements douloureux de ces derniers jours, avez la capacité de découvrir de nouvelles voies pour construire l’avenir, et de faire obstacle à la voie néfaste qui a conduit l’Occident à l’impasse dans laquelle il se trouve.

Il est vrai qu’aujourd’hui, le terrorisme est un mal qui nous touche tous, mais il faut pourtant que vous sachiez que l’insécurité et la tension que vous avez expérimentées durant ces récents événements comportent deux différences essentielles par rapport aux souffrances endurées par les peuples d’Irak, du Yémen, de Syrie et d’Afghanistan depuis de nombreuses années. La première différence est que le monde islamique a été victime de la terreur et de la cruauté dans une plus large mesure sur le plan territorial, de manière plus intense sur le plan de la quantité et pour une période bien plus longue sur le plan de la durée. Et deuxièmement, que ces violences sont malheureusement soutenues par certaines grandes puissances du monde à travers des méthodes diverses et redoutablement efficaces.

Le lieu d’un attentat, à Kaboul, en Afghanistan, le 7 août 2015

Aujourd’hui, plus personne n’ignore le rôle des États-Unis dans la création, le renforcement et l’armement d’Al-Qaïda, des Talibans et de leurs sinistres successeurs. En plus de ce soutien direct, les pays notoires qui assistent ouvertement le terrorisme takfiri restent les principaux alliés de l’Occident malgré leurs régimes politiques qui comptent parmi les plus arriérés au monde, tandis que les démocraties les plus avancées, les plus éclairées et les plus dynamiques de la région sont impitoyablement assaillies. L’attitude teintée de préjugés de l’Occident face au mouvement d’éveil au sein du monde islamique est un exemple significatif des contradictions des politiques occidentales.

Un autre exemple de ces contradictions est le soutien inconditionnel au terrorisme d’Etat d’Israël. Cela fait maintenant plus de soixante ans que le peuple opprimé de Palestine subit les pires actes de terrorisme. Si, depuis quelques jours, les Européens se sont réfugiés dans leurs maisons et évitent de fréquenter les lieux publics, depuis des dizaines d’années, les familles palestiniennes ne sont pas en sécurité même dans leurs propres maisons face à la machine de mort et de destruction du régime sioniste. Actuellement, quelle cruauté est comparable aux constructions de colonies par le régime sioniste ?

Un Palestinien dans les ruines d’une maison détruite par les Israéliens, à Naplouse, en Cisjordanie, le 14 novembre 2015

Tous les jours, et sans jamais être condamné de façon sérieuse et efficace par ses influents alliés, ni même par les organisations internationales prétendument indépendantes, ce régime continue de détruire les maisons des Palestiniens, leurs champs et leurs vergers. Ces destructions sont perpétrées sans même leur permettre de rassembler leurs biens ou leurs produits agricoles, et tout cela se déroule généralement devant les yeux terrorisés et embués de larmes des femmes et des enfants, qui voient les membres de leur famille se faire frapper sauvagement, et dans certains cas les voient trainés vers d’horribles salles de torture. Dans le monde d’aujourd’hui, avez-vous connaissance d’une cruauté comparable en étendue, en intensité et en durée ?

Un Palestinien contemple les décombres d’une maison détruite par les Israéliens, à Qalandiya, en Cisjordanie, le 16 novembre 2015

Si abattre une femme au milieu de la rue pour le seul crime d’avoir protesté face à un soldat armé jusqu’aux dents n’est pas du terrorisme, alors qu’est-ce qui pourrait bien être qualifié de terrorisme ? Cette barbarie ne devrait pas être appelée « extrémisme » pour la seule raison qu’elle serait commise par la force militaire d’un gouvernement occupant ? Ou peut-être que ces images ayant été diffusées quotidiennement sur nos écrans de télévision depuis soixante ans, elles ne devraient plus remuer nos consciences ?

Les funéraille d’Ibrahim Daoud, abattu par un soldat israélien, à Ramallah, en Cisjordanie, le 26 novembre 2015

Les invasions militaires contre le monde islamique ces dernières années, qui ont causé d’innombrables victimes, sont un autre exemple de la logique contradictoire de l’Occident. Les pays agressés, en plus des pertes humaines subies, ont vu leurs infrastructures économiques et industrielles détruites, leur mouvement vers le progrès et le développement arrêté ou ralenti, et dans certains cas, ils ont été renvoyés des dizaines d’années en arrière. Malgré tout cela, on leur demande insolemment de ne pas se considérer comme des opprimés. Comment peut-on réduire un pays en ruines, anéantir ses villes et ses villages, puis demander à ses habitants de bien vouloir ne pas se considérer comme des opprimés ? Au lieu d’encourager les gens à l’ignorance et à négliger ces catastrophes, des excuses sincères ne seraient-elles pas plus appropriées ? Les souffrances qui ont été infligées au monde islamique durant toutes ces années par l’hypocrisie et la duplicité des agresseurs ne sont pas moindres que celles qu’ont causées les dommages matériels.

Le lieu d’un bombardement saoudien, près de Sanaa, au Yemen, le 30 mai 2015

Chère jeunesse ! J’ai l’espoir que vous pourrez changer, dès à présent ou dans l’avenir, cette mentalité imprégnée d’hypocrisie, dont l’art le plus abouti consiste à dissimuler des objectifs à long terme et d’embellir des buts malfaisants. D’après moi, la première étape pour l’instauration de la sécurité et de la paix est la réforme de cette mentalité qui n’engendre que la violence. Tant que des doubles standards guideront la politique occidentale, tant que le terrorisme sera divisé, aux yeux de ses puissants protecteurs, en « bon » et « mauvais » terrorisme, et tant que les intérêts des gouvernements prévaudront sur les valeurs humaines et morales, il ne faudra pas chercher ailleurs que dans ces principes néfastes les racines de la violence.

Malheureusement, ces racines se sont profondément établies dans les politiques culturelles de l’Occident au cours de longues années, provoquant une invasion feutrée et silencieuse. Beaucoup de pays dans le monde sont fiers de leurs cultures nationales et locales, cultures qui en se développant et en se régénérant ont fortement nourri les communautés humaines durant des siècles. Le monde islamique ne fait pas exception. Cependant, à l’ère actuelle, le monde occidental s’efforce fébrilement de cloner et de dupliquer sa propre culture à l’échelle mondiale, recourant pour ce faire à des outils sophistiqués. Je considère l’imposition de la culture occidentale aux autres peuples et la dévalorisation de cultures indépendantes comme une forme de violence silencieuse et extrêmement néfaste.

L’humiliation de cultures riches et l’offense à leurs caractéristiques les plus respectées se produisent couramment, alors que la culture alternative qui est proposée en guise de remplacement n’a pas la moindre qualification qui puisse lui faire prétendre à ce titre. Par d’exemple, les deux éléments d’« agression » et de « corruption des mœurs », qui sont malheureusement devenues les principaux éléments de la culture occidentale, ont causé une dégradation du statut et de l’admissibilité de leurs pays d’origine eux-mêmes.

Maintenant, la question est celle-ci : est-ce un « péché » que de ne pas vouloir de cette culture agressive, vulgaire et imbécile ? Sommes-nous coupables, si nous essayons de faire barrage au torrent d’inconvenance qui, sous diverses formes pseudo-artistiques, tente d’emporter notre jeunesse ? Je ne nie évidemment pas l’importance et la valeur des liens interculturels. Chaque fois qu’ils se forment dans des conditions normales et respectueuses de la société réceptrice, ces liens entrainent du progrès, de l’épanouissement et de la richesse. Par contre, les interactions imposées sans harmonie sont infructueuses et nocives.

Manifestation de femen à Milan, en Italie, en octobre 2015

Il nous faut reconnaitre avec regret que des groupes infâmes comme Daech sont la progéniture issue de telles rencontres néfastes avec des cultures importées de l’extérieur. Si la question était simplement d’ordre théologique, de tels phénomènes auraient dû exister avant l’époque coloniale, alors que l’Histoire montre le contraire. Les archives historiques les plus fiables montrent clairement comment la confluence entre le colonialisme et une idéologie extrémiste et rejetée [le wahhabisme] au sein d’une tribu bédouine [les Saoud] a semé le grain de l’extrémisme dans la région. Sinon, comment serait-il possible qu’une immondice comme Daech puisse naître de l’une des écoles religieuses les plus morales et les plus humanitaires au monde qui, dans son texte fondateur, considère l’assassinat d’un être humain comme équivalent à l’assassinat de toute l’humanité ?

Abd al-Aziz ibn Saoud, premier souverain de la dynastie saoudienne

D’autre part, il faut se demander pourquoi des individus qui sont nés en Europe et qui ont été élevés dans cet environnement intellectuel et moral peuvent être attirés par de tels groupes. Peut-on vraiment croire qu’après un ou deux voyages dans les zones de combat, des gens deviennent tout à coup de tels extrémistes qu’ils peuvent cribler leurs concitoyens de balles ? Sur cette question, il ne faut certainement pas oublier les effets d’une vie menée dans une culture pathologique et dans un environnement malsain engendré par la violence. Il faut en faire une analyse complète qui révèle les aspects corrupteurs manifestes et latents de la société. Peut-être qu’au cours des années de croissance économique et industrielle, une haine profonde a pu naitre dans le cœur de certaines couches sociales du fait des inégalités et éventuellement des injustices légales et structurelles de ces sociétés, et ait formé certains complexes qui, de temps à autre, se manifestent brutalement de cette manière horrible.

Des graffitis sur une mosquée en France

Quoi qu’il en soit, c’est vous qui devez découvrir les réalités de votre propre société, et identifier et démêler les problèmes et les rancœurs. Les plaies doivent être guéries et non rouvertes. Les réactions hâtives sont une erreur fatale dans la lutte contre le terrorisme, élargissant les fossés existants. Tout acte hâtif et émotionnel qui isolerait, intimiderait ou angoisserait les communautés musulmanes d’Europe et d’Amérique, composées de millions de personnes actives et responsables, et qui les priverait plus encore de leurs droits fondamentaux et les écarterait de la société, non seulement ne résoudrait en rien les problèmes, mais les aggraverait et amplifierait les tensions et les rancœurs. Des mesures superficielles d’apparat et d’urgence, surtout si elles prennent une forme légale, n’auront d’autre résultat que de creuser les polarisations actuelles et d’ouvrir la voie à de nouvelles crises.

Selon les informations que j’ai reçues, certains pays européens ont issu des directives qui encouragent les citoyens à espionner les musulmans. Cette attitude est oppressive, et nous savons bien que la pente de l’injustice peut frapper quiconque de manière imprévue. De plus, les musulmans ne méritent pas d’être traités de la sorte. Depuis des siècles, le monde occidental connaît bien les musulmans –depuis le jour où les Occidentaux ont été accueillis sur les territoires islamiques et ont été attirés par les richesses de leurs hôtes, et le jour où ils ont eux-mêmes accueilli les musulmans et ont bénéficié de leurs connaissances et de leurs idées, ils n’ont généralement expérimenté que la bonté et la tolérance.

C’est pourquoi je vous demande, chère jeunesse, de bâtir les fondements d’une relation cordiale et juste avec le monde islamique, sur la base d’une compréhension appropriée, d’une connaissance profonde et des leçons tirées des expériences tragiques. Alors, vous verriez dans un avenir proche que cet édifice bâti sur des fondations si solides apportera une atmosphère de confiance à ses architectes, leur lèguera la chaleur de la sécurité et de la paix et leur ouvrira des perspectives prometteuses pour un avenir brillant dans le monde entier.

Ali KHAMENEI Traduction : Salah Lamrani http://sayed7asan.blogspot.fr/

Source : http://english.khamenei.ir/news/2681/Today-terrorism-is-our-common-worry

Un camp de réfugiés syriens près de Mafraq, en Jordanie, en juillet 2013

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source