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Le Courrier, 8 décembre 2015

Venezuela : Sévère défaite pour Nicolás Maduro

par Benito PEREZ


Une femme enceinte est examinée par une doctoresse cubaine, à Caracas, le 17 novembre 2009

Les Vénézuéliens ont sanctionné le successeur d’Hugo Chávez, jugé responsable de la crise économique. La forte majorité de droite va lui rendre la vie difficile, voire impossible.


Venezuela

Après dix-sept ans de pouvoir sans partage, le bolivarisme a connu, dimanche 6 décembre 2015, son premier échec. Et quelle défaite ! La Table de l’unité démocratique (MUD) a obtenu au moins 99 sièges sur les 167 que compte le parlement, contre 46 au Parti socialiste unifié (PSUV). Lundi 7 décembre au soir, vingt-deux sièges devaient encore être attribués. Le président, Nicolás Maduro, a admis sa défaite dès la présentation des premiers résultats du Conseil national électoral (CNE). « De notre côté, nous avons toujours démontré notre engagement à jouer proprement et à reconnaître les résultats », a-t-il dit, envoyant une pique à ses opposants.

La victoire de la MUD, large coalition antichaviste dominée par la droite, était attendue. Mais son ampleur en termes de sièges a surpris. Le découpage électoral qu’on annonçait favorable au PSUV a en réalité démultiplié le nombre d’élus de l’opposition, le « chavisme » résistant bien mieux dans le scrutin proportionnel (27 élus de la MUD contre 22 socialistes) que dans les oppositions nominales (72 contre 24). Concrètement, le PSUV et ses alliés ne remportent que cinq régions sur vingt-cinq alors qu’ils obtiendraient quand même 42 % des voix. A noter la participation record de 74,25 %, en hausse de huit points par rapport à 2010, ainsi que la satisfaction des observateurs internationaux devant le bon déroulement du scrutin.

Des enfants jouent à Caribia City, le 27 août 2011

Malgré le caractère présidentialiste du système vénézuélien, le raz-de-marée parlementaire de la MUD aura de lourdes conséquences. La droite, qui dirigera la nouvelle chambre dès le 5 janvier et pour cinq ans, devrait disposer au minimum de la majorité qualifiée des 3/5 et pourra donc non seulement élaborer des lois mais aussi révoquer des ministres, le vice-président et des membres du Conseil national électoral.

A l’heure où mettions sous presse, il n’était pas encore clair si la majorité des deux tiers (112 députés) allait être atteinte –comme le prétendait, lundi 7 décembre 2015 au soir, la MUD. Si tel devait être le cas, la droite pourrait engager une réforme constitutionnelle ou des modifications des lois organiques (toutes deux soumises à votation populaire), de même qu’elle aurait la main sur la composition du Tribunal suprême.

Malgré cette situation, Nicolás Maduro s’est voulu magnanime, appelant ses fidèles à « reconnaître les résultats en paix » et à « réviser les processus politiques de la révolution pour les rendre plus efficaces ». Estimant que le bolivarisme avait reçu une « baffe qui réveille », le président s’est montré autocritique, estimant impossible de réaliser le socialisme sans produire davantage de richesses. Plus classiquement, il a tout de même estimé que la défaite du bolivarisme était d’abord la « conséquence d’une guerre économique brutale ».

Du côté des vainqueurs, le regard était davantage porté vers l’avenir, puisque la MUD envisage de faire adopter dès le premier semestre 2016 un plan de libéralisation de l’économie et une amnistie pour ceux qu’elle considère comme des « prisonniers politiques ». Lundi 7 décembre 2015 déjà, la Fedecameras, l’association patronale, réclamait des nouveaux députés la suppression de la « loi des prix justes », soit la fixation étatique des prix pour certaines denrées de base. La loi sur le travail, extrêmement progressiste, datant de l’ère Chávez, est aussi dans le collimateur des patrons.

Pour nombre d’observateurs, la question est désormais de savoir si la majorité parlementaire et le président vont tenter de s’entendre, en attendant un éventuel référendum révocatoire du président, possible dès l’automne prochain. Avant même le scrutin, des voix issues du camp bolivarien évoquaient la possibilité d’un gouvernement d’union nationale. La diversité extrême de la MUD, mais aussi les diverses sensibilités du chavisme, pourraient également permettre une recomposition politique. Mais le scénario d’une confrontation radicale au sein des institutions recueille aussi des suffrages, avec un parlement et un exécutif se livrant à une guerre institutionnelle sans merci. Au risque de provoquer un blocage de l’Etat et de déchaîner des violences incontrôlables dans un des pays parmi les plus armés d’Amérique latine.

Benito PEREZ

Nicolas Maduro à Caracas, le 14 avril 2013

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