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AFP, 13 décembre 2015

Haïti : Plus de 200000 enfants exploités comme domestiques


D’anciennes domestiques sont asisses à une table du Centre d’Appui au Développement de Croix-des-Bouquets, en janvier 2010

Plus de 200000 enfants haïtiens âgés de moins de 15 ans, séparés de leurs parents biologiques, travaillent dans des conditions inacceptables révèle une étude menée par une vingtaine d’organisations nationales et internationales sous la direction du ministère des Affaires sociales.


Haïti

« Ce chiffre de 207000 enfants est insupportable », affirme Ariel Henry. « C’est une problématique complexe qui fait appel à des habitudes culturelles et changer les mentalités ne se fait pas à coup de décret », a reconnu, vendredi 11 décembre 2015, le ministre haïtien des Affaires sociales et du Travail.

Ariel Henry

Le phénomène des enfants en domesticité, les « restaveks » (mot créole qualifiant ces jeunes « qui restent avec » une famille autre que la leur), est une solidarité traditionnelle en Haïti où les parents les plus pauvres, majoritairement vivant en zone rurale, placent leurs enfants chez un proche ou un tiers dans l’espoir qu’ils aient de meilleures conditions de vie et notamment accès à l’éducation. Ainsi, un enfant haïtien sur quatre ne vit pas avec ses parents biologiques. Si beaucoup de jeunes bénéficient réellement d’un meilleur environnement de vie, trop se retrouvent abusés, devenus domestiques du foyer d’accueil dans des conditions analogues à l’esclavage.

Une restavek prépare le repas

Les conventions internationales et le droit haïtien fixent à 15 ans l’âge minimum d’accès à l’emploi et à 14 heures hebdomadaires la limite acceptable qu’un enfant passe à effectuer des tâches ménagères dans son foyer. Mais l’étude publiée vendredi 11 décembre 2015 montre que parmi les 207000 mineurs exploités (âgés de moins de 15 ans et travaillant plus de 14 heures par semaine), 24 % travaillent même parfois la nuit.

Une restavek fait le ménage

Au-delà des peines physiques et de la charge de travail empêchant l’enfant de suivre sa scolarité, les autorités et partenaires internationaux s’inquiètent des souffrances psychologiques vécues par ces enfants. « Les violations des droits de l’enfant arrivent avant même que l’enfant ne commence à travailler », explique Inah Kaloga, responsable de la protection de l’enfance à l’UNICEF. « La séparation est un premier choc qui est suivi d’un deuxième qui est la différence de traitement avec les enfants de la famille d’accueil. Et la situation peut se détériorer avec des brimades et des châtiments corporels », s’alarme-t-elle.

Inah Kaloga

Faire condamner ces abus est le crédo de la directrice de l’Institut du bien-être social et de recherches (IBESR), l’administration nationale en charge de la protection de l’enfance. « Ces enfants sont exploités par des citoyens haïtiens qui ont l’impression d’aider », s’insurge Arielle Jeanty Villedrouin. « Nous devons tous nous révolter, car c’est une perte non seulement pour l’enfant mais pour la société tout entière », affirme la directrice de l’IBESR. L’éradication du travail des enfants est un défi de taille pour Haïti car près de 60 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, avec moins de 2,44 dollars par jour.

Agence France Presse

Arielle Jeanty Villedrouin

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éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source