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samedi 3 décembre 2016
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sputniknews, 23 décembre 2015

Syria : Je regrette de faire partie de Daech


Vue d’Adiyaman, en Turquie

Attentats, trafic de pétrole, Daech ne suscite déjà plus que de l’agacement. Mais comment se sent-on de se retrouver au cœur de cette activité ? Mahmut Gazi Tatar, djihadiste d’origine turque, partage son expérience dans un entretien exclusif accordé à Sputnik.


Syria

Mahmut Gazi Tatar, âgé de 24 ans, est Kurde d’origine et vient d’une famille simple, croyante. En Turquie, dans la ville d’Adiyaman, Mahmut travaillait dans un camp pour les réfugiés et là il a fait la connaissance d’un certain Ahmet K., lui aussi né à Adiyaman, Ahmet l’a familiarisé avec l’islam. Par la suite, Mahmut a fréquenté des soi-disant cours de croyance musulmane et a pratiqué la lecture du Coran chez sa nouvelle connaissance. Puis, Ahmet lui a proposé de se rendre en Syrie et de rejoindre Daech.

Mahmut Gazi Tatar

Quelques jours plus tard, Mahmut, accompagné de 17 hommes, a franchi la frontière. Ces 17 hommes d’âges divers entendaient tous se retrouver dans les rangs de Daech. Arrivés sur le sol syrien, ils ont été accueillis par Abou Bakr. Les nouvelles recrues se sont installées dans un village à un kilomètre de la frontière et ont suivi un entraînement dans un camp spécial. Les leçons de religion faisaient également partie de leur emploi du temps. "Nous venions en cours séparément, nous ne rencontrions jamais d’autres membres en dehors de la salle de cours", raconte le djihadiste. "Ahmet K. nous disait que Daech est la seule organisation fidèle qui étend l’Etat islamique partout dans le monde, et que bientôt tous les pays se transformeront en un unique califat". "Lors de notre apprentissage, des Turcs venaient nous examiner. Ils n’avaient pas de barbe et n’appartenaient pas à Daech", poursuit-il.

Abou Bakr al-Baghdadi

Alors qu’ils suivaient son entraînement, les chefs djihadistes leur racontaient comment ils vendaient du pétrole à la Turquie. Selon eux, les revenus de la vente leur ont permis d’ignorer les difficultés financières. "Chaque jour, des camions-citernes étaient envoyés en Turquie avec du brut, du mazout et de l’essence. Le pétrole est la principale source de revenu de Daech, et les réserves dont il dispose dureront". La vente du brut à Ankara rapporte gros à Daech et est facilitée par de nombreux médiateurs, des commençants et des hommes d’affaires dont il a refusé d’indiqué les noms. Quant aux bombardements des Etats-Unis, les chefs islamistes n’y attachaient pas beaucoup d’attention. "Ils ont dit que cela est fait pour maintenir les apparences".

L’entraînement fini, les nouvelles recrues ont été envoyés en mission. "Notre groupe comprenait seulement des Turcs. Les noms étaient gardés secrets. Sur cette période, on nous a interdit de contacter nos familles. Seulement après j’ai parlé avec ma mère, elle m’a prié de revenir. Et j’ai commencé à pleurer. Daech ne permet à personne de voir sa famille au cours des premiers six mois dès que l’on a rejoint le groupe", explique Mahmut Gazi Tatar à Sputnik.

En juin 2015, les milices kurdes l’ont pris en otage. "Les Kurdes traitent bien les otages. Ils leur donnent à manger, à boire, même partagent des clopes !", se souvient l’interlocuteur de Sputnik. "Je croyais qu’on allait nous tuer, mais il s’est avéré que les Kurdes ne tuent pas leurs otages". "Je regrette de faire partie de Daech", avoue le terroriste. "Mais maintenant cela ne fait pas de différence. Si je suis échangé, les combattants me tueront car je les ai dénoncés. Si je reviens en Turquie, je me verrai incarcéré pour appartenance à Daech".

Les plus grandes quantités de nouvelles recrues qui rejoignent Daech viennent d’Arabie saoudite, de Tunisie, du Yémen, du Qatar, du Liban et d’Egypte. Ils franchissent la frontière turque, ce qui n’est pas difficile. Ce même chemin est emprunté par les terroristes venus d’Europe et des Etats-Unis.

sputniknews

Les ruines d’une maison bombardée, à Maaret al-Numan, le 21 décembre 2015

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