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Le Monde, 26 août 2004

République démocratique du Congo : Goma renoue avec la peur d’une nouvelle guerre civile

Goma, de notre envoyé spécial

par Arnaud ZAJTMAN


Des miliciens congolais à Bunia, en 2003

Dès la fin du jour, les rues de Goma se vident. Dans la ville de l’est de la République démocratique du Congo (RDC), frontalière du Rwanda, ne passent que des patrouilles silencieuses de soldats de l’ex-rébellion, le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD). La population, elle, se terre dans les maisons érigées sur la lave dure et noire, mal reconstruites après l’éruption de janvier 2002 qui a détruit une partie de la ville.

République démocratique du Congo


Contre quelle menace se préparent les hommes du RCD ? Les ex-rebelles, théoriquement, sont en paix depuis juin 2003, date de l’intégration de leur mouvement dans un gouvernement de transition, à Kinshasa, associant tous les anciens ennemis de la guerre qui a fait rage pendant cinq ans au Congo. Pour préparer des élections générales, prévues en 2005, les leaders du mouvement avaient quitté leurs villas cossues du bord du lac Kivu pour s’installer à Kinshasa, laissant leurs hommes dans leur fief de l’Est.

Scène de rue à Bunia, en 2003

Cet espoir de paix vacille depuis qu’en mai 2004 un groupe de ces soldats se baptisant "dissidents", commandés par le général Laurent Nkunda, ont pris brièvement Bukavu, à 100 kilomètres au sud, après des combats avec les forces loyalistes. Comme au début des deux premières guerres du Congo (1996-1997 et 1998-2003), cette rébellion a reçu, comme l’a montré une enquête des Nations Unies, le soutien du Rwanda voisin. Mais une forte réaction internationale a évité l’embrasement, bien que Laurent Nkunda refuse de rendre les armes.

Des rebelles congolais près de Bukavu, le 7 juin 2004

Climat tendu

Puis, vendredi 13 août, le massacre de 160 Banyamulenges, Tutsis congolais d’origine rwandaise, a rallumé les braises. Le RCD a accusé les troupes congolaises fidèles au président Joseph Kabila d’avoir participé aux tueries. Le 16 août 2004, Azarias Ruberwa, président du RCD, l’un des quatre vice-présidents congolais, lui-même banyamulenge, a réclamé l’"arrêt de la transition politique". Le lendemain, il se réinstallait à Goma avec des responsables de son mouvement.

Le camp de réfugiés de Gatumba, au Burundi, après le massacre du 13 août 2004

Même si certains membres du RCD ont, depuis, annoncé leur volonté de rester à Kinshasa, menaçant le mouvement de scission, ses chefs sont de retour dans l’Est, dans l’orbite du Rwanda. A Goma, Azarias Ruberwa affirme conditionner son retour au sein du gouvernement à une "évaluation" du processus de paix par l’Afrique du Sud, médiatrice dans la crise congolaise, tout en assurant qu’il fera "tout pour éviter une reprise de la guerre".

Azarias Ruberwa

A Goma, qui a connu, depuis dix ans, une longue suite d’épreuves, depuis l’arrivée de plus d’un million de réfugiés du Rwanda voisin à la fin du génocide, en 1994, deux guerres et une éruption volcanique, la population s’attend à voir éclater de nouveaux combats. Certains, comme Freddy Lufulunga, commerçant, se préparent à quitter la ville. "On ne sait ce que les rebelles ont programmé pour la suite. Nous avons peur", glisse-t-il avant de s’embarquer sur le lac Kivu, à destination de Bukavu, plus au sud, contrôlée par les troupes loyalistes.

Des habitants de Bunia fuient la ville, investie par des miliciens, en 2003

Dans un climat tendu, les chefs du RCD ont regagné leurs villas du bord du lac, où la quiétude, plusieurs fois par jour, n’est troublée que par le vrombissement des hélices des avions chargés de minerai congolais, à destination du Rwanda voisin. En ville, malgré les patrouilles, règne l’insécurité. "Tout le monde vit dans la peur, surtout les femmes", dénonce Immaculée Biraheka, qui dirige le PAIF (Promotion d’appui aux initiatives féminines), une organisation de défense des droits de la femme, "Presque chaque jour, des viols sont commis par des hommes en armes et en uniforme. La semaine dernière, deux fillettes de 11 ans ont été violées et tuées."

Un milicien congolais à Bunia, en 2003

Les habitants de la ville, sous couvert d’anonymat, accusent les hommes du général Nkunda de faire volontairement régner "la peur" pour garder Goma sous contrôle. Preuve de l’efficacité de ce calcul, les passants évitent soigneusement de s’approcher de la maison vide du général "dissident", non loin de la frontière rwandaise. Son propriétaire est installé avec ses hommes à Minova, une presqu’île du lac Kivu, au sud de Goma. Il serait, selon des témoignages, en train d’y déployer ses troupes.

Scène de rue à Goma

Pour lui aussi, les menaces ne manquent pas. A Bukavu, 100 kilomètres plus au sud, les troupes loyalistes sont sur le pied de guerre. C’est dans ce contexte que le président sud-africain, Thabo Mbeki, médiateur dans la crise, doit se rendre, le 30 août 2004, dans la capitale congolaise affolée par les rumeurs d’attaque, à la recherche d’une ultime solution pour éviter un nouvel embrasement du Congo.

Arnaud ZAJTMAN

Vue de Bukavu

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