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vendredi 2 décembre 2016
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rt.com, 3 janvier 2016

Saudi Arabia : Nimr Baqer al-Nimr


Nimr Baqer al-Nimr

Le chef religieux chiite Nimr Baqer al-Nimr, exécuté, samedi 2 janvier 2016, en Arabie saoudite, était un défenseur charismatique de la minorité chiite. Virulent critique de la dynastie sunnite au pouvoir, il était depuis plusieurs années dans leur ligne de mire.


Arabie saoudite

En 2011, alors en plein « printemps arabe », le Cheikh Nimr Baqer al-Nimr avait mené le mouvement de contestation dans l’est de l’Arabie saoudite, où se concentre la minorité chiite qui se plaint d’être marginalisée dans ce pays majoritairement sunnite. Agé de 56 ans et arborant une longue barbe grise, il avait fait des études de théologie en Iran. Considéré comme un « instigateur de l’insurrection », il a été arrêté le 8 juillet 2012 et blessé à la jambe en opposant « une résistance aux forces de sécurité ». Son arrestation avait déjà, à l’époque, déclenché des affrontements avec la police dans les villages chiites de l’est du royaume, riche en pétrole. Sa condamnation à mort pour « terrorisme », « sédition », « désobéissance au souverain » et « port d’armes » a été annoncée, le 15 octobre 2014, par un tribunal de Ryadh.

Selon son frère Mohammed al-Nimr, l’homme était « un homme religieux, humble, qui menait une vie simple, ce qui le rendait attractif auprès des jeunes ». Il a affirmé que son exécution « provoquerait la colère des jeunes » chiites en Arabie saoudite, appelant toutefois à des « manifestations pacifiques ». Selon lui, après le retour de son frère d’Iran, en 1994, Nimr al-Nimr était devenu un « faqih », juriste théologien de l’islam, et jouissait d’une « position spéciale et distinguée » auprès des chiites en Arabie saoudite. C’est dans la mosquée Imam Hussein, à Awamiya, son village natal, qu’il tenait ses prêches du vendredi, « très politiquement engagés », toujours selon son frère Mohammed. C’est également dans ce village chiite du royaume que les attaques et manifestations contre la police sont courantes.

Un véhicule des forces gouvernementales participant à une opération de répression à Awamiya, en septembre 2013

Il a par ailleurs été brièvement détenu à plusieurs reprises, entre 2003 et 2008, pour avoir réclamé la remise en liberté d’activistes, davantage de droits pour la communauté chiite, dont le droit des enseignants à exercer dans les écoles, selon son site officiel www.sknemer.com qui est géré par sa famille. Mais c’est en 2009 qu’il a commencé à sérieusement irriter les autorités, en appelant à une sécession de l’est de l’Arabie saoudite, une région majoritairement chiite et de sa fusion avec le royaume proche de Bahreïn.

Dans un discours, en novembre 2011, suite à la mort de quatre chiites dans la Province orientale, le cheikh Nimr avait appelé à « la remise en liberté de tous les détenus au cours de manifestations et de tous les prisonniers de conscience, sunnites et chiites ». Au cours des funérailles d’un des manifestants de l’époque, il avait assuré : « nous sommes déterminés à réclamer nos droits légitimes par des moyens pacifiques ». Mais en 2012, une vidéo circulant sur les réseaux sociaux montre Nimr se réjouissant de la mort du ministre de l’Intérieur de l’époque, le prince héritier Nayef. « Que les vers le mangent », disait-il, critiquant également les dynasties sunnites régnantes en Arabie saoudite et au Bahreïn où les autorités ont écrasé, en 2011, avec l’aide des troupes saoudiennes, un mouvement de protestation animé par la majorité chiite. Le fils de Nayef, Mohammad ben Nayef, est devenu prince héritier en 2015.

Mohammad ben Nayef

« Il est regrettable que le verdict (de sa mise à mort) prenne davantage des allures de vengeance personnelle », plutôt qu’elle ne soit basée sur une preuve criminelle, a affirmé à l’AFP le frère du leader chiite exécuté. Al Nimr « a prononcé des mots qui peuvent être durs, mais il était le porte-parole d’une opinion. Il aurait pu être tenu politiquement responsable », mais pas exécuté, a ajouté le frère.

L’épouse de Nimr étant décédée d’un cancer en 2012, il laisse orphelins un garçon et trois filles. Ses enfants font leurs études aux Etats-Unis à l’exception de sa plus jeune fille qui vit en Arabie saoudite. Son neveu, Ali al-Nimr, dont l’arrestation, alors qu’il était mineur, avait suscité de vives critiques des défenseurs des droits de l’Homme dans le monde, est actuellement emprisonné et condamné à mort.

Ali Mohammed al-Nimr

En Arabie saoudite, qui compte 28,5 millions d’habitants, 85 % à 90 % de la population est sunnite. 10 % à 15 % sont chiites. Ces derniers sont concentré en immense majorité dans la province d’Ach-Charqiya à l’extrême Est du pays, notamment dans la ville de Al-Qatif, d’où est natif le cheikh Nimr al-Nimr.

rt.com

Manifestation chiite à al-Qatif, le 11 mars 2011

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