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Le Courrier, 9 janvier 2015

France : La déchéance du socialisme

par Christiane PASTEUR


Perquisition administrative à Limoge

Un an déjà que se sont produites les attaques sanglantes contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher. Un an aussi que 4 millions de personnes, et accessoirement une cinquantaine de chefs d’Etat, défilaient dans les rues de Paris et des grandes villes françaises pour dire non à la terreur et réaffirmer les valeurs communes qui fondent nos démocraties : liberté d’expression, égalité entre les citoyens, justice, laïcité. Du jamais vu depuis la Libération.


France

Langage martial, mesures d’exception, volonté d’inscrire l’état d’urgence dans la Constitution, non-respect de la Convention européenne des droits de l’homme, projet de déchéance de la nationalité pour les binationaux, voire pour tous : un an aura suffi pour que ce formidable élan de fraternité se transforme en peur collective. Pour que le gouvernement socialiste, contre l’avis de bien de ses élus et militants, abdique sur ce qui, croyait-on, constituait un socle de valeurs inaliénables, comme le droit du sol. Et ces témoignages, de plus en plus nombreux, qui rendent compte de l’incroyable légèreté, doux euphémisme, dont font preuve les forces de l’ordre quand il s’agit de défoncer, parfois à l’explosif, la porte des appartements de familles musulmanes au milieu de la nuit, sur la base d’un simple soupçon. Une barbe, un voile, une rumeur colportée par un entourage aussi malveillant que terrorisé –un engagement militant écologiste peut aussi faire l’affaire– sont devenus prétextes à une suspicion généralisée. Avec des situations inextricables à la clé, des personnes devant traverser la capitale jusqu’à quatre fois par jour pour aller pointer au commissariat, au risque de perdre travail, logement, et pire encore.

Résultat : sur quelque 2700 perquisitions et 400 assignations à résidence, de la drogue et des armes ont bien été saisies, mais on recense une seule mise en examen pour terrorisme. Sur les cibles de ces interventions musclées –en théorie n’importe qui, députés, journalistes, magistrats et avocats exceptés–, la justice n’a pas loisir de se prononcer, laissant planer le spectre de l’arbitraire. Ce sont les préfets qui ont toute latitude. Le retour en quelque sorte des lettres de cachet qui, sous l’Ancien Régime, permettaient sur simple ordre du roi l’incarcération sans jugement ou l’internement de personnes jugées indésirables.

Après les tragiques événements du 13 novembre 2015, l’Etat français se devait de réagir. Mais pas en piétinant les libertés fondamentales. Ce faisant, le gouvernement Hollande est tombé dans le piège tendu par Daesh. Son attitude renforce les fractures existantes, les injustices et la stigmatisation au sein de la société française et fait le lit du Front national. Elle augure de sombres perspectives, tant pour la jeunesse de ce pays que pour son avenir politique à l’échéance 2017.

Christiane PASTEUR

Perquisition administrative à Alençon

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