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dimanche 4 décembre 2016
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AFP, 11 janvier 2016

Espagne : Le nouveau président catalan appelle au démarrage de la sécession


Vue de Barcelona

« Vive la Catalogne libre ! » : l’indépendantiste Carles Puigdemont a salué ainsi son investiture, dimanche 10 janvier 2016 au soir, comme président de cette région qu’il a promis de mener vers l’indépendance de l’Espagne en 2017. Quelques minutes plus tôt, sa candidature de dernière minute avait obtenu 70 voix pour, 63 contre et deux abstention au parlement régional. Il ne manquait que deux heures pour l’expiration du délai dont disposaient les parlementaires pour désigner le président de l’exécutif catalan.


Espagne

La Catalogne, 7,5 millions d’habitants, vit, depuis les années 2010, une fièvre séparatiste de plus en plus aigüe alimentée par des relations très tendues avec Madrid et la crise. Mais bien que depuis plusieurs années les séparatistes y réclament un référendum d’autodétermination semblable à celui de l’Ecosse en 2014, un Catalan sur deux souhaite encore rester Espagnol. Les indépendantistes catalans ont remporté la majorité absolue de 72 sièges sur 135 au parlement régional, un résultat sans précédent. Dès novembre 2015, les députés séparatistes ont d’ailleurs adopté une résolution proclamant le début du processus de sécession et leur insoumission aux institutions de l’État espagnol.

Depuis le 27 septembre 2015, les indépendantistes s’étaient déchiré sur l’identité du futur président. Les plus à gauche, les dix députés de la CUP (candidature d’unité populaire) refusaient obstinément d’investir le président sortant Artur Mas, qu’ils jugeaient trop conservateur. Samedi 9 janvier 2016, Artur Mas a finalement accepté de s’écarter pour de pas porter atteinte aux grands projets de son camp : mener la région vers l’indépendance en 2017 au plus tard, suivant le souhait de 47,8 % des Catalans. « Nous devons (...) lancer le processus pour créer un État indépendant en Catalogne, pour que les décisions du parlement catalan soient souveraines », a-t-il dit sous les applaudissements, quelques heures avant le vote. La coalition de gouvernement, qui va des conservateurs à la gauche anticapitaliste a prévu dans un premier temps de préparer les institutions nécessaires, comme un trésor public ou une sécurité sociale autonomes.

Artur Mas

« Le gouvernement ne laissera pas passer un seul acte qui suppose de porter atteinte à l’unité et à la souveraineté de l’Espagne », a prévenu, de son côté, le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, lors d’une allocution solennelle, à Madrid, retransmise en direct quelques minutes avant le vote d’investiture au parlement catalan, à Barcelone.

Mariano Rajoy

Membre du même parti qu’Artur Mas, M. Puigdemont, 53 ans, journaliste de langue catalane, est un indépendantiste de la première heure. Depuis 2011, il est maire de Gérone, ville de 97000 habitants à 100 km au nord de Barcelone, et depuis 2015 il préside l’association des municipalités indépendantistes.

Carles Puigdemont

À Madrid, « ils jubilaient, ces dernières semaines, en disant que la Catalogne s’enlisait. Depuis hier, ils sonnent de nouveau l’alarme, », s’est réjoui, dimanche 10 janvier 2016, Artur Mas, devant les membres de son parti, après l’annonce de cette candidature de compromis.

Les indépendantistes regroupent leurs forces alors qu’à Madrid, les élections législatives du 20 décembre 2015 ont laissé un parlement fragmenté, où le Parti Populaire du chef du gouvernement sortant a perdu la majorité absolue et cherche en vain à former une coalition.

M. Rajoy a d’ailleurs précisé, dimanche 10 janvier 2016 au soir, qu’il s’était mis en contact avec le leader du Parti socialiste (PSOE) Pedro Sanchez et le chef de Ciudadanos (centre droit) Albert Rivera, avec lesquels il tente, depuis fin décembre 2015, une alliance qui défendrait l’unité de l’Espagne. Face à la rébellion de la plus riche région d’Espagne, le cabinet de M. Rajoy insiste sur la nécessité pour le « prochain gouvernement d’Espagne de compter sur une large base parlementaire qui garantisse la stabilité et la capacité (de) faire face au défi indépendantiste ».

Le PSOE vise, en revanche, une alliance avec la gauche radicale de Podemos et des partis nationalistes en Catalogne et au Pays basque. Mais la situation à Barcelone lui complique encore la tâche. « Comment allons nous expliquer que nous arrivions au pouvoir avec l’aide de ceux qui visent l’indépendance en quelques mois ? », a confié un dirigeant socialiste, sous couvert de l’anonymat, au journal numérique de gauche El Diario.

Carles Puigdemont devra former, dans les jours qui viennent, son cabinet, alors qu’à Madrid, Mariano Rajoy se bat encore pour trouver des soutiens acceptant son maintien au pouvoir.

Agence France Presse

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